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Mardi 2 septembre 2008

 

 

Salim Bachi est né en 1971 dans l'Est algérien. Il a suivi des études de lettres en Algérie puis en France. Il a publié son premier roman, «Le chien d'Ulysse» en 2001 aux éditions Gallimard. Chez le même éditeur, il a publié «La Kahéna» (2003), «Tuez-les tous» (2006) et un recueil de nouvelles «Les Douze contes de minuit» (2007), co-édité en Algérie par les éditions Barzakh. Aux Editions du Rocher, il a fait paraître en 2005 une autofiction, «Autoportrait avec Grenade».
«Tuez-les tous» est la seule œuvre de Salim Bachi traduite en arabe (Barzakh, Alger, traduction de Mohamed Sari). Dans cet entretien il nous parle de son dernier roman qui va paraitre le 04 septembre 2008.

Yazid  Haddar : Vous faites partie des écrivains les plus prometteurs en Algérie mais aussi de toute l’Afrique du Nord. Votre prochain roman sera une forme de biographie sur le prophète Mohamed (« le silence de Mohamed »), vous intéressez-vous de plus en plus à l’actualité ? Pourquoi un roman sur le prophète Mohamed ?

 

Salim Bachi : Tout dépend de ce que l’on appelle l’actualité. Pour Le silence de Mahomet, j’évoque une période lointaine à priori, puisqu’il s’agit de la vie du Prophète, il y a plus de quatorze siècles de cela. Maintenant, la lecture de ce roman est actuelle et semble tomber à pic parce que l’actualité est pleine de l’islam et d’interrogations à ce propos. Pourquoi un roman sur le prophète Mohammad ? Comment passer à côté d’un tel sujet, à côté d’une personnalité aussi fascinante ? Cet homme est à l’origine d’une religion et d’une civilisation et c’est la seule personne dont les romanciers arabes, musulmans, ne parlent jamais où l’évoquent à peine. Il y a bien sûr eu ce superbe roman de Driss Chraïbi, L’homme du Livre, mais depuis rien. Je voulais réparer cette injustice.

 

Yazid  Haddar : Vous faites dire à l’un de vos personnages, l’épouse de Mohamed Khadîdja, je cite : «Mon époux est pourtant un homme de grand savoir et de grande sagesse. Il ne manquait jamais, quand il revenait de Basra ou, plus loin encore, de Damas, à la tête d'une caravane, d'apporter avec lui les manuscrits qu'il dévorait seul, à l'abri des regards … ». Pourtant, il est connu que le prophète Mohamed ne savait ni lire ni écrire ! Est-ce simplement de votre imagination ou est-ce une vérité historique?

 

Salim Bachi : A la vérité nous ne savons rien de bien exact à ce sujet, on suppose que le Prophète était illettré, ou du moins certains commentateurs nous le présentent ainsi. Depuis quelques années, un mouvement d’historiens musulmans et d’islamologues tels que Youssef Seddik et Hichem Djaït, par exemple, remettent en cause cette explication. Dans le Coran, il est dit à cinq reprises que le Prophète était Ummi, c’est à dire illettré. Or tous les philologues ne s’accordent pas tout à fait quant à la signification exacte du terme Ummi. Pour certains, il s’agit d’illettrisme pour d’autre d’homme sans Livre révélé. Ainsi les Arabes, avant la venue de l’islam, était un peuple d’Ummiyyûn, ce qui ne veut pas dire qu’ils étaient tous illettrés mais plutôt qu’ils étaient des païens. Bon, bien entendu le débat est loin d’être clos, mais dans Le silence de Mahomet, j’ai opté pour la seconde solution. C’est un peu ma liberté de romancier, mais de romancier vrai qui se base toujours sur des travaux d’historiens et qui n’avance rien à la légère.

 

Yazid  Haddar : N’avez-vous pas peur de choquer quelques esprits fanatiques du monde musulman ?

 

Salim Bachi : J’espère que le Silence de Mahomet sera lu et aussi débattu. Si les foudres restent intellectuelles et dignes, j’en serais heureux et je les accepterais même si elles me déplaisent. Si elles dépassent ce cadre et sombrent dans l’irrationnel, j’en serais surtout profondément attristé. Le silence de Mahomet n’est en aucun cas un livre attentatoire à la personne du Prophète que je révère et respecte profondément. Tel n’est pas mon propos.

 

Yazid  Haddar : Peut-on parler d’esprit critique dans le monde musulman ?

 

 

Salim Bachi : Bien entendu, je viens de vous citer deux intellectuels musulmans, Hichem Djaït et Youssef Seddik. Il y en a bien d’autres. Seulement les écoute-t-on, les lit-on ?

 

Yazid  Haddar : Vous posez souvent un regard critique sur la société algérienne. Avez-vous le sentiment d’être un témoin de la jeunesse algérienne ? A propos, que pensez-vous de ce que vivent actuellement les jeunes en Algérie (harraga, chômage, etc.) ?

 

Salim Bachi : Non pas le témoin, mais le spectateur compréhensif. Je suis très triste pour la jeunesse algérienne qui mérite mieux que cette misère. Quelle tragédie pour un pays que de ne savoir s’occuper de sa jeunesse !

 

Yazid  Haddar : Que pensez-vous de la littérature algérienne actuelle ?

 

Salim Bachi : Elle se porte plutôt bien.

 

Yazid  Haddar : L’écrivain Malek Haddad a inspiré toute une génération en Algérie. Que représente-t-il pour vous ?

 

Salim Bachi : J’ai lu Malek Haddad, mais je vous avouerai qu’il ne m’a pas inspiré. Plutôt Kateb Yacine et Rachid Mimouni, et aussi Driss Chraïbi dont j’ai lu La mère du printemps et L’Homme du Livre avec beaucoup de passion.

 

Yazid  Haddar : Ce roman sera-t-il publié en Algérie ? Avez-vous une idée sur le sujet de votre prochain roman ?

 

Salim Bachi : J’espère qu’il sera coédité par Barzakh, mon éditeur habituel à Alger. Non, je n’en ai encore aucune idée. Et puis vous pensez bien que si j’en avais une, je ne vous la dirai pas.

 

 

 

Quelques extraits du roman qui vous pouvez le trouver sur son blog (http://cyrtha.canalblog.com/) :

 « Que Dieu me pardonne ces mots qui sans cesse vont et viennent dans ma tête. Mohammad pense être fou. J'ai beau lui dire qu'il n'en est rien, il persiste et me demande de l'envelopper dans un caban. Il a froid. Depuis son retour, sans cesse il tremble et claque des dents puis s'endort le front moite ; il se réveille brusquement et me parle : dans la nuit, ou était-ce à l'aube, dans la grotte, ou sur le chemin du retour, le ciel s'est fendu de tout son long, me précise-t-il. Il faisait jour, il faisait nuit, et l'Ange est venu, de toute sa hauteur, de toute sa grandeur d'Ange.

Il marchait dans le désert lorsque « celui qui possède la force s'est tenu en majesté alors qu'il se trouvait à l'horizon élevé ; puis il s'approcha et il demeura suspendu. Il était à une distance de deux portées d'arc — ou moins encore — et il révéla à son serviteur ce qu'il lui révéla : “Lis au nom de ton Seigneur qui a créé !” »

  Que Dieu me pardonne, il pense être fou, mais il ne l'est pas, c'est de science certaine, un tel homme ne peut l'être. Je le lui ai dit, je le lui ai répété. Il me rétorque qu'il ne comprend pas pourquoi lui viennent ces fulgurances, ces instants où la parole s'écoule en lui et dit ce qu'il ne sait pas. Mon époux est pourtant un homme de grand savoir et de grande sagesse. Il ne manquait jamais, quand il revenait de Basra ou, plus loin encore, de Damas, à la tête d'une caravane, d'apporter avec lui les manuscrits qu'il dévorait seul, à l'abri des regards. Souvent il en discutait avec son meilleur ami, Abou Bakr, et ils devisaient ensemble des mystères de ce monde.


  Ils effectuèrent la plupart de leurs voyages au Châm ; et ils revenaient enchantés et plus riches chaque fois. Abou Bakr était un bel homme, mince, le visage clair et le front haut. Il ne portait pas son âge et possédait cette éternelle jeunesse que retrouvent les hommes à l'âge mûr. Lui et Mohammad sont frères par l'esprit. On raconte qu'un jour, les deux hommes, en se dirigeant vers la Mosquée, se prirent à rêver à voix haute. Abou Bakr se pencha vers Mohammad.


  — Mon ami, pourquoi les Arabes ne disposent-ils pas de leur religion comme les juifs et les nazaréens ?
  — Certains sont devenus nazaréens à Mekka. Ou juifs à Yathirib.Waraqa ibn Nawfal écrit l'Évangile en hébreu et il me donne à lire certains passages.
  — Cela est vrai, Mohammad. Pourquoi n'avons-nous pas notre propre Livre ? Notre Évangile, notre Torah, notre Zabour ?
  — Dieu nous a abandonnés, Abou Bakr
  — Pourquoi n'a-t-il point abandonné les juifs et les nazaréens?
  — Je ne sais pas, Abou Bakr.


  Ils n'évoquèrent plus jamais le sujet. Ils poursuivirent leurs voyages vers le nord. Chaque fois, ils revenaient pleins de merveilles dans les yeux. Ils avaient rencontré des hommes pour qui Dieu était unique, seul et inaccessible ; et ces hommes croyaient en une vie après la mort.

  La nuit, Mohammad se retournait sur notre couche, sans trouver le repos. Quand il glissait dans le sommeil, des rêves étranges le tourmentaient. Parfois, il volait avec les oiseaux, et se souvenait de l'armée d'Abraha ; il la regardait avancer dans le désert, se dirigeant vers la Kaaba. Il voyait les hommes de l'Abyssin, fourbus et lamentables ; il poursuivait les chameaux de son grand-père, Abd al-Mouttalib. D'autres fois, il songeait au châtiment des gens de Thamoud. Dieu leur avait envoyé un prophète, Salih, qui, me racontait Mohammad quand il se réveillait, lui ressemblait trait pour trait.

  Je suis née avant Mohammad, bien avant lui, mais ma pudeur m'a longtemps empêchée de le dire. J'entrai donc dans ma trente-cinquième année quand j'épousai Mohammad et non dans ma quarantième comme le colportèrent certains Qourayshites. Pour rabaisser Mohammad et l'islam, nos ennemis insinuaient souvent que j'étais beaucoup trop âgée pour lui donner une descendance mâle qui aurait survécu aux maladies de l'enfance.
  Mekka, en ce temps-là, était à l'épicentre du monde, sur le chemin des caravanes qui partaient d'Abyssinie, longeaient le Yémen, traversaient les cités de Maarib et de Sanaa avant de poursuivre leur long périple en direction du Châm, au nord.

   Cette première route était la plus importante puisqu'elle permettait aux chameliers de Qouraysh d'acheminer les marchandises venues des pays de Sin et de Hind jusqu'à Basra et Damas où de riches et belles dames achetaient à bon prix les parfums et les bijoux qui leur servaient de parures. La cité était peuplée d'hommes et de femmes qui révéraient le Messie et sa mère, Maryâm ; la Perse sassanide, à l'orient, adorait le feu et son prophète Zoroastre, gardien des ténèbres et de la lumière.
  Jeune fille, on me répétait souvent que ces contrées recelaient de merveilleuses richesses ; ainsi ces tissus fins et colorés que l'on disait issus du ver de Sin ; ces ambres et ces muscs d'Abyssinie dont raffolait Mohammad, qui en usait souvent pour lui et moi, étaient eux aussi acheminés sur les grandes routes par les Qourayshites et vendus par leurs esclaves sur les marchés de Mekka. Seule Tayf pouvait s'enorgueillir de jeter une ombre sur Mekka.
  Nous, les Mecquois, nous étions fiers de notre cité et surtout de son centre religieux qui attirait les fidèles de toute l'île des Arabes, du Hedjaz au Najd, de la terre de Maarib au Châm. Ancien puits sur la route des caravanes, elle était devenue très vite une cité prospère où s'était installée la tribu des Qourayshites. Certains de ces Qourayshites étaient les plus habiles marchands du monde. Ils sillonnaient la terre de part en part pour acheter ces belles marchandises et les revendre ensuite avec le plus grand profit. »

 

Par Haddar Yazid - Publié dans : Culture
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Samedi 30 août 2008
Reporters sans frontières dénonce le renforcement de la censure sur le réseau Internet tunisien. Depuis le 24 août 2008, le site du réseau social Facebook est bloqué sans explication.

“La censure touche aujourd’hui des sites très populaires qui n’ont a priori aucune portée politique. Le blocage de Facebook s’ajoute à celui de YouTube et de Dailymotion. Les sites de partage en ligne sont des espaces que les autorités veulent contrôler pour ne pas laisser la dissidence s’exprimer. Il est déplorable de voir l’espace Internet régresser“, a déclaré l’organisation.

Avant d’être totalement bloqué, le site Facebook (http://www.facebook.com) a connu des difficultés d’accès selon les fournisseurs d’accès utilisés par les internautes. Par exemple, les clients de PlaNet ne peuvent plus accéder à cette adresse depuis le 18 août. Le site reste cependant accessible en se connectant à d’autres adresses (http://www.new.facebook.com, http://www.www.facebook.com).

Selon une étude réalisée par l’entreprise tunisienne de marketing Buzz2com, Facebook regroupait 28 313 internautes tunisiens le 14 août 2008. Certains dissidents, comme Mohammed Abbou, y ont récemment créé leur page personnelle, lançant des débats de société sur le site.

“C’est un phénomène important. Depuis deux ou trois semaines, Facebook est le lieu où s’exprime la dissidence. De nombreux blogs ont été fermés et leurs auteurs ont pu débattre sur Facebook en créant leur page personnelle“, a confié une internaute à Reporters sans frontières. On recense six groupes sur le site concernant la fermeture de Facebook en Tunisie, qui mobilisent un peu plus de 5 000 internautes.

Par ailleurs, Dailymotion et YouTube ont été rendus inaccessibles respectivement le 3 septembre 2007 et le 2 novembre 2007. YouTube reste cependant consultable à d’autres adresses telles que http://www.fr.youtube.com, http://www.it.youtube.com et par l’adresse IP http://208.65.153.253. Dailymotion aurait été ajouté à la liste de sites filtrés en tant que site pornographique.

Les messageries Internet sont également filtrés. D’après des tests effectués en Tunisie, certains e-mails sont reçus vides et disparaissent de la boîte après ouverture. Sur Yahoo !, il est également impossible d’attacher des fichiers aux e-mails car la fonction est désactivée. Sur Gmail, la lecture est plus facile, mais il est souvent impossible de répondre à son interlocuteur.

Cette forme de filtrage (DPI - deep packet inspection) est communément utilisée en Chine pour filtrer les sites Internet pornographiques ainsi que ceux qui traitent des questions “sensibles“ telles que le Tibet, le mouvement spirituel Falung Gong ou encore le massacre du 4 juin 1989.

Par ailleurs, le logiciel TOR, qui permet de rester anonyme sur Internet et de contourner la censure en ligne, n’est pas téléchargeable en Tunisie.

“Ce filtrage contribue à créer une atmosphère de surveillance généralisée car il concerne tous les abonnés et pas seulement les dissidents. Les autorités tentent de travestir la censure en problème technique“, a ajouté l’organisation.

La Tunisie figure dans la liste des Ennemis d’Internet établie par Reporters sans frontières. Elle est le pays du Maghreb le plus répressif en matière d’expression sur le Net.

Pour en savoir plus :

http://www.rsf.org/article.php3 ?id_article=26911

http://advocacy.globalvoicesonline.org/2008/08/20/silencing-online-speech-in-tunisia/

 

Par Haddar Yazid - Publié dans : POLITIQUE
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Samedi 23 août 2008

« Il faut avoir encore du chaos en soi pour enfanter une étoile dansante.»

Nietzsche, in « Ainsi parlait Zarathoustra »

 

Là où nos gouverneurs en sont arrivés, quel paradoxe ! Il y a deux mois, le ministre de l’intérieur Yazid Zarhouni s’interrogeait sur le rôle des associations en les accusant d’immobilisme face à la violence des jeunes dans nos villes. Aujourd’hui, des enseignants sont en grève de la faim depuis plus d’un mois, et le gouvernement les ignore complètement. Pas de dialogue ! Le Ministre et l’ensemble du Ministère sont-ils en vacances ? Pendant combien de temps encore les Algériens seront-ils ainsi malmenés et jusqu’à quel point ? Dans quel État vivons-nous ? Un État de droit ou un État de soumission ? Dans son dernier discours, le Président Bouteflika se plaignait du manque d’encadrement, mais voyez comment l’État traite ses cadres : face à un maigre salaire et une non-reconnaissance des compétences, parfois une mise à l’écart, ils quittent le territoire dès que l’occasion se présente. Louons le courage et la patience de ceux qui résistent quotidiennement depuis des années ! Protester pacifiquement à la manière de ces enseignants, c’est être ignoré ! Protester violemment à la manière de ces jeunes, c’est être blâmé ! A nous, Algériens, de choisir !

 

Les syndicats autonomes viennent de donner un bel exemple d’espérance démocratique. Ils viennent de nous montrer que tout est possible en Algérie, qu’il reste une force vive, que la révolution n’est plus similaire à celle d’antan : ne pas faire couler du sang pour la liberté, mais épargner les familles qui sont de plus en plus désabusées et désorientées par le pouvoir politique. J’inscris ces mouvements de protestations dans un processus de maturité de notre peuple et de nos forces vives qui rappellent à nos gouverneurs que nous sommes toujours dans une république et que nous avons un droit fondamental, celui de réclamer nos droits !

 

Des protestations qui se répandent aux quatre coins du pays démontrent que les Algériens ne sont plus dupes de ces réalisations inachevées, de ces discours creux et de ce nationalisme vieillot. C’est toute la population qui se réveille pour exprimer son mécontentement face à la gestion du pays, la stagnation politique, la corruption, le refus de distribuer les richesses et la défaillance du système éducatif. Le chômage étouffe nos villages et nos villes. La jeunesse de notre pays est perçue par les décideurs comme une entrave alors qu’elle devrait être, comme ailleurs, signe de richesse et de bonne santé économique du pays. Le taux de suicide des jeunes est alarmant (de 114 victimes en 2005, on est passé à 169 en 2006 et à 177 en 2007[1]). Certains vont même jusqu’à se mutiler devant les mairies (APC) pour exprimer leur malaise. Il s’agit là d’appels de détresse et de l’expression du désir de vivre comme tous les jeunes du monde. Ces revendications montrent que notre société en mutation revendique un changement réel nécessitant un changement des mentalités de la part de ceux qui gèrent le pays. Ces derniers ne cessent de nous rabâcher le même projet de société, les mêmes analyses, les mêmes leçons de morale. Certains politiques sont tellement imbus de leur personne qu’ils considèrent toute critique pour une insulte personnelle. Ces mêmes individus, lorsqu’ils occupent des postes clé au sein de l’État, se comportent comme des pachas « Ya si ! ». Certains de nos politiques ont toujours pensé le monde à partir de secteurs immuables : l’Etat, la famille, l’identité. Si l’on veut penser le monde moderne, il faut le faire en termes de flux : flux de marchandises et flux d’idées, lesquels ont pour effet d’accélérer le bouleversement des divers secteurs.

 

Une société ne peut devenir autonome et capable d’elle-même que si elle est organisée rationnellement par un État fort et stable. La politique est aussi une affaire de communication. C’est lorsque, grâce à cette communication, « le courant passe » entre ses membres que la société se forme, et non pas simplement lorsque des techniciens habiles la dirigent. Car c’est par la communication autour de grandes idées que la foule se transforme en public et que du courant se met à passer en elle.

 

La gestion actuelle des médias lourds prouve l’usure et le conservatisme de la mentalité de certains de nos politiques. Depuis les derniers événements (grèves de la faim, protestations, etc.), aucune information n’a été diffusée par la télévision algérienne et les radios nationales alors que ces sujets ont fait la une dans toute la presse privée. Désormais, dès qu’un événement secoue le pays, les Algériens ont le réflex de se tourner vers les chaînes étrangères. Pourtant, nous contribuons, de par le paiement de l’impôt, au fonctionnement de la télévision nationale. Nous sommes ainsi en droit d’exiger des chaînes algériennes qu’elles nous informent régulièrement sur ce qui nous concerne. C’est un droit et non une faveur ! Chacun sait que, dans un pays, les médias constituent une source privilégiée de l’information. Mais ils permettent également de refléter l’image de la société. Ce n’est malheureusement pas le cas chez nous. Bien au contraire ! Au lieu d’être les garants de la confiance du peuple envers son gouvernement, les médias lourds sont des machines de propagande idéologique et politique. Cette lenteur abusive et caractéristique de la gestion de l’information en Algérie empêche les citoyens de se reconnaître dans la télévision algérienne (utilisation de la langue de bois, notamment par l’usage de l’arabe classique, comme si les Algériens n’étaient pas fiers de leur dialecte, contrairement aux Egyptiens par exemple).

 

Cette méfiance entre administrés et décideurs créée un abime entre eux. Ce fossé s’exprime d’une part, par le fait que les politiques s’éloignent des préoccupations quotidiennes du peuples en se lançant dans des projets irréalisables où la population est peu ou pas impliquée et d’autre part, par le fait que le peuple ne fait plus confiance en tout ce qui vient d’en-haut ! Il faut du temps, mais aussi des hommes et des femmes de bonne volonté pour rétablir un lien de confiance et de fidélité. Dans cette perspective, l’ouverture médiatique est urgente pour empêcher les détenteurs de l’information et les dogmatismes religieux de manipuler les esprits désorientés et de nourrir de faux espoirs chez les gens désespérés. Il est de notre droit d’avoir des médias fidèles à l’image de notre réalité sociale, libres de critiquer nos institutions, nos gestionnaires et nos politiques dans le but d’améliorer, de renforcer et de stabiliser les institutions étatiques, tout en inculquant les valeurs démocratiques, républicaines et citoyennes.

Yazid Haddar.

[1] Cf. El-Watan 26/03/08)

Par Haddar Yazid - Publié dans : POLITIQUE
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Mardi 19 août 2008

Avec Le Silence de Mahomet (Gallimard), Salim Bachi s'est attaqué à un défi hors norme : raconter la vie du prophète des musulmans. Ce n'est pas une biographie, mais bien un roman avec toute la force de la fiction. À travers les témoignages de quatre personnages, dont la première et la dernière épouse de Mahomet, l'auteur s'autorise à peindre un homme qui est avant tout un fin politique et un stratège militaire. Il signe une épopée épique.(in figaro livre)

Par Haddar Yazid - Publié dans : Vu dans la presse
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Vendredi 15 août 2008

Une deuxième explication de la délinquance est l’observation des conduites délinquantes et l’exposition à des influences délinquantes. L’une des observations les plus récurrentes de la criminologie est la suivante : la délinquance de ses amis est le meilleur indicateur statistique pour prévoir la délinquance d’un individu. D’où le proverbe populaire « Dis-moi qui tu fréquentes, je te dirai qui tu es ». En fait, la délinquance ne se réduit pas seulement à une simple tendance homophilique qui voudrait que l’on s’associe préférentiellement aux personnes qui nous ressemblent, mais elle est apprise au contact des semblables délinquants. C’est ce que démontrent les recherches longitudinales consistant à réaliser un suivi des mêmes personnes durant plusieurs années. Le groupe délinquant initie et renforce la délinquance de ses membres à plusieurs niveaux. Ce groupe dispose des normes et des modes de conduite délinquantes. Il offre des récompenses matérielles ou symboliques (présenter l’autre comme un héros, par exemple) aux auteurs d’actes transgressifs. Enfin, il initie ses membres à des techniques et des modes spécifiques de conduite pour qu’ils soient imités. Les encouragements du groupe favorisent l’acquisition de comportements agressifs. On peut observer ce phénomène dans certains stades algériens ou quartiers populaires où des petits groupes s’organisent et attirent l’attention des individus prédisposés à la délinquance, ce qui crée un désir pour ces derniers d’intégrer le groupe qui doivent auparavant se soumettre à une série d’épreuves pour être intégrés. Selon la Gendarmerie Nationale, plus de 3 700 mineurs ont été arrêtés en 2005, contre 3 123 en 2004 et 3 076 en 2003[1]. Durant le premier trimestre 2006, les gendarmes ont interpellé 1 027 mineurs et la DGSN estime que 11 302 mineurs (dont 272 filles) ont été impliqués dans divers délits. Cependant, ces mineurs sont les premiers à subir cette violence[2] : en 2006, sur 21 265 victimes de criminalités, 1 676 sont des mineurs soit 8%, en 2007 en enregistre 9% et durant le premier trimestre 2008 ce chiffre grimpe à 12%.

 

Ces chiffres sont alarmants et ne feront qu’empirer si les autorités ne font pas face à ce phénomène dès maintenant ! Le gouvernement devrait en premier lieu sensibiliser les parents et instaurer un service social de proximité performant pouvant répondre aux besoins des quartiers ou de la commune. Il devrait en outre créer des postes d’agents de police de proximité représentant l’autorité (et non une force de répression !) de l’Etat et facilitant la communication avec les citoyens. Ces mesures permettraient de prévoir les atteintes contre les biens publics et individuels. Plusieurs études de psychologie sociale expérimentale montrent que des enfants observant incidemment des modèles agressifs expriment davantage de conduites agressives que des enfants exposés à des modèles neutres. Ils sont parfois séduits ou attirés par les actes de violence, ou tentent de ressembler aux observateurs (ce qui arrive souvent lorsque les enfants s’identifient aux acteurs principaux de films ou de dessins animés, voire même de personnes de leur entourage).

 

Enfin, une troisième explication de la délinquance se rapporte au rôle des frustrations et des émotions négatives en général. L’expérience de la frustration est fréquemment associée à l’apparition de comportements agressifs[3]. Les études consacrées à la frustration permettent de distinguer les frustrations suscitées par l’impossibilité d’atteindre un but (par exemple, le cas des jeunes haragas qui n’ont pas les moyens d’arriver ou d’atteindre la rive nord). Ces frustrations donnent souvent lieu à des réactions moins agressives que celles résultant d’une menace de l’estime de soi, quand un individu est par exemple insulté par un autre.

 

Lorsque la valeur que l’on s’attribue à soi-même est menacée par autrui, l’agression verbale ou physique n’est généralement pas très loin. Ceci dit, le manque d’une vraie communication dans nos administrations, poussent certains individus à la vengeance. Car le plus difficile pour un individu est le fait d’être délaissé, ignoré et inconsidéré. Ce mépris (hogra) envers les individus augmente la frustration et le sentiment d’être attaqué dans sa propre estime de soi. Des études ont montré que les individus les plus susceptibles de réagir à la frustration par la violence ne disposent généralement pas de ressources et de qualifications leur permettant de la gérer correctement ; leurs compétences verbales, ainsi que leurs ressources intellectuelles, relationnelles et financières sont limitées. Ils présentent souvent des traits de personnalité tels que l’impulsivité ou l’irritabilité. Les frustrations perçues comme intentionnelles et injustes se manifestent souvent par des comportements violents, de forte intensité et résultent d’incitations à la violence.

 

Ces trois explications de délinquances individuelles peuvent éclairer certains aspects importants des violences collectives. Selon la théorie du contrôle, la violence résulte donc d’une absence de surveillance ou de contraintes physiques, sociales ou psychologiques. Ceci dit, l’agressivité n’est qu’une inhibition de l’action. C’est-à-dire que lorsque les individus n’ont pas les moyens cognitifs pour gérer (ou inhiber) leurs colères ou leurs frustrations, ils s’expriment par la violence. Celle-ci est amplifiée par l’effet de groupe. Car le groupe apporte une désindividuation (perte d’identité dans le groupe ou l’anonymat) propice à une baisse du contrôle et à une plus grande réceptivité aux normes violentes du contexte immédiat. On peut supposer ainsi que plus la désindividuation est importante, plus la violence exprimée est intense.

 

Pourquoi la désindividuation rend-elle violent ? D’une part parce qu’elle contribue à abaisser le sentiment de responsabilité individuelle. Et d’autre part, parce qu’elle altère la conscience de soi en diminuant notamment la capacité de l’individu à vérifier l’adéquation entre des normes personnelles relativement stables et ses comportements en situation, rendant l’individu plus sensible aux normes de la situation immédiate.

 

Comme nous l’avons souligné plus haut, il existe le phénomène de l’imitation d’autrui. C’est notamment l’une des idées développées par Gustave le Bon : « dans la foule, tout sentiment, tout acte est contagieux ». Ce qui explique la multiplication d’émeutes dans certaines villes algériennes. Cependant, ces émeutes ne sont pas forcément synonymes de violence. « Criminelles, les foules le sont souvent, certes, mais souvent aussi héroïques », a écrit Gustave le Bon.

 

Yazid Haddar.



[1] Cf. El-Watan 23/01/07.

[2] Cf. El-Watan 01/06/08

[3] Comme le montre une étude réalisée à Lille, en France, où certains participants recevaient (aléatoirement) une évaluation négative ou positive d’une tâche qu’ils venaient d’effectuer. Ceux ayant obtenu une évaluation négative se sont montrés plus enclins à accepter ultérieurement d’être complices du vol d’un objet supposé appartenir à une autre personne.

Par Haddar Yazid - Publié dans : PSYCHOLOGIE
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