Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

La Psychologie en Algérie

La Psychologie en Algérie

Une lecture de l'actualité algérienne mais autrement...Yazid HADDAR


Salim Bachi : puiser dans l'histoire musulmane pour comprendre mieux l'Islam

Publié par Haddar Yazid sur 2 Septembre 2008, 13:47pm

Catégories : #Culture

 

 

Salim Bachi est né en 1971 dans l'Est algérien. Il a suivi des études de lettres en Algérie puis en France. Il a publié son premier roman, «Le chien d'Ulysse» en 2001 aux éditions Gallimard. Chez le même éditeur, il a publié «La Kahéna» (2003), «Tuez-les tous» (2006) et un recueil de nouvelles «Les Douze contes de minuit» (2007), co-édité en Algérie par les éditions Barzakh. Aux Editions du Rocher, il a fait paraître en 2005 une autofiction, «Autoportrait avec Grenade».
«Tuez-les tous» est la seule œuvre de Salim Bachi traduite en arabe (Barzakh, Alger, traduction de Mohamed Sari). Dans cet entretien il nous parle de son dernier roman qui va paraitre le 04 septembre 2008.

Yazid  Haddar : Vous faites partie des écrivains les plus prometteurs en Algérie mais aussi de toute l’Afrique du Nord. Votre prochain roman sera une forme de biographie sur le prophète Mohamed (« le silence de Mohamed »), vous intéressez-vous de plus en plus à l’actualité ? Pourquoi un roman sur le prophète Mohamed ?

 

Salim Bachi : Tout dépend de ce que l’on appelle l’actualité. Pour Le silence de Mahomet, j’évoque une période lointaine à priori, puisqu’il s’agit de la vie du Prophète, il y a plus de quatorze siècles de cela. Maintenant, la lecture de ce roman est actuelle et semble tomber à pic parce que l’actualité est pleine de l’islam et d’interrogations à ce propos. Pourquoi un roman sur le prophète Mohammad ? Comment passer à côté d’un tel sujet, à côté d’une personnalité aussi fascinante ? Cet homme est à l’origine d’une religion et d’une civilisation et c’est la seule personne dont les romanciers arabes, musulmans, ne parlent jamais où l’évoquent à peine. Il y a bien sûr eu ce superbe roman de Driss Chraïbi, L’homme du Livre, mais depuis rien. Je voulais réparer cette injustice.

 

Yazid  Haddar : Vous faites dire à l’un de vos personnages, l’épouse de Mohamed Khadîdja, je cite : «Mon époux est pourtant un homme de grand savoir et de grande sagesse. Il ne manquait jamais, quand il revenait de Basra ou, plus loin encore, de Damas, à la tête d'une caravane, d'apporter avec lui les manuscrits qu'il dévorait seul, à l'abri des regards … ». Pourtant, il est connu que le prophète Mohamed ne savait ni lire ni écrire ! Est-ce simplement de votre imagination ou est-ce une vérité historique?

 

Salim Bachi : A la vérité nous ne savons rien de bien exact à ce sujet, on suppose que le Prophète était illettré, ou du moins certains commentateurs nous le présentent ainsi. Depuis quelques années, un mouvement d’historiens musulmans et d’islamologues tels que Youssef Seddik et Hichem Djaït, par exemple, remettent en cause cette explication. Dans le Coran, il est dit à cinq reprises que le Prophète était Ummi, c’est à dire illettré. Or tous les philologues ne s’accordent pas tout à fait quant à la signification exacte du terme Ummi. Pour certains, il s’agit d’illettrisme pour d’autre d’homme sans Livre révélé. Ainsi les Arabes, avant la venue de l’islam, était un peuple d’Ummiyyûn, ce qui ne veut pas dire qu’ils étaient tous illettrés mais plutôt qu’ils étaient des païens. Bon, bien entendu le débat est loin d’être clos, mais dans Le silence de Mahomet, j’ai opté pour la seconde solution. C’est un peu ma liberté de romancier, mais de romancier vrai qui se base toujours sur des travaux d’historiens et qui n’avance rien à la légère.

 

Yazid  Haddar : N’avez-vous pas peur de choquer quelques esprits fanatiques du monde musulman ?

 

Salim Bachi : J’espère que le Silence de Mahomet sera lu et aussi débattu. Si les foudres restent intellectuelles et dignes, j’en serais heureux et je les accepterais même si elles me déplaisent. Si elles dépassent ce cadre et sombrent dans l’irrationnel, j’en serais surtout profondément attristé. Le silence de Mahomet n’est en aucun cas un livre attentatoire à la personne du Prophète que je révère et respecte profondément. Tel n’est pas mon propos.

 

Yazid  Haddar : Peut-on parler d’esprit critique dans le monde musulman ?

 

 

Salim Bachi : Bien entendu, je viens de vous citer deux intellectuels musulmans, Hichem Djaït et Youssef Seddik. Il y en a bien d’autres. Seulement les écoute-t-on, les lit-on ?

 

Yazid  Haddar : Vous posez souvent un regard critique sur la société algérienne. Avez-vous le sentiment d’être un témoin de la jeunesse algérienne ? A propos, que pensez-vous de ce que vivent actuellement les jeunes en Algérie (harraga, chômage, etc.) ?

 

Salim Bachi : Non pas le témoin, mais le spectateur compréhensif. Je suis très triste pour la jeunesse algérienne qui mérite mieux que cette misère. Quelle tragédie pour un pays que de ne savoir s’occuper de sa jeunesse !

 

Yazid  Haddar : Que pensez-vous de la littérature algérienne actuelle ?

 

Salim Bachi : Elle se porte plutôt bien.

 

Yazid  Haddar : L’écrivain Malek Haddad a inspiré toute une génération en Algérie. Que représente-t-il pour vous ?

 

Salim Bachi : J’ai lu Malek Haddad, mais je vous avouerai qu’il ne m’a pas inspiré. Plutôt Kateb Yacine et Rachid Mimouni, et aussi Driss Chraïbi dont j’ai lu La mère du printemps et L’Homme du Livre avec beaucoup de passion.

 

Yazid  Haddar : Ce roman sera-t-il publié en Algérie ? Avez-vous une idée sur le sujet de votre prochain roman ?

 

Salim Bachi : J’espère qu’il sera coédité par Barzakh, mon éditeur habituel à Alger. Non, je n’en ai encore aucune idée. Et puis vous pensez bien que si j’en avais une, je ne vous la dirai pas.

 

 

 

Quelques extraits du roman qui vous pouvez le trouver sur son blog (http://cyrtha.canalblog.com/) :

 « Que Dieu me pardonne ces mots qui sans cesse vont et viennent dans ma tête. Mohammad pense être fou. J'ai beau lui dire qu'il n'en est rien, il persiste et me demande de l'envelopper dans un caban. Il a froid. Depuis son retour, sans cesse il tremble et claque des dents puis s'endort le front moite ; il se réveille brusquement et me parle : dans la nuit, ou était-ce à l'aube, dans la grotte, ou sur le chemin du retour, le ciel s'est fendu de tout son long, me précise-t-il. Il faisait jour, il faisait nuit, et l'Ange est venu, de toute sa hauteur, de toute sa grandeur d'Ange.

Il marchait dans le désert lorsque « celui qui possède la force s'est tenu en majesté alors qu'il se trouvait à l'horizon élevé ; puis il s'approcha et il demeura suspendu. Il était à une distance de deux portées d'arc — ou moins encore — et il révéla à son serviteur ce qu'il lui révéla : “Lis au nom de ton Seigneur qui a créé !” »

  Que Dieu me pardonne, il pense être fou, mais il ne l'est pas, c'est de science certaine, un tel homme ne peut l'être. Je le lui ai dit, je le lui ai répété. Il me rétorque qu'il ne comprend pas pourquoi lui viennent ces fulgurances, ces instants où la parole s'écoule en lui et dit ce qu'il ne sait pas. Mon époux est pourtant un homme de grand savoir et de grande sagesse. Il ne manquait jamais, quand il revenait de Basra ou, plus loin encore, de Damas, à la tête d'une caravane, d'apporter avec lui les manuscrits qu'il dévorait seul, à l'abri des regards. Souvent il en discutait avec son meilleur ami, Abou Bakr, et ils devisaient ensemble des mystères de ce monde.


  Ils effectuèrent la plupart de leurs voyages au Châm ; et ils revenaient enchantés et plus riches chaque fois. Abou Bakr était un bel homme, mince, le visage clair et le front haut. Il ne portait pas son âge et possédait cette éternelle jeunesse que retrouvent les hommes à l'âge mûr. Lui et Mohammad sont frères par l'esprit. On raconte qu'un jour, les deux hommes, en se dirigeant vers la Mosquée, se prirent à rêver à voix haute. Abou Bakr se pencha vers Mohammad.


  — Mon ami, pourquoi les Arabes ne disposent-ils pas de leur religion comme les juifs et les nazaréens ?
  — Certains sont devenus nazaréens à Mekka. Ou juifs à Yathirib.Waraqa ibn Nawfal écrit l'Évangile en hébreu et il me donne à lire certains passages.
  — Cela est vrai, Mohammad. Pourquoi n'avons-nous pas notre propre Livre ? Notre Évangile, notre Torah, notre Zabour ?
  — Dieu nous a abandonnés, Abou Bakr
  — Pourquoi n'a-t-il point abandonné les juifs et les nazaréens?
  — Je ne sais pas, Abou Bakr.


  Ils n'évoquèrent plus jamais le sujet. Ils poursuivirent leurs voyages vers le nord. Chaque fois, ils revenaient pleins de merveilles dans les yeux. Ils avaient rencontré des hommes pour qui Dieu était unique, seul et inaccessible ; et ces hommes croyaient en une vie après la mort.

  La nuit, Mohammad se retournait sur notre couche, sans trouver le repos. Quand il glissait dans le sommeil, des rêves étranges le tourmentaient. Parfois, il volait avec les oiseaux, et se souvenait de l'armée d'Abraha ; il la regardait avancer dans le désert, se dirigeant vers la Kaaba. Il voyait les hommes de l'Abyssin, fourbus et lamentables ; il poursuivait les chameaux de son grand-père, Abd al-Mouttalib. D'autres fois, il songeait au châtiment des gens de Thamoud. Dieu leur avait envoyé un prophète, Salih, qui, me racontait Mohammad quand il se réveillait, lui ressemblait trait pour trait.

  Je suis née avant Mohammad, bien avant lui, mais ma pudeur m'a longtemps empêchée de le dire. J'entrai donc dans ma trente-cinquième année quand j'épousai Mohammad et non dans ma quarantième comme le colportèrent certains Qourayshites. Pour rabaisser Mohammad et l'islam, nos ennemis insinuaient souvent que j'étais beaucoup trop âgée pour lui donner une descendance mâle qui aurait survécu aux maladies de l'enfance.
  Mekka, en ce temps-là, était à l'épicentre du monde, sur le chemin des caravanes qui partaient d'Abyssinie, longeaient le Yémen, traversaient les cités de Maarib et de Sanaa avant de poursuivre leur long périple en direction du Châm, au nord.

   Cette première route était la plus importante puisqu'elle permettait aux chameliers de Qouraysh d'acheminer les marchandises venues des pays de Sin et de Hind jusqu'à Basra et Damas où de riches et belles dames achetaient à bon prix les parfums et les bijoux qui leur servaient de parures. La cité était peuplée d'hommes et de femmes qui révéraient le Messie et sa mère, Maryâm ; la Perse sassanide, à l'orient, adorait le feu et son prophète Zoroastre, gardien des ténèbres et de la lumière.
  Jeune fille, on me répétait souvent que ces contrées recelaient de merveilleuses richesses ; ainsi ces tissus fins et colorés que l'on disait issus du ver de Sin ; ces ambres et ces muscs d'Abyssinie dont raffolait Mohammad, qui en usait souvent pour lui et moi, étaient eux aussi acheminés sur les grandes routes par les Qourayshites et vendus par leurs esclaves sur les marchés de Mekka. Seule Tayf pouvait s'enorgueillir de jeter une ombre sur Mekka.
  Nous, les Mecquois, nous étions fiers de notre cité et surtout de son centre religieux qui attirait les fidèles de toute l'île des Arabes, du Hedjaz au Najd, de la terre de Maarib au Châm. Ancien puits sur la route des caravanes, elle était devenue très vite une cité prospère où s'était installée la tribu des Qourayshites. Certains de ces Qourayshites étaient les plus habiles marchands du monde. Ils sillonnaient la terre de part en part pour acheter ces belles marchandises et les revendre ensuite avec le plus grand profit. »

 

Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents