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PSYCHOLOGIE en ALGERIE

PSYCHOLOGIE en ALGERIE

Une lecture de l'actualité algérienne mais autrement...Yazid HADDAR


A quand la liberté de culte ?

Publié par Haddar Yazid sur 7 Juin 2008, 21:30pm

Catégories : #POLITIQUE

« Pas de contrainte en religion »

Coran (II, 256).

A-t-on le droit d’adhérer à une  religion différente de nos parents ? Oui. Peut-on imposer à une personne de se convertir à une religion ? Non. Doit-on laisser les autres religions exercer leur culte ? Oui. Les autres religions font-elles partie de notre patrimoine identitaire ? Oui. Il y a tant d’autres questions que les Algériens doivent en poser car c’est l’avenir de notre pays qui est en jeu. L’ordonnance n° 06-08 du 28 février 2006 adoptée le 20 mars 2006 qui fixe les conditions et règles d’exercice des cultes autres que musulmans, est une loi injuste et ne trouve guère sa place dans le monde civilisé[1]. Je me suis déjà exprimé à propos de cette loi que je trouve rétrograde et qui ne correspond pas à l’image d’un pays en pleine effervescence économique. En outre, cette loi ne respecte pas les normes d’une république moderne. J’espérais que notre Etat parvienne à protéger la liberté des consciences au lieu de les limiter à une seule conscience. N’est-ce pas là un retour à l’esprit totalitaire ? Les gouverneurs doivent intégrer dans leur pensée que nous sommes dans une république et non pas un royaume, que nous sommes des citoyens et non pas des sujets ! La citoyenneté est basée sur le respect des droits et devoirs de chacun. Cependant, la religion se situe au niveau individuel : c’est à l’individu de choisir une liberté, une conscience qui lui correspond. Et l’Etat doit être le garant de cette diversité[2] (article 36 : « La liberté de conscience et la liberté d'opinion sont inviolables »). Le mouvement national émane du modèle républicain français et est nourri par ses valeurs comme la laïcité, un Etat de droit, la justice sociale, etc. (le fondateur du PPA, père du mouvement national, était influencé par Mustafa Kemal, fondateur de la Turquie moderne « 1923-1938 »). Cependant, la pratique démocratique est difficilement compatible avec la problématique de l’identité (religieuse) se définissant par les frontières qui séparent de l’Autre[3].

La campagne médiatique menée par la presse écrite, en particulier par un quotidien très connu pour ses penchants islamistes en considérant toute question comme une agression et toute réponse comme une riposte, me semble exagérée et infondée. S’attaquer à une minorité qui ne représente même pas 1% de la population algérienne, ne constitue qu’une provocation gratuite. Cette minorité représente-t-elle un danger pour le pays ? Porte-t-elle un message de haine et d’intolérance ? Ce qui me gène dans cette question, c’est l’infantilisation du peuple Algérien : on choisit à sa place. Depuis un siècle et demi, les Algériens étaient sous la domination coloniale française. Ils n’avaient guère songé à renoncer à leur religion (même les harkis sont restés fidèles à leur religion qui fait partie de leur identité). Cela dit, ceux qui ont opté pour d’autres formes de croyance et d’incroyance, aiment leur pays comme tout le monde. Ils sont fiers d’appartenir à la nation algérienne et sont parfois plus chauvins que ceux  qui se réclament les gardiens du temple « de l’identité nationale ». Cette campagne médiatique est menée à la manière d’El-Djazira : chaque jour, nous avons droit à un article sur la communauté chrétienne algérienne vivant en Algérie ou ailleurs. Ce n’est qu’une alimentation de l’idéologie et de la pensée répandue, adoptée par ceux qui croient aux chocs des civilisations ! Tant mieux s’il existe dans ce pays des personnes qui pensent et croient différemment, car si tout le monde pense de la même façon, personne ne pense, comme dit le philosophe. Nous sommes très loin du cas des pays d’orient où chaque religion est importante.
La présence chrétienne en Algérie ne date pas d’aujourd’hui, elle fait partie de l’histoire de notre nation. Des noms célèbres de l’Eglise ont marqué l’histoire de cette dernière. Doit-on nier cette partie de nous ? Doit-on l’extirper de nos manuels scolaires, de nos têtes pour satisfaire une minorité qui ne parvient pas à regarder et à assumer toutes les racines historiques de cette partie du monde. Pendant la Guerre de Libération, combien de prêtres ont-ils pris position pour l’indépendance de notre pays ? A-t-on oublié le combat mené par le « Témoignage Chrétien » contre la torture en Algérie ? Chrétiens et Communistes du monde ont participé de près ou de loin à l’indépendance de notre pays. On se souvient du Cardinal Duval, le Père Clavier, le Père Scotto, des sept moines sauvagement assassinés et tant d’autres qui ont donné leur vie pour nous et notre pays. Ils aiment notre pays, ils ont épousé nos traditions, notre langue. Ils étaient là (ils sont toujours) avec nous pendant la décennie noire, en assurant les bibliothèques, des espaces de culture, alors que les autochtones quittaient le pays.

Ce n’est pas le Père Pierre Wallez qui célèbre une messe pour une fête de Noël pour les chrétiens émigrants, ni le centre social où travaille le père Jan Heuft (qui a consacré sa vie aux  sourds et muets algériens) qui vont déstabiliser le pays. Imaginons qu’une communauté musulmane, vivant clandestinement dans un pays européen, célèbre la prière de l’Aïd et que les autorités de ce pays emprisonnent l’Imam pour prosélytisme ! Quelle serait la réaction des musulmans du monde ? On parle beaucoup de la tolérance et on crie à l’injustice lorsque les autres touchent à nos libertés, mais qu’en est-il de nous ? La liberté du culte chez nous régresse et cette intolérance pousse des Algériens à l’exil. Il serait préférable de canaliser l’énergie gaspillée pour semer la peur de l’autre, afin de construire un état de droit et développer la modernisation de notre société. Comme l’a écrit Lahouari  Addi, « l
e plus urgent n’est pas de définir aujourd’hui les fondements culturels de la nation; il est plutôt de la doter d’institutions représentatives des individus et des groupes sociaux qui la constituent sociologiquement et qui eux-mêmes construiront à travers le temps les fondements culturels. La culture n’est pas seulement une mémoire collective, elle est surtout une pratique vivante en perpétuel devenir ».

 



[1] Cf. Q.O du 28.06.07

[2] Dans le préambule de la constitution algérienne, on trouve que la Constitution est au-dessus de tout, elle est la loi fondamentale qui garantit les droits et libertés individuels et collectifs, protège la règle du libre choix du peuple et confère la légitimité à l’exercice des pouvoirs.

[3] Cf. Q.O. 26-27/02/08  réflexion du sociologue Lahouari  Addi   

Commenter cet article

bachir 08/06/2008 09:31

Cet article m'a plu parce que pour une des rares fois, un journaliste
algérien clamait haut et fort ce que des centaines de milliers d'autres
algériens pensaient en leur for intérieur, sans oser le dire qu'est la
liberté du culte. Ces atteintes aux libertés fondamentales sans
lesquelles l'homme ne peut pas se construire, vous les avez dénoncées. Que ce soit ces valeurs de la liberté de penser, de croire ou de ne pas croire, ou bien celles que d'autres hommes leur foi chrétienne, en quoi cela dérange, et qui ? Parce que vous avez défendu ces valeurs je me suis senti très proche de votre journal, ce jour là, un peu plus que les autres jours.

Sans vouloir vous rabâcher ce qui fait à la fois les yeux et la fierté
de la démocratie, vous faites là un métier dur, qui ne plait pas à
tout le monde. Vous êtes courageux, et si on ne peut pas rester insensible au courage qui vous anime, on ne peut pas non plus condamner la presse lorsque, contrainte et forcée, elle est obligée de maintenir profil bas. Je me dis toujours que ce n'est pas la faute des journalistes mais de leurs persécuteurs, et ils sont nombreux. Rappelez vous de ce mot de je ne sais qui avait lancé un jour : Dites moi qui vous avez dans vos prisons et je vous dirai qui vous êtes !... Je voudrais encore vous exprimer ma profonde gratitude, les graines que vous semez aujourd'hui seront les moissons de demain, de cela j'en suis persuadé.

J"ai soixante dix ans, je vis en France depuis plus de trente ans, et
je suis les palpitations du coeur de ce pays pour lequel tant et tant de
gens anonymes et de gens plus connus ont tant donné. Personnellement
je ne voulais pas vivre dans une Oumma contraignante et violente pour
ceux qui ne croient pas comme les autres ou bien qui ne croient pas du
tout ; combien sont-ils ceux qui comme moi, ont quitté leur pays pour ne
pas avoir à simuler. C'est important d'être soi-même et de ne pas être
dans l'obligation de simuler

moha 08/06/2008 09:30

je suis musilman de rit ibadit(mozabite) .je salue en vous le sens de militantisme pour defendre le droit de liberte de cult chez nous .vous avez lu ces derniers jours dans la presse algerienne les evenements sanglants de BERRIANE du a l’intolerence envers la communautee mozabite a cause de son apartenanse relugieuse ; pour la liberte de cult je suis dans votre camp bon courage.

BOUCHIFA 08/06/2008 09:30

éssélém a3likoum,

en lisant le sujet il m'apparait que au font nous sommes plutôt ouvert d'esprit en vers les autres finalement,

maintenant une question me viens qu'en est il des autres en vers nous doit on trimbaler cette étiquette de terroriste indéfiniment

un sujet vient d'être ouvert par bouzid sur collo21 concernant un enfant juger seulement pour son prénom ,

karija 08/06/2008 09:29

Que dire de plus...sinon rajouter ce fameux proverbe "Nos esprits sont comme le vin: enfermés trop longtemps, ils deviennent vinaigre

youcef 08/06/2008 09:28

Cela serait le premier pas historique vers le respect de l´esprit

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