Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

PSYCHOLOGIE en ALGERIE

PSYCHOLOGIE en ALGERIE

Une lecture de l'actualité algérienne mais autrement...Yazid HADDAR


B. Sansal et le malentendu !

Publié par Haddar Yazid sur 1 Décembre 2013, 10:16am

Il y a la critique, il y a le malentendu et entre les deux, il pourrait y avoir le déni ! Le dernier ouvrage de Boualam Sansal, Gouverner au nom d’Allah, a suscité des débats controversés par le contenu de l’ouvrage et des réactions virulentes à propos de sa médiatisation, plus exactement dans les médias francophones, en particulier les propos de l’auteur sur le sujet de l’islamisme. J’ai lu l’article de Yassin Temlali (El Watan du 09/11/2013) avec intérêt, car la question ne réside pas en la personne de B. Sansal, mais dans les idées exposées par ce dernier. Yassin Temlali aborde deux idées majeures dans son texte, d’une part, les déclarations de B. Sansal et, d’autre part, la place de l’intellectuel dans la société, même si cette question est associée aux entretiens que B. Sansal a accordés aux médias, y compris El Watan dans la même édition.

Y. Temlali a écrit : « Si Boualem Sansal s’est mué, comme par enchantement, en politologue, historien et islamologue, c’est principalement grâce à la complaisance de certains médias français de grande diffusion. Sans leur étonnante indulgence, il ne se serait pas bombardé spécialiste d’une région aussi vaste que ce brumeux ‘‘ monde arabo-musulman’’, dont il ne parle probablement aucune des langues (à part l’arabe algérien) et qu’il n’a jamais (ou presque) visité sinon pour prêcher la ‘‘ paix israélo-palestinienne’’ depuis une ville occupée, Jérusalem ». Il semble que Monsieur Temlali n’a pas encore lu l’ouvrage, car à la page 11, l’auteur écrit que son texte n’est pas un traité académique et qu’il n’est ni historien, ni philosophe, et son livre n’est ni une investigation journalistique et n’est pas du tout un essai d’islamologie. Il s’agit bel et bien d’une opinion et d’un témoignage d’un écrivain sur les mutations de sa société et celles qu’il côtoie. De plus, il témoigne de l’incursion de l’islamisme dans la vie sociale au quotidien. Certes, le discours de B. Sansal est areligieux, lui-même se déclare athée[1]. Cependant, nous savons que les médias, d’ici ou d’ailleurs, cherchent souvent les opinions plus réactionnaires et parfois radicales, pour augmenter leur audience et leur tirage ! De plus, cette liberté de critiquer les religions n’est pas encore acquise dans notre société, pour plusieurs facteurs, que tout lecteur peut deviner, et empêche d’y aller sur ce terrain, comme l’ont écrit Y. Temlali et B. Sansal, des intellectuels ont été assassinés lâchement pour leur idée et leur encagement : Tahar Djaout, Boucebsi et d’autres personnalités brillantes.

B. Sansal épuise son imaginaire dans les deux sujets majeurs : l’histoire contemporaine de l’Algérie et le phénomène de la religiosité et ceci depuis son premier roman. Son premier essai interrogeait ses compatriotes algériens sur leur histoire, leur identité et leur idéal, son deuxième essai aborde la question du phénomène de religiosité et ses effets dévastateurs. Ceci dit, quand Y. Temlali doute de la capacité de B. Sansal de parler la langue arabe et son droit de traiter sur le sujet concernant le Monde arabe m’intrigue ! Doit-on maîtriser la langue arabe pour parler de l’Islam ou des évènements qui secouent cette région du monde ? En ce cas, les philosophies, les chercheurs européens ou américains ne peuvent-ils pas écrire, réfléchir sur l’Islam, l’islamisme, l’histoire arabe, etc., car ils ne parlent pas, ne lisent pas, n’écrivent pas en arabe ! Cependant, le nombre d’ouvrages et d’études sur le sujet dans les universités dites occidentales sont à foison !

Souvent la question de la visite de Sansal en Israël est mise en avant par certains auteurs et intellectuels algériens, mais aussi arabes, comme une trahison à l’idéal commun sacralisé, en l’occurrence la cause palestinienne. L’auteur est toujours libre de jouir de sa liberté, mais aussi de l’assumer. La politique de boycott a-t-elle porté ses fruits ? A-t-elle fait avancer la cause ? J’ai en tête une histoire d’un jeune garçon qui ne cessait d’envoyer des lettres à sa bien-aimée, à force, sa promise s’est mariée avec le facteur ! Je veux dire par là à force de défendre « la cause palestinienne », on l’épouse en oubliant le peuple palestinien ! A force de boycotter, ce sont les pays arabes qui s’isolent !

Quant à la question de l’islamisation, les faits sont là, les nier est un déni, car l’islamisation de la société est acquise. Plusieurs chercheurs en sociologie, en psychologie, en anthropologie, le disent. Des gestes du quotidien se sont islamisés, le bonjour s’est muté en Salam Alikoum, etc. Prenons l’exemple du rituel de l’enterrement et du deuil qui est désormais célébré dans la tradition canonique islamisé, sans prendre l’aspect culturel en compte (Cf. A. Moussaoui, de la Violence en Algérie, Ed. Acte Sud, 2006). Il y a vingt ans on pouvait aborder la question de la laïcité, débattre sur les sujets comme la place du hidjab dans l’espace public par exemple, cependant, peut-on en parler aujourd’hui dans les rassemblements publics ?

Le cas de Kateb Yassine est une autre leçon à retenir, un auteur de cette envergure et avec l’amour démesuré pour son pays, à sa mort des voies islamistes réclamaient qu’il ne soit pas enterré dans son pays, tout simplement à cause de son athéisme ! Les exemples ne manquent pas, car des élites qui se permettent de critiquer ou de dire à contrevérité de la pensée dominante se sont généralement isolées, et ce phénomène n’est pas spécifique à l’Algérie, il est de plus en plus envahissant, y compris dans les pays européens ! Il était plus facile d’afficher ses critiques à la religion dans les années quatre-vingts qu’aujourd’hui. Un ami médecin m’a confié qu’il n’avait jamais imaginé que la question des libertés régressera à tel point depuis l’indépendance à nos jours ! Certes il y a eu des résistances de la part de quelques mouvements, cependant leur effet s’éteigne, à fur à mesure ces mouvements perdent le terrain, car souvent sont affrontés à deux pôles de contestation : la religiosité et le nationalisme ! Le discours du mouvement démocratique algérien est un exemple vivant de cette mutation !

Cependant, certains intellectuels qui restent enfermés dans leur bulle idéaliste ou conceptuelle ne sont pas écoutés, car leurs idées s’expriment dans des espaces élitistes, de plus leur débat reste au stade défensive et pas dans la réflexion critique constructive, comme l’a écrit Rédha Malek : « La récurrence des mêmes thèmes chez ces ‘‘ penseurs ‘’, qui ne sont en fait que des commentateurs du Coran, pratiquant une herméneutique matinée de moralisme, d’apologétique, de pieux conseil. Le problème aujourd’hui n’est pas de produire des penseurs pieux, avides de défendre l’islam en mettant en relief ses valeurs humanistes, civilisationnelles, universalistes, etc., mais d’accéder à une pensée qui se pense elle-même, une pensée qui évolue dans sa sphère propre, une pensée autonome qui pense dans le radical et qui travaille dans le fondamental. Il n’est pas question de substituer une doctrine complète au Coran, mais de laisser à l’esprit humain la latitude d’interpréter le monde et de proposer des solutions de fond aux problèmes de l’existence et de la vie sociale… »

Yazid HADDAR

Auteur

N.B. Cet article a été proposé à la presse algérienne, mais il n'a pas donné de suite..

[1] Entretien à radio France-Culture, du 15/11/2013.

Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents