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La Psychologie en Algérie

La Psychologie en Algérie

Une lecture de l'actualité algérienne mais autrement...Yazid HADDAR


La passion amoureuse entre psychothérapie et médecine prophétique

Publié par Haddar Yazid sur 6 Avril 2015, 15:59pm

Dans certaines configurations psychopathologiques, la pratique de la religion s’éloigne de l’orthodoxie pour prendre des expressions en lien direct avec le fonctionnement psychique. A l’appui d’une vignette clinique, l’auteur tente de démontrer les soubassements psychopathologiques qui président la croyance en l’amour divin, pour bannir, voire se défendre contre l’amour qui peut lier deux êtres humains de sexes différents. Un tel amour est considéré comme une maladie, car hérésie, et seule la médecine prophétique est en mesure d’apporter des solutions à ces égarements de l’âme. Dans cette médecine de telles personnes, des jeunes, trouvent en général un soulagement à leur souffrance mais se débattent, en fait, dans des problématiques d’origine infantile qui entravent leur développement psycho,sexuel. Grâce à la psychothérapie qui leur permet de découvrir le sens caché de leur amour passionnel, ils finissent par adopter des conduites qui les réconcilient avec leur religion ce qui leur permet, de surcroît, de nouer des relations hétérosexuelles de bonne qualité.

Les jeunes étudiants puisent dans l’islam l’essentiel de leurs comportements, en vue de gérer leurs relations avec l’autre sexe. C’est en effet, une observation courante au CAPU1. Selon eux, en raison de la crise du logement, ils n’ont pas d’autres choix que l’abstinence sexuelle, recommandée par la religion. De plus, selon toujours leurs propres opinions, la propagation des maladies sexuellement transmissibles, tel le Sida, leur donne raison. Il s’agit sans doute, d’un « besoin de croire » au sens de Sophie Mijolla-Mellor (2004), qui reprend et commente ce qu’en disait Freud, dans son oeuvre consacrée à la culture et à la religion (1927,1930 et 1939). Dans une société de confession musulmane et de surcroît, dans un siècle de religiosité, comme l’avait prédit André Malraux, cela semble aller de soi. Toujours est-il, que pour supporter les désagréments provoqués par cette répression, il leur arrive de trouver dans la médecine prophétique un soulagement à leur malaise existentiel.

2Là, n’est pas l’objet du sujet que prétend développer cette contribution. Notre propos se situera dans un contexte de clinique psychopathologique. Notre attention va devoir se focaliser sur des jeunes adultes, notamment des étudiants, qui essaient de gérer, au mieux de leurs possibilités psychiques, des pulsions qui les submergent dans leurs relations amoureuses. Ils se retrouvent dans l’obligation, pour des raisons psychopathologiques profondes, de sacrifier leur bonheur, au profit d’une vie meilleure dans l’au delà.

3C’est surtout auprès de jeunes patients, filles et garçons, étudiants, consultants au Centre d’Aide Psychologique Universitaire, nés après les années 70, que la médecine prophétique, prend, dans la rencontre psychothérapeutique, une place telle, qu’elle nous amène à en saisir les tenants et les aboutissants. Lorsque l’incursion de ces textes dans les entretiens psychothérapiques est en étroite relation avec la passion amoureuse, elle exprime une souffrance qui prend le nom de maladie d’amour "داءُ العِشْقِ", selon la classification des maladies, de Ibn El Kaiem El Djouzia [1292-1351] (2003), souvent prise comme référence par les jeunes algériens. Si les fortes excitations pulsionnelles de l’état amoureux sont traumatiques (C. David (1971) et R. Held (1968), leurs condamnations le seront tout autant, car, comme le disent si bien ces patients : « C’est une hérésie que d’aimer tant un être humain. Un tel amour doit être voué à Dieu et à Dieu uniquement», d’où leur grande souffrance.

4D’abord, nous exposerons le cortège de symptômes psychiques et somatiques qui poussent ces jeunes à renoncer à leur amour, dans une quête démesurée, nous semble t-il, d’un rapprochement avec Dieu, chose qui ne réussit pas, malgré cela, à atténuer la force de leurs pulsions.

5Ensuite, une situation clinique sera saisie, dans une logique métapsychologique individuelle, pour montrer le bien fondé du déterminisme psychique. Ce dernier userait de la religion, pour exprimer une psychopathologie de l’affectivité, dans laquelle se liraient en filigrane, les lois universelles du fonctionnement psychique. De leur expérience de la médecine prophétique, avant ou en même temps que la psychothérapie, de leurs lectures des codifications religieuses des rapports avec l’autre sexe, en passant par les récits des prophètes et autres, ces patients tentent de gérer des excitations traumatogènes de l’enfance, au mieux de leurs possibilités psychiques.

6Enfin, pour peu que notre écoute pervertisse leur discours, c’est à dire, lorsqu’elle est écoute d’autre chose que de leur réelle souffrance, le cadre de la rencontre perd sa contenance et réveille les vieux démons de la revendication phallique identitaire.

7C’est ce que nous essaierons d’analyser, en montrant que l’aide psychologique réconcilie souvent ces jeunes avec leurs croyances, tout en leur permettant de jouir du bonheur.

8De toutes ces observations cliniques, en milieu algérien, seront déduites des positions personnelles sur les conditions éducatives qui favorisent la manifestation de l’amour authentique : amour de soi, amour de l’autre, amour du travail et d’autres amours indispensables à la création culturelle et esthétique.

(à lire la suite voire le lien ci-dessous

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