Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

PSYCHOLOGIE en ALGERIE

PSYCHOLOGIE en ALGERIE

Une lecture de l'actualité algérienne mais autrement...Yazid HADDAR


Jeunesse Algérienne : revendication ou destruction ! (la suite et fin)

Publié par Haddar Yazid sur 15 Août 2008, 16:52pm

Catégories : #PSYCHOLOGIE

Une deuxième explication de la délinquance est l’observation des conduites délinquantes et l’exposition à des influences délinquantes. L’une des observations les plus récurrentes de la criminologie est la suivante : la délinquance de ses amis est le meilleur indicateur statistique pour prévoir la délinquance d’un individu. D’où le proverbe populaire « Dis-moi qui tu fréquentes, je te dirai qui tu es ». En fait, la délinquance ne se réduit pas seulement à une simple tendance homophilique qui voudrait que l’on s’associe préférentiellement aux personnes qui nous ressemblent, mais elle est apprise au contact des semblables délinquants. C’est ce que démontrent les recherches longitudinales consistant à réaliser un suivi des mêmes personnes durant plusieurs années. Le groupe délinquant initie et renforce la délinquance de ses membres à plusieurs niveaux. Ce groupe dispose des normes et des modes de conduite délinquantes. Il offre des récompenses matérielles ou symboliques (présenter l’autre comme un héros, par exemple) aux auteurs d’actes transgressifs. Enfin, il initie ses membres à des techniques et des modes spécifiques de conduite pour qu’ils soient imités. Les encouragements du groupe favorisent l’acquisition de comportements agressifs. On peut observer ce phénomène dans certains stades algériens ou quartiers populaires où des petits groupes s’organisent et attirent l’attention des individus prédisposés à la délinquance, ce qui crée un désir pour ces derniers d’intégrer le groupe qui doivent auparavant se soumettre à une série d’épreuves pour être intégrés. Selon la Gendarmerie Nationale, plus de 3 700 mineurs ont été arrêtés en 2005, contre 3 123 en 2004 et 3 076 en 2003[1]. Durant le premier trimestre 2006, les gendarmes ont interpellé 1 027 mineurs et la DGSN estime que 11 302 mineurs (dont 272 filles) ont été impliqués dans divers délits. Cependant, ces mineurs sont les premiers à subir cette violence[2] : en 2006, sur 21 265 victimes de criminalités, 1 676 sont des mineurs soit 8%, en 2007 en enregistre 9% et durant le premier trimestre 2008 ce chiffre grimpe à 12%.

 

Ces chiffres sont alarmants et ne feront qu’empirer si les autorités ne font pas face à ce phénomène dès maintenant ! Le gouvernement devrait en premier lieu sensibiliser les parents et instaurer un service social de proximité performant pouvant répondre aux besoins des quartiers ou de la commune. Il devrait en outre créer des postes d’agents de police de proximité représentant l’autorité (et non une force de répression !) de l’Etat et facilitant la communication avec les citoyens. Ces mesures permettraient de prévoir les atteintes contre les biens publics et individuels. Plusieurs études de psychologie sociale expérimentale montrent que des enfants observant incidemment des modèles agressifs expriment davantage de conduites agressives que des enfants exposés à des modèles neutres. Ils sont parfois séduits ou attirés par les actes de violence, ou tentent de ressembler aux observateurs (ce qui arrive souvent lorsque les enfants s’identifient aux acteurs principaux de films ou de dessins animés, voire même de personnes de leur entourage).

 

Enfin, une troisième explication de la délinquance se rapporte au rôle des frustrations et des émotions négatives en général. L’expérience de la frustration est fréquemment associée à l’apparition de comportements agressifs[3]. Les études consacrées à la frustration permettent de distinguer les frustrations suscitées par l’impossibilité d’atteindre un but (par exemple, le cas des jeunes haragas qui n’ont pas les moyens d’arriver ou d’atteindre la rive nord). Ces frustrations donnent souvent lieu à des réactions moins agressives que celles résultant d’une menace de l’estime de soi, quand un individu est par exemple insulté par un autre.

 

Lorsque la valeur que l’on s’attribue à soi-même est menacée par autrui, l’agression verbale ou physique n’est généralement pas très loin. Ceci dit, le manque d’une vraie communication dans nos administrations, poussent certains individus à la vengeance. Car le plus difficile pour un individu est le fait d’être délaissé, ignoré et inconsidéré. Ce mépris (hogra) envers les individus augmente la frustration et le sentiment d’être attaqué dans sa propre estime de soi. Des études ont montré que les individus les plus susceptibles de réagir à la frustration par la violence ne disposent généralement pas de ressources et de qualifications leur permettant de la gérer correctement ; leurs compétences verbales, ainsi que leurs ressources intellectuelles, relationnelles et financières sont limitées. Ils présentent souvent des traits de personnalité tels que l’impulsivité ou l’irritabilité. Les frustrations perçues comme intentionnelles et injustes se manifestent souvent par des comportements violents, de forte intensité et résultent d’incitations à la violence.

 

Ces trois explications de délinquances individuelles peuvent éclairer certains aspects importants des violences collectives. Selon la théorie du contrôle, la violence résulte donc d’une absence de surveillance ou de contraintes physiques, sociales ou psychologiques. Ceci dit, l’agressivité n’est qu’une inhibition de l’action. C’est-à-dire que lorsque les individus n’ont pas les moyens cognitifs pour gérer (ou inhiber) leurs colères ou leurs frustrations, ils s’expriment par la violence. Celle-ci est amplifiée par l’effet de groupe. Car le groupe apporte une désindividuation (perte d’identité dans le groupe ou l’anonymat) propice à une baisse du contrôle et à une plus grande réceptivité aux normes violentes du contexte immédiat. On peut supposer ainsi que plus la désindividuation est importante, plus la violence exprimée est intense.

 

Pourquoi la désindividuation rend-elle violent ? D’une part parce qu’elle contribue à abaisser le sentiment de responsabilité individuelle. Et d’autre part, parce qu’elle altère la conscience de soi en diminuant notamment la capacité de l’individu à vérifier l’adéquation entre des normes personnelles relativement stables et ses comportements en situation, rendant l’individu plus sensible aux normes de la situation immédiate.

 

Comme nous l’avons souligné plus haut, il existe le phénomène de l’imitation d’autrui. C’est notamment l’une des idées développées par Gustave le Bon : « dans la foule, tout sentiment, tout acte est contagieux ». Ce qui explique la multiplication d’émeutes dans certaines villes algériennes. Cependant, ces émeutes ne sont pas forcément synonymes de violence. « Criminelles, les foules le sont souvent, certes, mais souvent aussi héroïques », a écrit Gustave le Bon.

 

Yazid Haddar.



[1] Cf. El-Watan 23/01/07.

[2] Cf. El-Watan 01/06/08

[3] Comme le montre une étude réalisée à Lille, en France, où certains participants recevaient (aléatoirement) une évaluation négative ou positive d’une tâche qu’ils venaient d’effectuer. Ceux ayant obtenu une évaluation négative se sont montrés plus enclins à accepter ultérieurement d’être complices du vol d’un objet supposé appartenir à une autre personne.

Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents