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PSYCHOLOGIE en ALGERIE

PSYCHOLOGIE en ALGERIE

Une lecture de l'actualité algérienne mais autrement...Yazid HADDAR


L’enfant roi et l’autorité

Publié par Haddar Yazid sur 2 Septembre 2009, 16:00pm

Catégories : #PSYCHOLOGIE

Les parents se plaignent de plus en plus de leur incapacité à gérer les conflits avec leurs enfants. Des parents qui sont parfois désarmés et impuissants devant les comportements violents de leur progéniture. Les enfants sont-ils alors devenus des monstres ? Il y vingt ans, la question de l’autorité ne se posait pas réellement dans notre société car les générations précédentes étaient élevées de façon autoritaire et rigoureuse dans une culture traditionnaliste. Les rapports parents-enfants se sont transformés avec l’arrivée de l’école fondamentale. De plus, la démocratisation de l’école a permis à tous les Algériens de poursuivre des études parfois poussées. Nous assistons ainsi à la montée d’une nouvelle classe sociale, la classe moyenne, qui tente d’adopter une nouvelle méthode d’éducation et par conséquent à l’apparition de nouveaux rapports entre les membres de la famille. Ceci peut varier d’une famille à l’autre et d’un milieu à l’autre car cette modification du rapport est en lien avec de nouveaux facteurs apparus dans notre société. Dans son dernier ouvrage, le sociologue Nacer Djabi[1] a consacré un chapitre sur la modification du rapport d’autorité entre le père et le fils. Cette modification est liée à la réussite économique : le père n’était pas « kafeze » (assez débrouillard) alors que son fils a réussi à rapporter de l’argent à la maison. De par ce fait, il se permet d’imposer sa logique et sa loi. Désormais, le père n’arrive plus à garder sa place naturelle au sein de sa propre famille. Les rapports de force se sont renversés entre les deux générations. Le sociologue nous donne quelques exemples : c’est souvent le fils autoritaire qui impose à ses sœurs et parfois même à sa mère les règles de conduites et les tenues vestimentaires à porter. Il peut, par exemple, leur imposer de porter le voile ou d’arrêter leurs études et de travailler. Le père est souvent sollicité par ses filles et parfois par leur femme pour mettre un peu d’ordre, mais devant le fils autoritaire (le nouveau dictateur), le père n’a plus de contrôle car il n’aurait plus les moyens de subvenir aux besoins de la famille dans le cas où ce fils quitterait le domicile familial. Face à son impuissance, le père perd sa place naturelle au sein de la famille traditionnelle algérienne. En perdant sa place, l’autorité et les valeurs morales se métamorphosent entre les générations et la transmission des valeurs intergénérationnelles est interrompue. Ce qui peut expliquer en partie le retour à la source morale religieuse (imprégnée par la religiosité traditionnelle, étrangère à la pratique traditionnelle locale).

 

Qu’est-ce qu’un enfant roi ? Un enfant roi, c’est l’enfant tyran qui dicte sa loi, qui met le souk dans la maison, qui mange comme un cochon, qui dort dans le lit de ses parents, qui se montre stressant et parasite. Souvent, il manipule tout son petit monde pour arriver à ses fins. C’est un enfant dont l’éducation renforce son égocentrisme et où la frustration n’existe pas. Il demande plus d’affection et plus d’attention. Dans les pays occidentaux, des lois empêchent les parents de donner des fessées à leur propre progéniture, la parole de l’enfant est mise au même niveau que la parole de l’adulte, l’enfant peut composer un numéro vert pour accuser ses parents d’attouchements et de maltraitance, etc. Certes, il existe des parents maltraitants mais ne doit-on pas remettre en question la parole de l’enfant ? La vérité sort-elle forcément de la bouche des enfants ? Le procès d’Outreau, dans le Nord de la France, où des enfants ont accusé des adultes d’actes de pédophilie et toutes les conséquences qui ont suivi, élucident partiellement cette question.

L’enfant n’est pas un saint comme nous le pensions. A force de le stimuler avec divers moyens, les jeux électroniques, les séries télés et l’accès à Internet, l’enfant dispose de moyens pour traiter l’information, mais moralement il n’est pas encore assez mature pour distinguer le bien du mal, cette conscience n’est pas assez développée chez lui. Ceci peut être expliqué sur le plan neurologique et cognitif par l’inachèvement de la structure cérébrale et du système cognitif.

 

En France, il y eut tout un débat sur la question, suite à une gifle donnée par un professeur à un enfant de 11 ans, après que ce dernier l’ait traité de « connard ». Le débat était mitigé entre les pour et les contre cette gifle. Cependant, les spécialistes en psychologie, même les philosophes, sont unanimement d’accord avec le professeur. Ils soulèvent le problème de l’autorité dans la société occidentale en général et particulièrement en France. Certains pensent qu’à cause de la génération 68, pour qui « il est interdit d’interdire », l’autorité est en perdition. Selon Caroline Thompson[2], psychanalyste et thérapeute familiale, « soixante-huit, c’est toute une génération qui s’est construite sur la rupture avec les aînés, rupture d’autant plus radicale qu’elle refuse de reconnaitre la dette qu’elle avait envers eux, toute dette étant par définition négative à ses yeux. Aujourd’hui encore nous vivons, écrit-elle, dans cette illusion d’une génération spontanée qui s’étant en quelque sorte autoengendrée, ne doit rien à personne. Ainsi, non seulement nous n’avons plus d’avenir (…), mais le passé nous fait aussi défaut ». S’ajoute à cela la série d’émissions de Françoise Dolto « Lorsque l’enfant paraît » qui, selon certains spécialistes, a contribué à l’émergence de l’enfant roi ou enfant tyran. Cette question d’autorité a même été un sujet de débats lors des élections présidentielles 2007 où Ségolène Royal parlait d’ordre juste et d’encadrement militaire alors que Nicolas Sarkozy préconisait un dépistage précoce des enfants turbulents pour éviter la survenue de comportements délinquants à l’adolescence.

 

Selon Aldo Naouri[3], auteur d’un best-seller controversé[4], « Les enfant n’ont pas pris le pouvoir ! On le leur a donné ! C’est pourquoi, et je l’assume, déclare-t-il, j’écris qu’il faut élever les enfants sur un mode dictatorial, « fasciste » même, pour en faire plus tard des démocrates. Car, selon lui, si on les élève de façon démocratique, on en fera assurément plus tard les pires fascistes. (…) Les ordres donnés aux enfants ne doivent pas être expliqués, ils doivent être exécutés. Un ordre est un ordre ». Ce n’est pas un militaire qui dit cela, mais c’est un pédiatre de renom. Car selon lui, « Si le parent cherche l’acquiescement, il fait de son enfant un juge, le conforte dans le dépoilement de sa toute-puissance et inverse la hiérarchie rassurante dont il a besoin ». Ainsi, il déconseille aux parents d’être le copain de leur enfant, car « être un copain avec ses propre enfants, c’est la pire maltraitance que l’on puisse leur infliger », dit Aldo Naouri.

 

Qu’en est-il des enfants algériens ? Ceci sera l’objet d’un prochain article.

 

Yazid Haddar



[1] Cf. L’Algérie : Etat et élite, 2009. Ouvrage en arabe non traduit en français. Un ouvrage très important sur le plan sociologique sur la formation de notre élite.

[2] Cf. La violence de l’amour, Hachette Littérature.

[3] Le Nouvel Observateur N° 2277, 22juin-2 juillet 2008.

[4] Eduquer ses enfants, l’urgence aujourd’hui, 2008.

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