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PSYCHOLOGIE en ALGERIE

PSYCHOLOGIE en ALGERIE

Une lecture de l'actualité algérienne mais autrement...Yazid HADDAR


La violence sexuelle Au cœur d’un phénomène inextricable

Publié par Haddar Yazid sur 12 Juillet 2014, 10:33am

La violence dans notre société de plus en plus prend de l’ampleur et occupe des espaces qui jusque là étaient épargnés, comme la famille et l’école. La presse nationale et certaines associations actives rapportent des faits et des pratiques violentes dans notre société.

Il y a de quoi de s’inquiéter ! Forcément une société qui cultive les tabous et les interdits et qui a vécu tout au long de son histoire des violences, à ce jour non exprimées (soit par déni ou rejet de responsabilité des faits), laisseront des séquelles étalées sur plusieurs générations.
En 2013, les statistiques avancées par le réseau Wassila de lutte contre les violences à l’égard des femmes et des enfants, révèlent que seulement 10% des victimes de ce fléau dangereux qui gangrène notre société, portent plainte contre leur agresseur. Elles sont pour la majorité des cadres occupant des postes de responsabilité, des médecins et des avocates.
Les mauvais traitements envers les enfants, notamment les agressions sexuelles, suscitent fréquemment incompréhension et indignation. Il n’est donc pas étonnant que de nombreux chercheurs aient tenté d’identifier les facteurs étiologiques de ces abus. Leurs conclusions sont unanimes en ce qui a trait à la complexité du phénomène et à la nécessité d’utiliser un modèle basé sur de multiples facteurs pour le comprendre. À cet effet, des variables sociopolitiques, culturelles, psychologiques et biologiques doivent être considérées pour expliquer la présence de violence, dont celle de nature sexuelle.
Toutefois, un facteur a suscité particulièrement un intérêt. Il s’agit de celui qui explique la présence d’agressions sexuelles par le fait que les agresseurs, tout comme les mères d’enfants agressés, auraient été eux-mêmes victimes d’agressions sexuelles durant leur enfance. Cette affirmation, impliquant une transmission intergénérationnelle de la violence, constitue la plus ancienne et la plus populaire théorie pour expliquer l’abus physique perpétré envers les enfants, et a été depuis quelques décennies appliquée également aux agressions de nature sexuelle. Ce concept a été largement accepté dans les sociétés modernes ou postmoderne, allant jusqu’à inspirer des campagnes de prévention portant le slogan “La violence engendre la violence”. Or, malgré cette évidente popularité, le caractère inévitable de ce cycle est loin d’avoir été validé, puisqu’il semble que seulement 30% des individus victimes d’agression ou de négligence vont à leur tour perpétuer cette violence envers leurs enfants (Collin-Vézina, d. & Cyr, M., 2001). À cet effet, certains chercheurs font remarquer que la question pertinente à se poser n’est pas de savoir si les enfants agressés deviendront des agresseurs, mais plutôt dans quelles circonstances cette transmission survient ?
Le phénomène de la transmission de victime à agresseur a été bien documenté depuis une trentaine d’années. Ces études, et celles qui leur ont succédé, ont porté presque exclusivement sur des hommes, souvent incestueux, alors que seuls quelques rares écrits ont traité de femmes victimes d’agressions sexuelles devenues agresseurs. Plusieurs auteurs soutiennent que les femmes, bien qu’elles soient plus souvent victimes d’agressions sexuelles, sont moins nombreuses à agresser sexuellement d’enfants que les hommes. Ainsi, il semblerait que les femmes victimes auraient davantage tendance à présenter des comportements intériorisés, tels que la dépression et le repli sur soi, alors que les hommes réagiraient à l’agression en adoptant des comportements extériorisés, telles des actions agressives et antisociales. Selon une étude publiée, en 1991, la socialisation des femmes dans la société entraînerait une tendance chez celles-ci à s’identifier au rôle de la victime et non à celui de l’agresseur, ce qui expliquerait leur forte représentation chez les mères d’enfants agressés sexuellement et leur faible proportion chez les agresseurs. De même, une autre étude, en 1997, soutient que la socialisation des hommes est en partie responsable de leur forte représentation chez les agresseurs sexuels, notamment lorsqu’ils ont été eux-mêmes victimes d’agressions sexuelles. Ainsi, les émotions induites par le trauma sexuel, telles la peur, la honte, l’humiliation et la perte de pouvoir et de contrôle, seraient difficiles à intégrer pour un garçon puisqu’ils s’opposent aux archétypes masculins véhiculés.
Des études empiriques ont donc tenté de comprendre pourquoi le lien entre l’agression sexuelle vécue et celle perpétrée n’était pas inévitable. En effet, puisque certains individus semblent perpétuer ce cycle alors que d’autres le brisent, ceci porte à croire que des facteurs de continuité et de discontinuité seraient en cause. Trois facteurs principaux ont été grandement étudiés dans le domaine du cycle de la violence physique et, dans une certaine mesure, généralisés au contexte de la transmission de l’agression sexuelle. Ceux-ci sont les caractéristiques de l’agression vécue, la qualité des relations d’attachement de la victime, ainsi que les symptômes de dissociation découlant du trauma.
Il apparaît donc que certaines caractéristiques de l’agresseur sexuel a vécues, notamment la sévérité de l’agression, pourraient expliquer que l’agresseur sexuel et d’autres formes de violence se perpétuent ou non à travers les générations. Les relations d’attachement des victimes d’agresseurs sexuels avec leurs parents d’origine ont été grandement documentées, de même que l’impact de la qualité de ces liens sur la symptomatologie des survivants. Toutefois, aucune étude recensée ne s’est penchée sur l’application spécifique de ce facteur à la compréhension de la transmission de l’agresseur sexuel, entre autres en comparant la nature des liens d’attachement entre des individus qui perpétuent ou qui brisent le cycle. Or, ce domaine a été fortement élaboré dans les recherches en violence physique. En effet, de nombreux résultats démontrent que les victimes d’agressions physiques tendent à ne pas reproduire cette forme de violence s’ils rapportent avoir vécu une relation soutenante avec un adulte durant leur enfance, s’ils maintiennent à l’âge adulte des relations satisfaisantes notamment avec leur conjoint, ou s’ils ont effectué une psychothérapie au courant de leur vie. Certains auteurs vont jusqu’à mentionner que ce n’est pas tant la violence qui est transmise, mais plutôt le style relationnel et surtout comment cette relation est représentée. Et enfin le troisième facteur, la dissociation, qui peut être définie comme une séparation structurale des processus psychologiques (pensées, émotions, mémoire et identité) qui sont habituellement intégrés. Selon certains auteurs, il s’agit d’une altération de la conscience qui résulte d’une exposition précoce à des traumas psychologiques. La dissociation n’est donc pas qu’un phénomène de mémoire, car l’affect et les cognitions reliés au trauma peuvent aussi être clivés de l’expérience. Cette manifestation altère les processus psychologiques de la personne pour une période spécifique, ce qui engendre qu’ils ne sont pas intégrés adéquatement au reste de son vécu. Certaines expériences sont donc compartimentées et ne sont pas intégrées dans une perspective cohérente de soi. Selon Putnam (1993), la dissociation est un phénomène qui se manifeste selon un continuum de sévérité. En plus des composantes cognitives et affectives de la dissociation, de nombreux auteurs contemporains ont également rapporté des liens probables entre l’exposition à un traumatisme et des atteintes neurologiques. Ainsi, la frayeur induite par le trauma aurait un impact sur les systèmes mnésiques et sur la production d’hormones reliées au stress, ce qui pourrait expliquer les états dissociatifs. En ce sens, des événements stressants et traumatisants vécus durant l’enfance auraient un impact persistant sur le dérèglement de systèmes biologiques importants. Les conséquences de ces dysfonctions biologiques ne sont pas bien connues à ce jour, mais elles pourraient jouer un rôle majeur dans la symptomatologie des survivants d’abus. La dissociation a été observée aussi bien chez des victimes d’abus physiques que d’agresseurs sexuels.
Un antécédent d’agresseurs sexuels, tant chez les hommes agresseurs que chez les mères d’enfants victimes de violence sexuelle, n’apparaît ni nécessaire ni suffisant pour comprendre la transmission de l’agresseur sexuel, quoiqu’il constitue un facteur de risque important. En fait, il semble qu’une constellation de mauvais traitements vécus durant l’enfance puisse être à l’origine de l’agresseur sexuel perpétré. Plusieurs mécanismes ont été proposés pour expliquer l’étiologie de l’agresseur sexuel à travers les générations. Alors que les premières théories se sont basées sur les grands courants de pensée en psychologie, les recherches contemporaines se sont plutôt attardées aux caractéristiques de l’agresseur sexuel vécu et de ses répercussions, dans le but de comprendre les facteurs de continuité et de discontinuité. Ces études ont démontré l’influence importante de trois facteurs pour expliquer ce phénomène. Les conclusions de cette réflexion nous portent à croire que deux d’entre eux, la sévérité de l’agression et la qualité des relations d’attachement, pourraient influencer le troisième, soit les symptômes de dissociation, qui eux auraient un impact déterminant sur la transmission de l’agresseur sexuel.


Y. H.
(*) Neuropsycholo
gue

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