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PSYCHOLOGIE en ALGERIE

PSYCHOLOGIE en ALGERIE

Une lecture de l'actualité algérienne mais autrement...Yazid HADDAR


Mi-scientifique, mi-philosophe

Publié par Haddar Yazid sur 23 Janvier 2014, 22:02pm

Il se passe quelques intrigues au département de psychologie de l’université d’Alger 2. La grogne des orthophonistes prend de plus en plus d’ampleur et nul ne peut dorénavant ignorer les appels de détresse du professeur Nacera Zellal, fondatrice de la première chaire d’orthophonie en Algérie (1979). On nous l’avait décrite comme ce fameux grain de sable incrusté dans un engrenage infernal. Seule contre l’institution. Mais désormais, grâce à sa consécration internationale et forte du soutien croissant des promotions successives d’étudiants qui se disent victimes de la stigmatisation de leur enseignante, cette dame fait, envers et contre tous, l’actualité. Pour mieux vous éclairer sur ces enjeux, El Watan étudiant a pris langue avec la «fauteuse de troubles» pour tenter de savoir qui veut réduire au silence la fondatrice de la «science de la parole» en Algérie.

La dame de science qu’on vilipende et qu’à court d’arguments on traite de «thésarde» persiste et signe : la théoricienne à la production scientifique opulente accumule les distinctions internationales. Connue et reconnue par ses pairs du monde entier, associée à de nombreux programmes internationaux, ses travaux sont publiés dans les plus prestigieuses des revues scientifiques et les plus éminents des professeurs étrangers se vantent du privilège de préfacer ses ouvrages. Paradoxalement, la chercheuse est marginalisée dans son pays ; son offre doctorale qui a fait l’objet d’une «exportation» — une première dans l’histoire de l’université algérienne — par l’implantation du Master orthophonie spécialité neurosciences cognitives à la Faculté de santé publique de l’Université libanaise, suivi par celle du Doctorat est mis au placard en Algérie. Nous avons rencontré la chercheuse dans son antre à Bouzaréah, au laboratoire Slancom, récemment promu au rang d’unité de recherche.

Dans le local assez spacieux mais visiblement mal équipé, l’orthophoniste nous reçoit en présence de deux membres de ses équipes de chercheurs occupés à parachever leurs travaux devant d’anciens modèles d’ordinateurs. Sans détour, l’universitaire nous épargne les affabilités d’usage et rentre net dans le vif du sujet. Perspicace et prolixe, elle nous dépeint de prime abord l’image modèle qu’elle porte de la quête académique. Pédagogue, elle nous définit en guise de préambule l’impératif déontologique et le sens concret de l’éthique, principes sur lesquels elle appose la plus grande rigueur et desquels elle puise et nourrit le plus grand respect depuis le début de sa carrière. Abondante et au verbe concis, Nacera Zellal maîtrise l’art de joindre la gestuelle à la parole pour donner davantage de sens à ses arguments.

Docte et théâtrale, la dame est, somme toute, haute en couleur mais loin de l’image de la «savante égocentrique effrontée» que certains tentent de coller à cette universitaire algérienne, car l’on se sent tout de suite en présence d’une intellectuelle engagée à la nature magnanime, qui exprime d’emblée ses inquiétudes quant à l’avenir des jeunes générations d’apprenants et qui, naturellement, s’offusque par l’indigence intellectuelle tapie dans l’antre de la bureaucratie universitaire.

Combat

Devant la justesse de ses propos et la cohérence de son discours, force est de reconnaître que le professeur Zellal est l’une des rares personnalités scientifiques qui détiennent l’éminence du savoir et ce «don de vulgarisation» propre à éclairer le commun des citoyens sur ce qui se trame à l’intérieur de cette citadelle élitaire qu’est l’université. Mais la dame se distingue par son courage à toute épreuve, car il faut avoir bon dos pour braver la nomenclature d’indus «doctours» qui gangrènent les facultés algériennes et oser dénoncer les atteintes à la déontologie académique de ce triste sérail peuplé d’universitaires «semi-instruits» (pour emprunter la formule du Dr Guerrid).

L’unique regret que notre interlocutrice tente de dissimuler par pudeur est l’absence de soutien et la désaffection de ses pairs dont la probité impose le devoir de solidarité. Il est effectivement regrettable de constater que rares sont les intellectuels qui résistent par des entreprises concrètes face à cette néo-élite d’imposteurs qui font valoir l’éminence de leurs statuts mal acquis et forts de leurs appuis politiques non moins corrompus font subir aux femmes et aux hommes les plus compétents et les plus intègres de la nation les plus infâmes des humiliations. Seule contre tous, l’académicienne n’a jamais eu de cesse de dénoncer les pratiques condamnables de ses antagonistes en alertant les ministères de tutelle (successifs) et en prenant à témoin l’opinion publique par voie de presse (lire les contributions de Mme Zellal sur le blog de la Société algérienne d’orthophonie : saor.unblog.fr, le site du laboratoire Slancom et les articles parus dans le quotidien El Watan).

Les déboires de la tonitruante mais non moins pertinente chercheuse n’ont pas eu raison de son abnégation ; aux sanctions, elle répond par pragmatisme en redoublant d’efforts : quand elle fut écartée et contrainte à une traversée du désert, l’auteure rentabilise son année sabbatique pour pondre un dictionnaire, inestimable ouvrage au secours des praticiens et des étudiants. Et c’est au rythme des châtiments qu’elle cadence ses rebondissements et s’illustre par le mérite du travail. De retour de son voyage à Beyrouth où elle a entamé les cours de ses formations au profit des étudiants libanais, l’enseignante continue de recevoir les étudiants algériens qui en sont privés. L’enseignante a récemment fait l’objet d’une énième punition et ultime tentation d’humiliation : elle sera privée de sa prime de rendement pour n’avoir pas assuré la surveillance du concours de doctorat (contesté par un bruyant sit-in : lire El Watan étudiant du 11 décembre 2013) un concours que d’aucuns parmi les étudiants concernés considèrent comme un «cambriolage académique» (lire l’article en page 16).

Du côté du ministère, on nous confirme qu’une enquête serait en cours, mais quel crédit peut-on accorder à ces «serments de réformettes maintes fois réitérés mais jamais aboutis», selon les témoignages des plus anciens de l’académie, et qui n’ont eu de cesse de dénoncer que la «fraude électorale» qui a fini par atteindre les conseils scientifiques (dont le Pr Zellal en est exclue, malgré son grade) et ceux qui désignent la nomenclature d’indus universitaires qui siègent impunément aux conférences et les présidents des facultés qui font valoir leur proximité avec des hommes politiques. «Seule une entreprise d’assainissement menée par une volonté politique équitable pourra redresser la dérive de l’université algérienne en traitant le mal à la racine», plaide la professeur Zellal, tout comme «on s’attaque à l’étiologie d’une pathologie en médecine, en orthophonie et en neuropsychologie on s’attaque à ce qui l’explique théoriquement. Faute de quoi, des récidives se produisent. En effet et en pratique, rééduquer des structures déjà compromises reste un traitement symptomatique, qui peut entraîner la récidive», jargonne-elle en guise de conclusion, mi-scientifique mi-philosophe.

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