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Samedi 17 mars 2012 6 17 /03 /Mars /2012 18:54

« C'est la lutte (la guerre de libération nationale) pour la renaissance d'un Etat algérien sous la forme d'une république démocratique et sociale et non la restauration d'une monarchie ou d'une théocratie révolue. »

Congrès de la Soummam

Un simple observateur constatera que certains débats dans les médias publics, en particulier dans les médias d’Etat, sont vides de discours politique. Les animateurs de cette campagne sont divisés entre ceux qui soutiennent le projet de l’actuel Président et ceux qui critiquent le gouvernement, mais qui soutiennent toujours le Président ! Un double discours ! Que sera la finalité de ce charivari sans auditeurs ? L’absence du dialogue creuse l’abîme qui sépare le peuple de la classe politique et aussi entre une élite productrice et une élite abrutissante.  Quelques partis de l’opposition brillent par leur absence, à force de laisser le terrain aux idées pauvres, le pays se prive d’un débat de société porteur d’un réel changement. Les citoyens qui aspirent aux valeurs républicaines et démocratiques se sentent orphelins, sans leadership. Cependant, les valeurs républicaines ne sont pas encore ancrées dans notre société, elles sont fragiles, voire en état « de gestation embryonnaire », dans l’espace public et privé. L’appauvrissement de ces valeurs est de la responsabilité de l’Etat en premier lieu, car la politique poursuivie par l’actuel, et les précédents gouvernements, autrement dit les orientations politiques depuis l’indépendance, n’encourage guère l’enracinement de ces valeurs ni dans l’espace public, ni dans l’espace privé. Il ne peut pas exister de classe politique dans un pays où il n'existe pas de champ politique ouvert durablement, écrit l’éditorialiste du Q. Oran, et non le temps des campagnes pour les postes de députés, poursuit-il. Les citoyens, cibles présumés de ces campagnes, ne se rendent même pas compte de leur existence. Et ce n'est pas la «mobilisation» factice et rémunérée de jeunes, ce que nous verrons prochainement, selon toute probabilité, qui va changer y quelque chose ; conclut l’éditorialiste du Q. Oran.

En second lieu, cette absence est de la responsabilité de chacun : des partis politiques, y compris l’opposition, à la société civile et tout citoyen. Les débats entamés par le parti du FFS, qui ont pris fin le 2 mars 2012, sont un bel exemple pour consulter la base afin de faire une opinion qui s’enracine et s’imprègne des idées de la base. Espérant que les débats entamés ont été réellement décisifs dans la décision finale. Néanmoins, l’expérience de ce parti pourra-t-elle relancer le débat politique ? Tirera-t-il vers le haut les autres partis ? 

La pauvreté du discours politique reflète également l’impécuniosité de certains partis politiques de proposer des débats qui susciteront l’intérêt des citoyens. J’ai lu la chronique d’Amine Zaoui dans le quotidien Echourouk où il s’est interrogé sur les lectures des hommes politiques en Algérie, intéressant comme interrogation, cependant les auteurs cités dans la chronique ne sont pas forcément les penseurs de la politique, disant ils sont d’autant plus dans la pensée identitaire et nationale que dans la pensée politique. Les références de la philosophie politique moderne se trouvent dans la philosophie occidentale et ce n’est pas dans l’histoire nationale, celle-ci pourrait être un moteur et un socle commun qui mobiliseraient les citoyens à espérer à un nouveau projet de société en tirant les leçons des expériences antérieures et également ancrerait les acquis démocratiques dans l’identité nationale. Néanmoins, l’histoire nationale ne pourrait en aucun cas faire évoluer les institutions, mais il peut les consolider par l’appartenance à une histoire commune. Sortir de la pensée affective et appauvrie par des idéologies réductrices me semble fondamental pour l’évolution de notre société. Nous trouvons des prémices d’un projet de société dans la déclaration du 1er Novembre et de la plate-forme de la Soummam où l’accès à la citoyenneté est fondé sur les droits et les devoirs, et ce n’est pas sur les bases ethniques.  Je désignerai par ethnie les groupes d’hommes qui se vivent comme les héritiers d’une communauté historique et culturelle (souvent formulée en termes d’ascendance commune : les constantes nationales, c’est-à-dire les langues et la religion) et partagent la volonté de la maintenir. Selon Dominque Schnapper, l’ethnie se définit par deux dimensions : la communauté historique et la spécificité culturelle. Cependant, la Nation se distingue des groupes ethniques qui, eux, ne sont pas organisés politiquement. La Nation l’a définit « comme toute unité politique, la nation se définit par sa souveraineté qui s’exerce, à l’intérieur, pour intégrer les populations qu’elle inclut et, à l’extérieur, pour s’affirmer en tant que sujet historique dans un ordre mondial fondé sur l’existence et les relations entre nation-unités politiques. Mais sa spécificité est qu’elle intègre les populations en une communauté de citoyens, dont l’existence légitimise l’action intérieure et extérieure de l’Etat. » 

L’attribution de la nationalité est ancrée dans l’intégration à la Nation et pas à l’ethnie. Le cas de Frantz Fanon est parlant, la presse francophone réclame son algériennité, mais quelques titres arabophones ne cessent de le présenter comme un étranger. Frantz Fanon, rappelons-le, a représenté l’Algérie au Congrès panafricain d’Accra en 1958, à la deuxième Conférence des peuples africains en janvier 1960, puis auprès de l’ONU à New York. L’élite francophone formée à la notion « de la Nation » au sens moderne se distingue de certaines élites arabophones qui n’arrivent pas à intégrer dans son évolution le concept « la Nation ». Finalement, la déclaration du 1er Novembre et la plate-forme de la Soummam étaient émancipatrices et  plus proches d’un projet de société ancrée dans les valeurs républicaines, auxquels nous sommes loin aujourd’hui.

Pour en revenir à la chronique de A. Z., on peut s’interroger sur la formation de notre élite et en particulier la place accordée à la philosophie dans la préparation des nouveaux cadres et/ou élites de la nation et aussi dans le débat politique national. Dans un rapport du l’UNESCO en 2009, sur l’enseignement de la philosophie dans la région Arabe, qui conclut que la philosophie ne trouve pas sa vraie place dans l’enseignement secondaire, ni universitaire. À ce propos, l’Algérie n’est pas en marge de ces pays, car on constate un vrai recul de l’enseignement de la philosophie dans le secondaire, qui est en réalité un prolongement de l’enseignement religieux, mais aussi à l’université, que parfois absente dans la quasi-totalité des matières scientifiques et sciences humaines. Selon Mahmoud Yakoubi : « Le problème de l’enseignement de la philosophie en Algérie n’est pas d’ordre méthodologique car il est lié à une faiblesse du niveau de connaissance des enseignants et des étudiants orientés vers cette filière. » Ceci dit, le constat est généralement biaisé par un décalage  perceptible au niveau linguistique et au niveau des concepts qui impliquent les choix de projet de la société espéré.

Pour finir, dans sa « lettre à Gogol » Bielinski a écrit (1847) : « … vous n’avez pas dit que le salut de Russie résidait non le mysticisme, l’ascétisme, ou le piétisme, mais dans les réussites de la civilisation, de l’éducation, de l’humanitarisme. Ce qu’il faut à la Russie, ce ne sont pas des sermons (elle en a assez entendu), ce ne sont pas les prières (elle n’en a que trop dit), mais que s’éveille dans le petit peuple le sentiment de la dignité humaine, enfoui et appliqués aussi rigoureusement que possible des droits et des lois conformes non aux enseignements de l’Église mais au bon sens et à la justice. » Si nous essayons de méditer ce texte et de l’adapter au cas algérien, il sera toujours d’actualité !

Q.Oran du 15/02/2012.

Dans la déclaration voire le but : L’Indépendance nationale par 1) La restauration de l’Etat algérien souverain, démocratique et social dans le cadre des principes islamiques. 2) Le respect de toutes les libertés fondamentales sans distinction de races et de confessions.

Cf. la communauté des citoyens, edition Gallimard, 1994, p 29.

Idem p 28.

On peut étendre cet exemple à d’autres concepts. A mon avis, la différence devient de plus en plus visible entre arabophone et francophone, à tous les niveaux. L’exemple entre canal Algérie francophone et les autres chaînes qui s’expriment en langue arabe est fort marquant.

Je précise à l’occasion qu’on trouve dans cette plate forme un paragraphe qui pourrait être une vraie émancipation dans les valeurs républicaines. « C'est la lutte (la guerre de libération nationale) pour la renaissance d'un Etat Algérien sous la forme d'une république démocratique et sociale et non la restauration d'une monarchie ou d'une théocratie révolue. »

Par Haddar Yazid - Publié dans : POLITIQUE
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Dimanche 11 mars 2012 7 11 /03 /Mars /2012 09:16

 Dans sa chronique Kamel Daoud fait une réflexion très pertinante sur la relation des algérien avec le politique à lire absolument dans le quotidien d'oran du 11/03/2012

 

Saïd Sadi, le leader du RCD, vient de démissionner. Du coup, tout est dit sur cet homme qui incarne une époque, une région, une tendance, un parti, une vision, une déception et beaucoup de malentendus. On laissera à d'autres milliers de chroniqueurs le soin de juger de ses engagements, décisions, alliances et tactiques décidés par cet homme et ce parti. Chacun y mettra l'angoisse de sa vie, la rancune de sa mort ou ce qu'il y a entre les deux questions sans réponses. 

A Sadi, on a reproché tout et rien : ses rendez-vous avec un Général, ses accointances pro-françaises supposées ou son régionalisme théorique, etc. Quand le chroniqueur a lu et relu les quelques centaines de réactions sur le net, il y a découvert un peu plus, et plus profond que le procès politique. 

D'abord, les Algériens sont devenus d'absolus négationnistes : des salafistes du « non car… ». Ils ne croient pas que Sadi a bien fait de partir et ne croient pas que Sadi a bien fait de rester. Ils ne croient pas en lui mais ne croient pas contre lui, etc. Et à force de lire, on finit par aboutir à l'obligation d'une anthropologie du symbole du « leader » en Algérie : les Algériens sont parricides par éducation politique. Le procès contre les leaders politiques ressemble souvent à des exercices de violences sur ascendants et pas à des droits de bilan ou de contradiction. Dans le cas Sadi ou d'autres, c'est comme une sorte de procès stalinien anti-Messali, des décennies après la mort de Messali Hadj. Ceci pour donner image à une émotion de colère profonde et de désabusement méchant. Les Algériens n'aiment pas les leaders, les premiers cosmonautes sur la lune, ceux qui arrivent en premier. Les «clous qui dépassent et qui interpellent le marteau », selon un proverbe japonais. Un leader n'a la paix et le consensus qu'après sa mort. Du coup, tout le monde martèle le clou, veut l'arracher et lui demande de répondre à toutes les questions possibles. Du coup, l'autre question : qu'est-ce qui dérange dans la figure du leader au point que les Algériens le piétinent quand il tombe et quand il est debout ? Pourquoi cette violence ? 

C'est peut-être du conditionnement historique : la guerre de libération a été lancée par un collège, pas par un Mandela. Messali a été « doublé » par une équipe, une SARL. Depuis les Massanissa antiques et jusqu'au dernier Emir Abdelkader possible, cela s'est toujours passé ainsi : quand il y a un leader, il faut qu'il meure, tombe, soit trahi, pendu, soldé ou acheté. L'histoire algérienne ne peut réussir que si son déclenchement est fondé sur deux principes : la collégialité et la clandestinité. C'est la différence entre Sadi, Messali et le HCE en tant que mythe et figure du maquis occulte. 

Ensuite, quand un leader émerge, on s'interroge qui est derrière : c'est le second traumatisme, celui des Deys désignés par les janissaires ottomans. 

En trois, on ne peut pas faire confiance à la réussite. Le crash d'un Algérien est toujours plus émouvant, plus consolant, plus rassembleur que son décollage. Les leaders politiques ont ce don douloureux d'attirer et de réactiver les grands doutes, les violences du propos, les admirations serviles ou les critiques fielleuses et les archétypes de l'histoire collective. La culture politique de l'Algérien est celle du banc de saumons qui voit mal émerger un guide s'il n'est pas encore mort. 

 En dernier, vient le messianisme, après le messalisme : les Algériens attendent quelqu'un qui fasse tout, d'un coup, brusquement et avec force et précision, à leur place et à la place de leur histoire nationale. La perception du leader est quasi religieuse, très émotive, naïve, absolue et idéaliste. On en comprend pas qu'un homme politique fasse des manœuvres et des calculs puisqu'on le suppose martyr vivant et guide ultra-honnête. On confond les deux métiers d'ailleurs. Celui de politicien et celui de meneur de prières. 

 Dans le cas de Sadi, tout est dit et redit et on comprend qu'il s'agit d'interrogations et de citriques et de médisances ou de salutations qui vont au-delà du casting : il s'agit d'un peuple qui ne fait pas confiance et qui tue et se tue et s'en va se disperser en cendres rageuses, pour ensuite dire que cela ne sert à rien. 

 Saïd Sadi vient de dire que l'on peut quitter un Pouvoir avant de le prendre et il a choisi de laisser se rénover un parti au lieu de le garder sous sa main. Et dans un pays où les entreprises sont familiales, les recrutements vont de père en fils, les présidences vont de « frère » en « frère », on trouve étonnant qu'il soit resté 23 ans à la tête du RCD et on trouve douteux qu'il parte aussi. On trouve que tout est douteux, sauf nous-mêmes. 


Par Haddar Yazid - Publié dans : POLITIQUE
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Mardi 6 mars 2012 2 06 /03 /Mars /2012 20:52
Par Haddar Yazid - Publié dans : POLITIQUE
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Lundi 5 mars 2012 1 05 /03 /Mars /2012 20:07

 

Une réflexion qui dit beaucoup de chose sur nous, Algérien. Une analyse, d’un psychanalyste algérien vivant en France, mais qui travaille avec des algériens, d’ici et d’ailleurs. Il est très percutant et pointu, mais qui dit une vérité qui nous ne voulons pas voir… à lire absolument. publie dans le quotidien el watan d'aujourd'hui.

" un général se reposant après une bataille, campe avec son armée. Levant les yeux, il voit un homme assis au-dessus de lui sur le haut d’une colline. En colère, il l’interpelle : «Mais qui es-tu pour te permettre de t’asseoir au-dessus de moi ? Monsieur, répondit l’homme, vous me demandez qui je suis. Sans me dire qui vous  êtes ? Je suis le général de cette armée. Et qui est au-dessus de vous ? Mon ami le maréchal. Et au-dessus de votre ami le maréchal ? Le clan qui soutient le président. Et au-dessus du clan qui soutient le président ? Il n’y a que Dieu qui soit au-dessus. Et au-dessus de Dieu ? Rien n’est au-dessus de Dieu ! Et moi, je suis ce rien, dit l’homme

Par  Mohammed Karim Abboub (Psychanalyste) el-watan du 05/03/2012. 

Ce texte n’existe que pour susciter une réflexion libre. La décision d’écrire sur l’Algérie est un effet d’actualité, elle prend sa source dans la demande des peuples de tous les pays arabes démocratiques et libres et trouve sa résonance avec ce que plus de 30 années de pratique clinique m’ont enseigné dans la rencontre avec des patients algériens venus se faire soigner ou travailler en France.

Cet examen clinique est une critique, mais une critique du seul point de vue de la psychanalyse. Je prends pour fil conducteur les propos entendus à l’écoute des Algériens. Rappelons que le savoir psychanalytique est déterminé comme un «mi-dire», l’inconscient ne dit pas tout. L’Algérie est depuis toujours dans un Etat d’émergence, d’implosion, de crise violente latente. Aussi, il est plus que nécessaire de faire un diagnostic clinique de cette crise où les non-dits des Algériens et leurs tentatives de dissimulation sont une mascarade, au sens étymologique du terme : «mascarata» en italien signifie «masque», et nous sommes tentés de dire «masque de souffrances». Ce terme évoque le déguisement, voire l’accoutrement ridicule, mais aussi (nous dit le dictionnaire) une mise en scène hypocrite, trompeuse.

L’Algérie et ses non-dits sont-ils un masque ? Un leurre ? Tout dans les non-dits renvoie à la dissimulation et à la tromperie. Ce n’est pas un hasard si nous avons en commun une histoire de la dissimulation, du contournement, voire du détournement du sens qui confine au mensonge collectif. La façon dont est intériorisé psychiquement ce déni de la réalité se retrouve partout. Ce sont des conduites de censure et d’oubli. Pourtant, rien n’est plus signifiquatif quant à la connaissance profonde de la vie psychique que le matériel censuré, rien n’a plus de sens que l’oubli. L’histoire de l’Algérie est une histoire amnésiée et amnistiée. Nous savons qu’il n’a jamais été accordé aux Algériens, durant toute leur histoire, une réflexion politique, véritable, aboutie, c’est-à-dire une tradition d’esprit, de culture critique, ni au sein de la famille ni au sein de la cité. Ceux qui parlent le langage de la vérité sont rares, et les personnes qui ont essayé de le faire hier comme ceux qui s’essaient à le faire actuellement, soliloquent avant d’être éliminés, bannis ou tués.

Dans l’acte quotidien du vivre ensemble, la censure agit alors comme un mécanisme de défense contre l’angoisse.
Le choix du silence, de l’enfermement, de l’oubli de la mémoire reste dicté par la peur intérieure du sujet. Combien de fois ai-je entendu en posant de simples questions les réponses suivantes : «Ah toi, tu veux comprendre ? Pourquoi tu veux comprendre ? C’est comme ça, il n’y a rien à dire ni à comprendre en Algérie !» Même si la vérité n’est qu’un «mi-dire», elle est depuis longtemps frappée d’interdit pour chaque Algérien entre lui-même et lui-même, et au sein de sa propre famille. D’ailleurs, dans la majorité de celles-ci  «on ne se parle pas, on ne dit pas, on ne doit pas dire ; par contre, on hurle, on crie, comme si la surdité (ici comme symptôme) faisait partie du quotidien. Le refoulement, la répression des affects, la frustration sont des composantes incontournables. C’est un état de détresse psychique face à l’épreuve de la réalité. Elle est occultée autant par les dirigeants que par les dirigés. «Pour se soigner, il faut corrompre, pour vivre simplement, il faut corrompre... On ne sait plus qui nous sommes et où l’on va... Le chirurgien qui m’a opéré m’a dit que j’avais une bombe dans le ventre qui a implosé...» «Nous, les Algériens, nous sommes le problème, un problème...» «Qui sait répondre à la question : c’est quoi être Algérien ?». «On sait que celui qui dit qu’il a le pouvoir ne l’a pas...» «La rente pétrolière masque le fait qu’il n’y a pas d’économie dans ce pays...» «Les clans au pouvoir sont la conséquence du vide démocratique et du nationalisme pathologique...»

Dans la réalité, le terme «dire» est inapproprié, car l’Algérien, vaniteux, orgueilleux, crie, hurle, se tord, éructe, s’écorche et se déchire de ne pas pouvoir se projeter dans le présent et encore moins dans l’avenir. Il ne supporte qu’un état : être dans des faux-semblants, en recherche de sens et de repères. Ici l’aliénation entretient une intimité avec la passion triste, c’est-à-dire la haine de soi, le hors de soi, l’exode de soi. Proscrire ou censurer toute parole ou pensée, c’est barrer, bloquer, inhiber les capacités du sujet à résoudre sans fin les contradictions dont son être pour soi et pour autrui est tissé. Nous savons que les questions les plus pressantes sont occultées par le refoulement, c’est-à-dire par un «je ne veux rien savoir».

La négation de l’être algérien par le pouvoir colonial hier et prolongé aujourd’hui par le pouvoir des clans provoque le silence avec un dédoublement de la personnalité. Ce clivage fait des Algériens des «fracassés de la tête» avec un déni de la réalité, un refus du réel doublé d’un imaginaire sclérosé. L’Algérien, nerveux, vit et s’épuise dans un monde qui le déracine et l’éloigne de lui-même. Logorrhée et violence forment alors la matrice de la fuite en avant pour ne pas penser. C’est un comportement schizophrénique, s’il en fût. C’est une recherche d’intériorité, alors que le comportement névrotique est une recherche d’unité pour s’adapter au monde. Freud définissait ainsi la pensée schizophrénique : «Les schizophrènes traitent les choses concrètes comme si elles étaient abstraites».

Les manifestations psychiques (comportement violent, agressif, inhibition, perte du sens de la vie et de repères sociaux, théâtralisme, stéréotypies et spécialement les manifestations à caractère anti-social) sont conditionnées par l’ambiance sociale du pays, où la corruption est partout, de haut en bas.  Chez les «égarés de la tête», un état central d’hallucination négative est à l’œuvre à travers le détournement et le refoulement de la réalité. En conséquence, ils ne peuvent parvenir à aucune représentation imaginaire d’eux-mêmes. Cet espace est occupé par un vide, un état qui n’est ni la vie ni la mort. Cette folie prend un sens par rapport à une rupture généalogique : les Algériens sont alourdis par des amarres ignorées de leur identité.

La clé de voûte est absente : si l’Algérie est une nation, qui est alors symboliquement le père légitime de cette nation, le seul capable d’établir des repères ? Nous savons que l’histoire de la colonisation comme celle du mouvement de Libération nationale peuvent schématiquement s’inscrire dans celle de la transmission des non-dits. Les années passent : les petits secrets sont toujours là et les grands scandales masqués. Il n’est pas difficile d’identifier et de dater les ruptures violentes de ce pays : autant de moments où s’affrontèrent les conceptions différentes d’être géniteur «d’enfants illégitimes», de supporter et d’accepter tacitement que les pères deviennent pairs sans proposer de repères aux Algériens ; autant de moments où se jouèrent et où se jouent encore, jusqu’à l’extrême actualité, les résidus des non-dits. Il nous semble que la politique n’est rien d’autre que l’incarnation publique de la fonction paternelle, aux seules fins qu’il puisse y avoir une fonction maternelle, et non pas cette caricature actuelle du pouvoir opaque en place qui n’est qu’un prête-nom, un «snobisme de la canaille», pour reprendre l’expression de Proust.

Dans les non-dits, on perçoit la brutalité opaque du temps présent, temps de l’oppression feutrée de toute pensée ou de toute parole égarée hors des codes en usage, où le mensonge est omniprésent. Il nous semble qu’une analyse ou une critique de l’opacité de l’Etat, en tant que forme sociale fantasmatique structurante, est nécessaire. La conception même de l’autorité en Algérie est à remettre en cause, à ce niveau, sans pour autant que cette remise en cause implique une permutation des rôles et des statuts qui aujourd’hui ne valent que ce que les clans au pouvoir veulent qu’ils valent, à savoir... rien.

La tradition intellectuelle, depuis Platon en passant bien sûr par l’élaboration hégélienne, considère qu’avant la constitution de l’instance réfléchie qu’est l’Etat, il n’y a pas de politique, et qu’en dehors même de cet Etat, il n’y a pas non plus de politique. Marx, en détruisant la théorie de l’Etat développée par Hegel, montre que ce n’est pas l’instance suprême, mais un produit de la société, en fonction des modalités de celle-ci. Marx a donc commencé par libérer le politique à travers une critique matérialiste de l’Etat. Toute destinée humaine ne se structure qu’à condition que le désir soit non pas la loi, mais accordé à la loi, ce qui est la fonction même de la métaphore paternelle et de la castration.

Le désir dans le règne néolibéral est devenu jouissance sans limites. Le pouvoir algérien réside dans un désir sans loi. C’est ainsi qu’aucun Algérien ne croit à une parole quelle qu’elle soit, venant de ce pouvoir. Libérer les Algériens des clans au pouvoir ne suffit pas à leur donner accès à la place de sujets désirants et le retour du bâton ne tardera pas, sous forme de passages à l’acte divers, d’affrontements imaginaires où la loi du plus fort l’emporte : par exemple, d’étranges règlements, ou des listes noires, voire des violences barbares comme celles vécues durant la décennie noire 1990-2000. Il est vraiment temps que les Algériens entreprennent une véritable psychanalyse du nationalisme algérien. Il est vraiment temps qu’ils reconstruisent une vérité de leur propre vérité culturelle. Ils en ont été dépossédés ; or, ce qui n’a pas été symbolisé revient dans le réel et d’une manière féroce. 

En Algérie, nous sommes devant une «culture-malaise». C’est l’apologie sans arrêt répétée de la violence. Elle pose la question de la défaite de la parole et du vide politique. C’est une «nécessité de devenir», disait Jean Cavaillès. Devenir libre dans une démocratie, dans un Etat de droit dûment nommé. L’Algérie a besoin d’un cadre symbolique et institutionnel qui permette un «dire» de la loi et de sa fonction de tiers-garant dans la relation entre des personnes et des groupes, face au triple jeu rival des identités, des envies et des intérêts. Etre soi-même, penser librement avec soi et avec les autres est la première tâche d’une transition démocratique.

Le premier pas de cette transition, celui qu’il ne faut pas manquer, doit être précédé de la rupture des amarres avec les non-dits, de la plongée dans le monde commun. Faire ce geste, c’est se battre avec soi-même et pour soi-même, avec et contre l’opacité régnante du pouvoir en place. C’est sur cette étroite ligne de crête, entre deux profonds précipices, que se situent les possibilités d’une transition. La sortie de l’Algérie de la crise et de la violence ne peut se faire qu’au prix d’une transformation des comportements. Le respect de l’autre pas plus que la démocratie ne sont pas naturels, ils sont le résultat d’un effort inouï de culture et d’éducation.
Selon quelles modalités ? Par la mise en place de dispositifs relationnels permettant une écoute analytique collective. Une écoute où de la parole libre pourra jaillir et s’exprimer la parole vraie. «La liberté, c’est faire que règne un monde, en une ébauche qui le projette par-delà l’existence», nous dit Heidegger.  La liberté se manifeste dans l’acte de fonder et fonder, c’est d’abord instituer, c’est-à-dire faire librement régner un monde qui se définit alors comme une transcendance.

Il s’agit de se redécouvrir comme sujet de parole dans une structure symbolique et sociale, en abandonnant les refuges fantasmatiques comme ceux de l’enfant qui croit posséder toute la puissance du monde et qui impose aux autres les excréments dont il jouit. Pour conclure provisoirement, imaginons l’histoire suivante : un général se reposant après une bataille, campe avec son armée. Levant les yeux, il voit un homme assis au-dessus de lui sur le haut d’une colline. En colère, il l’interpelle : «Mais qui es-tu pour te permettre de t’asseoir au-dessus de moi ? Monsieur, répondit l’homme, vous me demandez qui je suis. Sans me dire qui vous  êtes ? Je suis le général de cette armée. Et qui est au-dessus de vous ? Mon ami le maréchal. Et au-dessus de votre ami le maréchal ? Le clan qui soutient le président. Et au-dessus du clan qui soutient le président ? Il n’y a que Dieu qui soit au-dessus. Et au-dessus de Dieu ? Rien n’est au-dessus de Dieu ! Et moi, je suis ce rien, dit l’homme.»

Par Haddar Yazid - Publié dans : PSYCHOLOGIE - Communauté : "Psychologie interdite"
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Dimanche 12 février 2012 7 12 /02 /Fév /2012 15:10

Je viens de lire cette réflexion dans le quotidien El-Watan (voir el watan du 12/02/2012 ) l'auteur a osé d'exposer le vrai problème de l'islamisme politique, ainsi que les frontières entre la religion et la politique, qui semblent n'sont pas assez au claire chez des partis politiques d'essence nationalisme-religieux. à lire !

Par:Boudjema Tirchi

Après d’autres contrées du monde, le vent du changement souffle sur notre région en emportant d’inamovibles despotes.

Mais, au final, les fruits furent cueillis par des malins, tapis dans l’ombre, spoliant les vrais acteurs des révoltes. Pour nous faire avaler la pilule, les bénéficiaires se présentent comme des islamistes «modérés» : l’issue de la  «Révolution du jasmin» est bien déroutante.Alors qu’au début de l’année 2011 le soulèvement des Tunisiens fut salué avec enthousiasme, aujourd’hui on est en droit de se poser quelques questions.

- Existe-t-il un islamisme «modéré» comparé à l’intégrisme salafiste ?
- L’islamisme est-il l’inévitable successeur des régimes autocratiques musulmans ?
- La théocratie est-elle compatible avec la démocratie ?

Le Printemps des peuples arabisés d’Afrique du Nord semble tourner en un rude hiver islamiste, à l’image de celui en vigueur dans les monarchies arabes du Golfe. Néanmoins, dès leur victoire, les heureux gagnants s’efforcent de montrer des visages apaisants, en jurant de respecter le jeu démocratique. Pour se donner bonne conscience, ils se comparent aux démocrates-chrétiens, en ayant comme mentor le Premier ministre turc. Mais ces promesses peuvent n’être que des ruses de guerre.
En effet, les islamistes tunisiens font profil bas, car ne disposant pas de rente pétrolière, ils sont minoritaires (41%) et dépourvus d’expérience dans la gestion d’un Etat, tandis que la durée du mandat à l’Assemblée constituante est limitée à un an. L’attitude de M. Ghannouchi est semblable à celle d’un loup caché sous la peau d’une brebis ayant emprunté le train de la Révolution en compagnie de deux naïfs agneaux. Le temps révélera qui aura dévoré l’autre, mais cela concerne le peuple tunisien.

Les sociaux-démocrates vivent sous des lois garantissant la séparation de la religion de la politique. Leur doctrine s’inspire peut-être de l’esprit du christianisme, mais pas de la lettre : aucun d’entre eux ne commence son discours par la formule rituelle  «Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit». Alors que le moindre speech des adeptes de l’islamisme politique débute par la formule : «Au nom d’Allah, le Clément, le Miséricordieux». A croire que ces individus représentaient Dieu et non leur parti ou que leur prose politicienne était des versets du Saint Coran. Quant au parti turc, l’AKP, il n’est pas encore un parti islamiste intégriste pour plusieurs raisons, entre autres le poids de l’armée qui l’a dissous à plusieurs reprises, la Constitution qui exige les 2/3 des voix pour être modifiée, les traditions héritées d’Atatürk, la demande d’adhésion à l’Union européenne.

Une fois ces obstacles surmontés (y compris le refus de l’UE), ce parti montrera son vrai visage en réactivant l’Empire islamiste ottoman. Ce rôle de leadership est déjà visible dans l’attitude de ces dirigeants envers les changements qui s’opèrent dans la région et même dans le conflit qui les oppose à la France, en devenant les «tuteurs» de l’Algérie (comme au temps des janissaires). L’islamisme «modéré» semble être une posture, en attendant la réunion des conditions pour l’application intégrale de la charia. Mais cette doctrine est-elle inévitable après l’écroulement des dictatures ?

En cas d’élections démocratiques dans nos pays, une bonne partie de la population opte pour un régime théocratique. Cela s’est vérifié en Algérie en 1990 et 1991 et confirmé récemment dans les pays voisins. En fait, c’est l’autoritarisme qui enfante l’islamisme, car tout débat politique contradictoire est proscrit. Seuls les prêches religieux sont permis et même encouragés lorsqu’ils servent le régime en place. Les adeptes de l’islamisme politique optent pour des associations religieuses pour créer leurs réseaux de relations et défendre discrètement leurs idées en attendant des jours meilleurs.

A l’ouverture du champ politique, ils sont prêts à créer leur parti en profitant de la logistique et de l’expérience associative, alors que la majorité de la population est prête à recevoir le discours religieux, auquel elle était déjà habituée. En revanche, «démocratie», «droits de l’homme», «justice sociale»,  «lutte des classes», etc. sont des termes étrangers, car ne faisant pas partie du vécu des populations ; le politicien auteur de ces propos sera perçu comme un être corrompu par l’Occident, alors que celui qui emploie un discours religieux aura un cachet d’authenticité et une respectabilité due aux personnes qui citent les textes sacrés. En cas de vote, le choix est vite fait…

A première vue, tout plaide pour les partis islamistes, mais en approfondissant le sujet, des insuffisances apparaissent :

1. Perversion de la religion qui est extirpée du domaine du désintéressement et du sacré et qui sera exposée dans le souk profane de la lutte pour le «koursi» (fauteuil). L’islamisme politique banalise l’Islam en le réduisant aux seules apparences : habillement, barbe, pastille sur le front, langage, etc. Cette pratique superficielle n’arrive même pas au premier palier de notre religion définie ainsi par les sages du soufisme : «Islam» (soumission à Dieu, le second étant la «Foi» et le dernier l’«Excellence»).

2. Sclérose de l’individu par l’inquisition religieuse qui l’empêche de s’épanouir en développant sa propre personnalité afin d’atteindre le stade de l’«Individuation», définie par le psychanalyste C. G. Jung (l’équivalent de l’«Excellence» par la voie du soufisme). Il se soumit en apparence à l’ordre régnant, alors qu’au fond de lui-même, il privilégie une réaction opposée. Pour l’exemple : de 1981 à fin 1982, l’auteur de ces lignes vécut dans la ville sainte de Médine, en Arabie. Dans ce royaume à régime théocratique, la religion était omniprésente, alors que la religiosité fut absente des cœurs de la majorité des autochtones. On constate le même phénomène dans notre pays : dans les années 60 et 70, l’Islam de nos ancêtres était très tolérant, alors que les vices furent rares ; aujourd’hui, l’Islam new look envahit toute la société, mais celle-ci est davantage pervertie (saleté, mensonge, traîtrise, ruse, vol, viols, corruption, hogra, etc.).

3. Morcellement des sociétés et des pays en privilégiant, ce qui divise au lieu d’encourager ce qui unit les êtres humains. Au sein d’un même peuple, l’intolérance commence avec l’aspect extérieur : s’il ne correspond pas à la norme en vigueur, le récalcitrant est rejeté, voir agressé et même éliminé, comme le furent, chez nous, certaines femmes pour des considérations vestimentaires ; bien évidemment, tous les partisans des autres religions sont considérés comme des mécréants bons pour rôtir en enfer : ce qui a pour effet d’encourager le fanatisme des victimes. L’extrémisme des sionistes est pour beaucoup dans le développement de l’intégrisme islamiste. Ce dernier ne risque-t-il pas de réveiller l’intolérance des chrétiens, voire des bouddhistes ?

Assurément, les seuls gagnants de la théocratie sont les politicards dépourvus d’idées, incapables de proposer des solutions viables afin de répondre aux défis qui se posent à leur société. Ils ne servent pas la religion, mais s’en servent pour accéder au pouvoir ou s’y maintenir. Toutefois, l’Islam politique est moins nocif pour un royaume (le monarque étant le «Commandeur des croyants», le «Gardien des lieux saints», etc.) que pour une République. Dans cette dernière, le bulletin de vote démocratique est un aller sans retour pour se rendre en théocratie : l’exemple iranien est là pour en témoigner. Une société régie par la religion est l’apanage des seuls prophètes : des êtres d’exception ayant un lien direct avec Dieu.

La théocratie est pour le commun des mortels une utilisation névrotique de la religion à des fins politiciennes : les islamistes dits «modérés» en font un emploi raisonné, calculé, leur mot d’ordre est «harb khidaâ» (le combat est traîtrise). Pour eux, tous les moyens sont bons pour arriver à leur but : c’est pour cela qu’on serait tenté de les appeler les «Frères hypocrites» ; les salafistes sont plus sincères en divulguant au préalable les règles du jeu : «démocratie kofr (impie), la mithaq, la doustour» (pas de charte, pas de Constitution), etc. Ils font un usage passionnel de la religion, croyant qu’eux sont parfaits alors que les autres sont des mécréants à redresser ou à exterminer. Ces comportements sont étrangers à nos traditions (rappelons que les maîtres à penser des premiers sont égyptiens, ceux des seconds saoudiens). Si les salafistes avaient consulté nos sages des zaouïas, ils auraient appris que l’être humain n’est jamais parfait, car la perfection n’est qu’une direction d’orientation, tandis que le vrai djihad consiste à combattre le «taghout» (le «nafç» ou ego) qui est en nous-mêmes. Après tout, nous ne sommes que des petits (ou des vieux) cons et des mortels ; seul Allah est vraiment Grand : Lui est parfait et éternel.

Pour préserver la pureté de la religion, il faut l’éloigner des jeux politiciens, comme stipulé dans notre Constitution de 1996, surtout que les islamistes ne favorisent pas la démocratie, car celle-ci est à l’opposé de la théocratie : les résolutions de la première émanent des recommandations (changeantes) du peuple, ici-maintenant ; celles de la seconde proviennent des textes sacrés (figés), révélés dans les temps anciens. La démocratie est avant tout un état d’esprit qui consiste à accepter l’avis d’autrui, même s’il est opposé au sien : c’est le début de l’«Individuation»  ou de l’«Excellence».

Dans nos pays sortis de la dictature, nous sommes tous, à des degrés divers, des despotes forgés par la pensée unique : chacun pense détenir la vérité. C’est ce qui explique la prolifération des partis politiques qui ne divergent guère par leurs propositions, mais par les egos de leurs chefs. En fait, nous sommes en apprentissage de la démocratie, un exercice utile afin de sortir du sous-développement mental occasionné par les régimes oppresseurs.

Le fleuve des révolutions des jeunes les plus évolués fut détourné par des éléments les plus rétrogrades de la société qui aspirent à un retour vers le lointain passé. Pour se donner quelque crédibilité, les gagnants se présentent en islamistes «modérés», alors que leur objectif caché est l’instauration de la théocratie. Cette dernière n’est qu’une dictature qui pervertit la religion et l’individu, tout en divisant la société et les pays. Les seuls gagnants de cette supercherie sont les politiciens dépourvus d’idées qui instrumentalisent les textes sacrés pour assouvir leur instinct de domination d’autrui. Pour les dissuader de concrétiser leur pathologie, il est préférable d’assigner l’utilisation de la religion aux seuls vrais religieux qui servent Dieu avec abnégation et sincérité. Quant à ceux qui veulent faire de la politique, qu’ils optent pour le jeu démocratique en divulguant leur programme pour assurer le développement de leur pays.   

Par Haddar Yazid - Publié dans : POLITIQUE
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