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PSYCHOLOGIE en ALGERIE

PSYCHOLOGIE en ALGERIE

Une lecture de l'actualité algérienne mais autrement...Yazid HADDAR


La mémoire traumatique de la décennie noire algérienne s’est réactivée

Publié par Haddar Yazid sur 7 Juillet 2015, 20:49pm

Liberté : Des centaines d’Algériens annoncent sur les réseaux sociaux leur départ massif pour la Tunisie, après le Ramadhan, pour faire du tourisme...
Yazid Haddar
: Je pense que c’est une réaction émotionnelle et elle n’émane pas d’une logique raisonnable. Dans la psychologie sociale, il y a un phénomène des foules, émotionnellement fort, mais dès qu’il s’agit d’une réaction concrète, là il y a d’autres éléments, facteurs, que chaque individu prend en considération. Il serait également possible que la mémoire de la décennie noire, la tragédie noire, algérienne se soit réactivée, car le mode opératoire des terroristes religieux est le même que celui vécu en Algérie. Il est fort possible que ces événements aient déclenché la mémoire traumatique des Algériens et la réaction émotionnelle s’inscrit dans cette logique.
Il est important de savoir ce qu’est le tourisme pour les Algériens, car pour le moment, aucune étude, à ma connaissance, n’a déterminé la représentation du tourisme des Algériens. Cela dit, que les Algériens soient solidaires avec nos amis et frères tunisiens, je pense que c’est une bonne initiative. Mais comment rendre concret cet élan de solidarité, là est toute la question.

Cet élan des Algériens est-il contre le terrorisme et sa matrice idéologique ?
Il y a un divorce entre l’Algérien et la politique. Je pense que les Algériens à ce niveau sont livrés à eux-mêmes. La déception du politique s’explique par les échecs répétitifs des réformes entamées, ainsi que par le rapport de force entre la classe politique dirigeante, qui impose le statu quo, et la peur des Algériens de revivre “la décennie noire”.
Il y a aussi l’absence d’une culture républicaine au sein de nos institutions respectives, mais également chez le citoyen où l’on on assiste à l’appauvrissement de la culture citoyenne. Quand certains Algériens voient que leur quotidien, que les espaces communs ne sont pas gérés par les autorités locales ou nationales, ils se réfugient dans le modèle alternatif au fondement théologique. Ils se structurent dans des lieux de culte et, sur le plan idéologique, ils détruisent les valeurs citoyennes et républicaines.
Donc, l’Algérien lambda n’agit pas contre le terrorisme idéologique, mais pour sauvegarder la paix sociale, soit la politique de l’autruche. En psychanalyse, on parle “d’ultime dyade” entre la vie et la mort, dans le sens symploque. Cependant, une société où la religion est de plus en plus omniprésente et omnipotente, l’idéal de construire un État démocratique se disperse pour céder la place à celui de l’État théologique, dans sa version dogmatique, c’est-à-dire l’abolition symploque de la mort, car sur le plan eschatologique, la vie après la mort est la plus importante que la vie dans “ce monde”. Dans ce raisonnement, mettre fin aux valeurs qui dominent “le monde” devient l’ultime épreuve pour accéder à la vie éternelle.

Certains pensent que le système politique en place finira par mettre à genoux l’Algérien...
Comme je l’ai souligné, le jeune Algérien est “le jackpot” des organisations terroristes. J’explique : il est formé par une école qui ne lui a pas appris l’esprit critique, c’est-à-dire la capacité d’examiner attentivement les informations (les idées, les choses, etc.) avant de porter un jugement ou faire un choix. En outre, la dogmatisation rigoriste, avec une religiosité dominante et déracinée de la religion ancestrale est omniprésente dans certains médias, dans les discours du quartier, dans la famille, dans les lieux de culte, etc. Dans le cas algérien, le modèle alternatif existe mais, d’une part, la langue utilisée est le français et, d’autre part, il se referme sur lui-même, car il n’occupe pas les débats publics et il n’arrive pas à s’assumer et à s’affirmer. Il entre, ainsi, dans “la logique de survie”, c’est-à-dire être discret, la société n’étant pas prête pour aborder tel ou tel sujet, etc.
Cela dit, certains jeunes Algériens sont prêts pour intégrer ce genre d’organisations.
Mais, rien n’est pourri. C’est là que je soutiens l’actuelle ministre de l’Éducation nationale dans sa quête d’algérianisation des contenus des manuels scolaires et l’introduction de la culture de la réflexion à la place du “parcœurisme”. La vigilance du ministre des cultes est, elle aussi, à saluer.

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