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PSYCHOLOGIE en ALGERIE

PSYCHOLOGIE en ALGERIE

Une lecture de l'actualité algérienne mais autrement...Yazid HADDAR


Enfance tourmentée, thème d’un séminaire à l’hôpital psychiatrique de Oued-Aïssi La relation enfant environnement familial et institutionnel en question

Publié par Haddar Yazid sur 15 Juin 2014, 15:28pm


Chaque fois qu'un enfant dit «je ne crois pas aux fées», il y a quelque part une petite fée qui meurt», Sir James Matthew Barrie. Cette citation de Sir James Matthew Barrie, qui en dit long sur les paradoxes d’une enfance tourmentée, interdite au rêve et à l’enchantement, par la faute des adultes, résume la portée et la thématique de la 14e journée de psychiatrie de l’EHS de Oued-Aïssi organisée, récemment, par et au sein de cet établissement spécialisé en psychiatrie qui s’est penché sur la problématique de l’enfance tourmentée.
Les différentes perturbations psychoaffectives de l’enfant dans le cadre de ses relations avec son environnement ont été abordées par les spécialistes de la santé mentale issus d’institutions hospitalières spécialisées du pays et même de France, le 7 juin dernier. Dans sa communication introductive aux travaux de la rencontre, le Dr Djaâfar Benabdellah, psychiatre à l’EHS de Oued-Aïssi, donne le ton. Ses mots ne s’embarrassent pas de nuances pour dire la responsabilité de l’adulte, de l’institution familiale, de l’école quant aux risques de perturbations qui peuvent affecter la santé mentale de l’enfant mis en relation avec le monde des adultes. «Nous croyons connaître les enfants parce que nous avions été enfants et que nous avons des enfants, que nous nous en occupons mais en réalité, nous avons pratiquement oublié comment nous pensions, comment nous réagissions quand nous avions eu leur âge car nous avons changé progressivement, sans nous en rendre compte», dira le Dr D. Benabdellah qui met les mots sur les maux et sur les dérives relationnelles et au comportement des adultes, un comportement qui peut «s’avérer dévastateur sur la personnalité et la conduite psychoaffective de l’enfant et de l’homme qu’il sera appelé à devenir. «Un soupçon, a priori, pèse désormais sur les familles et, plus largement, sur tous les adultes en charge de l’enfant. Les époux règlent leur différend, voire leur échec conjugal par enfants interposés : accusation d’attouchement sexuel pour interdire le droit de visite parental garanti par la loi, pour assouvir une vengeance personnelle, accusant le conjoint d’inceste. Pour autant et en dehors des conflits familiaux où l’enfant demeure l’otage manipulé par l’un des parents, l’inceste demeure une réalité mais les auteurs ne sont traduits que rarement devant la justice ; le scandale est vite étouffé car personne n’en veut. Le prédateur peut être un adulte dont l’ascendant sur l’enfant est réel : voisin, enseignant, imam, etc. : c’est la pédophilie ! Un autre genre de prédateur avait apparu durant la décennie noire : le recrutement d’enfants par les terroristes. Ce ne sont pas les enfants soldats d’Afrique Noire ou d’Amérique Latine mais ils avaient participé à un carnage, en cachant des munitions en contrepartie financière», ajoute le Dr Benabdellah qui signale avoir expertisé, en 1996 et 1998, des enfants dont le chef d’inculpation est l’appartenance à un groupe terroriste. Dans leurs biographies, on retrouve que ces enfants ont été exclus du circuit scolaire. Jugés vieux pour l’école mais aussi assez jeunes pour la formation professionnelle, la rue reste le seul recours pour ces enfants qui ont été «pris en charge» par les terroristes avec au bout, leur implication, certes de manière indirecte, dans les assassinats. «Ainsi, l’Etat, à travers ses institutions que sont l’école et la formation professionnelle, est pointé du doigt», regrette le praticien qui évoque le problème des enfants nés dans les maquis terroristes et abandonnés à leur sort. Des enfants victimes de toutes sortes de violence : elle vient sous la forme d’explosion verbale, brimades, injures et autres formules avilissantes et dégradantes. Souvent, elle est physique. «Les maltraitances physiques envers l’enfant sont devenues une coutume dans la famille, à l’école et dans la rue», se désole encore le psychiatre qui a déroulé la longue liste de traumatismes qui sont suspendus comme une épée de Damoclès au-dessus de la tête de l’enfant dans ses relations dans les différents milieux où il est astreint à vivre comme à l’école. Un endroit qui, tout en étant le lieu de l’apprentissage et de l’accès au savoir par excellence, n’est pas exempt de tous reproches, comme l’a signalé le Dr Boudarène de Tizi-Ouzou pour qui «l’entrée à l’école est un événement éminemment traumatisant (…) Elle constitue un moment de rupture avec le premier bain relationnel, une étape sociale initiatique, avec obligation de succès», ajoute encore le psychiatre qui rappelle cette évidence : «La scolarité est une injonction pressante à l’adaptation au milieu social nouveau et jusque-là ignoré, celui de l’école ; un monde dans lequel l’apprentissage est le principal objectif et la compétition une demande permanente. Il faut donc s’y faire une place et s’y maintenir. Un challenge difficile et un stress permanent pour l’enfant.» Si certains enfants ont des ressources pour dépasser les craintes et les difficultés liées au cycle d’apprentissage scolaire, il n’en est pas de même pour d’autres «qui ne trouvent pas l’épanouissement attendu de l’école et souffrent. Sans doute pour des raisons qui sont propres à leur histoire personnelle et familiale mais aussi parce que l’école charrie naturellement des événements pathogènes qui peuvent être source de difficultés, de mal-être et qui entravent la capacité de «l’enfant-élève» à trouver en lui les ressources indispensables pour se maintenir en harmonie avec le milieu scolaire», résume le psychiatre M. Boudarène. Pour ce dernier, l’école algérienne n’offre pas toutes les conditions qui permettraient de dépasser les obstacles à l’épanouissement et au bien-être de l’élève au sein de l’école qui peut être confronté à une multitude de désordres psychiques comme l’inquiétude, l’angoisse, la phobie, l’échec scolaire, les troubles de caractère et de l’adaptation, la dépression et le suicide, et la liste est longue. Comme l’école, le milieu familial est un environnement chargé de risques pathogènes pour la santé psychoaffective de l’enfant. C’est le sujet traité par l’équipe du Pr Tidjiza de l’EHS Drid-Hocine d’Alger qui ont abordé le thème de la violence familiale et ses conséquences. «La violence commise par des parents ou d’autres membres de la famille, qui est un cadre qui doit en principe protéger les enfants et assurer leur sécurité physique et affective, semble malheureusement se répandre de plus en plus», dit en substance l’auteur de la présentation qui considère qu’il est plus difficile de combattre la violence dont sont victimes les enfants en milieu familial étant donné que la famille est considérée comme la plus «intime» des sphères privées. Repérer les signes de la violence familiale n’est pas chose aisée ; les abuseurs s’arrangent souvent pour que les actes qu’ils commettent à l’égard de leur partenaire ne laissent aucun signe visible. Dans tous les cas, «l’abuseur fait usage de son pouvoir pour exercer un contrôle sur autrui de façon blessante. Elle peut revêtir plusieurs formes, dont les plus importantes sont : la violence psychologique, la violence physique, et la violence sexuelle (le harcèlement sexuel et l’activité sexuelle, les relations et les tentatives de relations sexuelles ; tel que inviter un enfant à toucher ou à être touché sexuellement ; l’exhibitionnisme, l’exploitation sexuelle, le harcèlement sexuel et le voyeurisme», selon le conférencier qui fait observer en conclusion que «les mauvais traitements physiques ou psychologiques, de cette violence sans témoin, subie dans l'enfance aboutissent à l’effet inverse et hypothèquent l’équilibre psychoaffectif ultérieur de l’adulte en puissance». La conclusion à ce sujet dramatique et épineux de l’enfance tourmentée de par les relations problématiques qu’impose l’environnement institutionnel, de la famille et des personnes adultes à l’enfant, est revenue au Dr S. Doua de l’EHS Frantz-Fanon de Blida. Il parlera ainsi en conclusion de sa communication Cris d’enfant ! : «La violence, réalité à laquelle l’enfant est très tôt confronté, l’accompagne dans sa vie quotidienne. Aujourd’hui, familles, quartiers, écoles sont en crise et ne semblent plus pouvoir jouer leur rôle. Ceci explique la montée du sentiment d’insécurité, de la violence, des roubles psychique, des suicides d’enfants. Un travail de réflexion, de collaboration de toute la société est nécessaire pour un climat plus serein, sain, indispensable au développement et à l’épanouissement.»
S. A. M.

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