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PSYCHOLOGIE en ALGERIE

PSYCHOLOGIE en ALGERIE

Une lecture de l'actualité algérienne mais autrement...Yazid HADDAR


Bouteflika reçoit Hollande en Algérie : l'occasion d'envisager une seconde République

Publié par Haddar Yazid sur 17 Juin 2015, 17:51pm

LE PLUS. François Hollande se rend ce lundi 15 juin à Alger, après y avoir été invité pour une brève visite par son homologue, Abdelaziz Bouteflika. Pendant quelques heures les deux présidents pourront s'entretenir sur les crises au Mali et en Libye. L'occasion pour notre contributeur et neuropsychologue, Yazid Haddar, de faire le bilan de la situation en Algérie.

Ce lundi 15 juin, François Hollande se rend en Algérie pour une "visite de courtoisie" de quelques heures. L'occasion pour lui de s'entretenir avec Abdelaziz Bouteflika. Et l'occasion pour nous d'aborder la question de la stabilité de ce pays et son avenir.

Bouteflika a achevé la crédibilité des institutions

Quatre mandats et un président en Algérie. C’est le record dans la longévité présidentielle algérienne ! De ce point de vue-là, oui le pays est stable… Mais que restera-t-il du règne de Bouteflika ? Les chantiers menés porteront-ils des réformes structurelles dans la société algérienne ? Auront-ils avancé la culture citoyenne, et en occurrence les valeurs républicaines ?

Après avoir vécu une décennie noire, marquée par une instabilité et des violences inouïes et qui ont touchées l’ensemble des institutions d’Etat et toutes les catégories qui composent la société, les Algériens ne veulent plus revivre cette époque.

A vrai dire, Bouteflika a achevé la crédibilité des institutions étatiques. Il les a discréditées, en choisissant souvent de légiférer par décret et non pas par voie parlementaire.

La corruption est normalisée

De plus, il a fragilisé toutes formes d’oppositions politiques. Il a également réduit l’espace des libertés publiques à une liberté de communication pour les médias et institutions internationaux.

Le cas de la presse indépendante illustre sa méthodologie : un pas en avant et deux pas en arrière. Elle subit un étouffement financier, en subissant "un embargo publicitaire", qui est officieux. Les deux journaux indépendants ont déjà tiré la sonnette d’alarme. D’autres titres de presse sont restés discrets, pour ne pas tomber dans "la disgrâce" !

Sans oublier les affaires de corruption, qui sont "normalisées", les projets de siècle devenus des projets à gouffre, et la dilapidation de la manne pétrolière. Le Premier ministre vient de sonner le glas : "Il faut se préparer à des temps de disette" !

Les Algériens ne savent pas se remettre en question

La Méditerranée pourrait-elle se permettre d’avoir un autre pays déstabilisé ? Assurément non. Ce n'est souhaitable ni pour l'Algérie, ni pour l'Europe qui en subirait les conséquences.

Si "les printemps arabes" n’ont pas réellement porté leurs fruits, c’est-à-dire des transitions politiques vers des Etats de droit qui assurent une stabilité institutionnelle, de la transparence, etc., la raison ne s’explique pas uniquement par l’absence d’une culture républicaine et la faiblesse des institutions de l’Etat, mais également par l’absence d’une volonté populaire de faire une révolution culturelle.

La dimension culturelle, y compris la culture religieuse, actuelle ne répond plus au besoin de l’évolution des citoyens de chaque pays. Cependant, la remettre en question reviendrait à un suicide collectif.

D’une part la société n’a pas intégré dans son fonctionnement la culture de s’interroger sur soi, sur sa condition quotidienne, sur sa croyance et sur son environnement, et d’autre part les chefs d’Etat, eux-mêmes issus de ces milieux, n’ont pas la légitimité nécessaire pour mener ce genre de débat, sauf exception en la personne de Bourguiba, président tunisien.

Il faut une seconde République algérienne

Les chefs d’Etats et les Rois ont choisi le népotisme, la corruption et l’amateurisme pour gérer les affaires de l’Etat, plutôt que d’exiger des compétences pour la gestion des affaires de chaque pays.

L’exemple de Kadhafi illustre cette fragilité : dans le cadre d'un pays n'ayant pas d'institution fiable, ni économique ni juridique, mener une révolution était un suicide, car comment construire un Etat sur rien ?

Ceci dit, l’Algérie glisse-t-elle vers une instabilité incontrôlable ? L’expérience nous a montré que l’institution militaire y est très forte. Les politiques n'auraient pas grand intérêt à la déstabiliser.

Une chose est sûre, l’actuel président Bouteflika achève la première République algérienne. Il est temps qu’une deuxième commence, avec une nouvelle génération, un nouvel idéal, un projet de société qui se projette vers l’avenir et l’universel.


Yazid HADDAR

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