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PSYCHOLOGIE en ALGERIE

PSYCHOLOGIE en ALGERIE

Une lecture de l'actualité algérienne mais autrement...Yazid HADDAR


“Quand on réduit les libertés on ouvre des portes à l’insécurité !”

Publié par Haddar Yazid sur 25 Novembre 2014, 12:22pm

" les jeunes réclament des droits que la société ne lui a pas donnés, avec les méthodes d’expression qu’elle lui avait apprises !

Le Dr Yazid Haddar exerce à Lille, en France. Ce psychologue clinicien, spécialiste en neuropsychologie, est l’auteur de plusieurs travaux sur la violence.

Liberté : Des jeunes et moins jeunes de quartiers s’entretuent alors que leurs parents se barricadent chez eux. Y a-t-il encore une quelconque autorité parentale ?
 

Yazid Haddar : La société est en évolution et la famille en fait partie. Certes, les rapports de force sont également en évolution. Cela dit, il faut rappeler que l’autorité n’est pas uniquement une question de rapport de force, elle devrait être perçue comme un ensemble de droits et devoirs des parents à l’égard et dans l’intérêt de leur enfant jusqu’à sa majorité ou son émancipation. Traditionnellement, dans notre société, l'autorité parentale est exercée conjointement par les deux parents et/ou les membres de la famille.
Cependant, on assiste, de plus en plus, dans certains milieux semi-citadins, à la nucléarisation de la famille où les autres membres de la famille ne partagent guère l’autorité, comme naguère ! On assiste à une rupture de la transmission de la tradition familiale qui n’est pas assumée sur le plan moral, mais qu’on continue à cultiver la nostalgie de la famille traditionnelle. Le discours religieux vit cette évolution comme un échec de transmission et non comme une évolution de la société. Cette contradiction est vécue difficilement par les parents. Ils sont démunis devant l’arrivée d’une génération qu’ils sont incapables d’encadrer. Néanmoins, comme je l’ai souligné dans un article ici même, la culture patriarcale perdure. Cependant, nous assistons à l’inversion des rôles, le pouvoir et la place du père sont pris par le frère, le gendre, le cousin, etc., valorisés par leurs postes du travail, leurs revenus, leurs influences et par leurs capacités à utiliser les réseaux indispensables à l’acquisition de biens et services distribués par l’État ou acquis par le marché, comme l’a écrit H. Addi.
Néanmoins, la logique patriarcale reste toujours la même, c’est-à-dire il y a un rapport de force entre le dominant et le dominé. Cette culture patriarcale, ou cette structure de pensée dominante, persiste sous différentes formes, mais en même temps elle n’est pas rigide.

Liberté : Et si ces jeunes n’étaient que l’outil de l’expression violente des adultes ? 
La violence n’est qu’une expression de l’absence de repère et du cadre légale dans notre société. Elle est également le fait d’accumulation des violences vécues et jusque-là non exprimées. Plusieurs facteurs - que je résume en trois, à savoir la politique, la culture et le social -aggravent cette violence. Au niveau politique, les institutions de l’État sont productrices des inégalités et des injustices sociales, qui aggravent le sentiment d’abandon et fragilise l’État.
L’État est quasi absent dans la gestion du quotidien des citoyens et dans la défense des libertés. Quand on réduit les libertés individuelles, on ouvre des portes à l’informel, à l’insécurité et à l’arbitraire !
L’espace culturel d’expression surtout oral renforce généralement l’expression de la violence, en donnant plus la place au plus fort et à la logique de la force, car la culture du dialogue ne fonctionne plus !  Au niveau social, les politiques sociales suivies à ce jour renforcent la politique d’assistanat et qui a produit une société assistée incapable de réfléchir sur elle-même, ni sur son environnement (culture du partage des rentes). De ce fait, elle attend, quand il y a de la violence ou une guerre de gangs, que l’État vienne résoudre le problème ! Donc, les jeunes réclament des droits que la société ne lui a pas donnés, avec les méthodes d’expression qu’elle lui avait apprises !

Entretien réalisé par M. K.

 

 

 

 

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