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La Psychologie en Algérie

La Psychologie en Algérie

Une lecture de l'actualité algérienne mais autrement...Yazid HADDAR


Le Mythe de la maladie d’Alzheimer.

Publié par Haddar Yazid sur 15 Août 2010, 08:26am

Catégories : #PSYCHOLOGIE

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 Publié dans le Quotidien d'Oran (15/08/2010).

Un ouvrage sorti aux Etats Unis intitulé « The mythe of Alzheimer’s » et qui vient d’être traduit en langue française par le couple Monsieur et Madame Van der Linden aux éditions Solal 2009, remet en question les hypothèses dominantes dans la clinique actuelle concernant la maladie d’Alzheimer. Ce livre a provoqué des débats intéressants chez les spécialistes et  malheureusement les médias lourds ne leur ont pas donné d’échos. Cet ouvrage a été écrit par Peter Whitehouse, un neurologue très réputé pour ses travaux dans le domaine et pour sa contribution au premier médicament destiné à la remédiation aux symptômes de cette pathologie et son collaborateur Daniel George qui est docteur en anthropologie médicale à l’université d’Oxford et actuellement professeur adjoint à la Penn State University. Vu le nombre de personnes qui sont atteintes de cette pathologie en Algérie, nous pensons que ce débat pourrait enrichir nos spécialistes en la matière. De plus, nous pensons qu’il important de présenter la spécialité de la neuropsychologie qui reste méconnue en Algérie et parfois rejetée par certains spécialistes. Il existe actuellement un seul laboratoire à l’Université d’Alger, animé par Pr. Nacira Zellal, qui se spécialise davantage dans le langage. Actuellement  aucune université algérienne ne propose un Master en neuropsychologie et ce retard pourrait avoir des lacunes au niveau de la prise en charge (personnes âgées, traumatisme crânien, les hyperactifs, l’anxiété, la schizophrénie,  etc.). Mais cela  pourrait également mettre en retard notre système de santé. Il nous semble qu’il est urgent de se mettre à jour, vu les avancées dans le domaine des neurosciences et leurs implications dans le domaine de la neuropsychologie. En outre, il est urgent de revoir la formation de psychologue en Algérie et surtout de s’interroger sur son rôle dans notre société. Nous y reviendrons prochainement pour approfondir la question.

Cet ouvrage a été traduit par le professeur Martial Van der Linden, personnalité incontournable dans le domaine de la neuropsychologie et dont les recherches sont diverses et très enrichissantes. Il est actuellement responsable des unités de psychopathologie et de neuropsychologie clinique à l’Université de Liège et de Genève et son épouse, Madame Anne-Claude Juillerat Van der Linden, chargée de cours à l’Université de Genève, est neuropsychologue à la consultation de la mémoire des Hôpitaux universitaires de Genève. Elle nous accorde cet entretien dans le but d’enrichir le débat.

 

Y.HADDAR.

Neuropsychologue

 

Entretienne réaliser par Yazid HADDAR.

La neuropsychologie s’impose de plus en plus dans le domaine clinique. En quoi cette discipline peut-elle être un atout supplémentaire à la psychologie clinique classique ?

Elle est une discipline de la psychologie qui permet d’appréhender les désordres cérébraux – qu’ils soient liés à une lésion focale, à des problèmes développementaux, à une encéphalopathie, à un vieillissement problématique… - par des méthodes d’évaluation validées empiriquement. L’approche cognitive qui a, à l’heure actuelle, supplanté les anciennes méthodes strictement anatomocliniques, a également renouvelé la manière de prendre en charge les personnes, en permettant d’identifier précisément la nature du déficit sous-jacent aux difficultés manifestes et de cibler ainsi la rééducation. Il faut encore souligner que la discipline s’est nettement ouverte ces dernières années à la prise en compte de l’impact des processus émotionnels et motivationnels sur le fonctionnement cognitif, ce qui permet également de mieux appréhender  des difficultés dans la vie quotidienne des personnes - et d’avoir des interventions adaptées.

De façon générale, les neurosciences ont révolutionné les sciences cognitives. Mais il existe toujours une résistance dans certaines disciplines (c’est le cas de certains neurologues en Algérie). Cette résistance a-t-elle un signe particulier ?

Je ne saurais pas me prononcer sur le sens de cette résistance. Je pense que les neurosciences ont effectivement permis des avancées considérables, et qu’elles continueront à le faire, mais pour autant qu’elles se nourrissent les unes des autres et que l’on ne mette pas des espoirs inconsidérés dans la technologie. Par exemple, je pense qu’il est indispensable d’élaborer des modèles du fonctionnement cognitif préalablement à des investigations en neuroimagerie fonctionnelle. Par ailleurs, il faut aussi se méfier d’un réductionnisme biotechnologique et garder à l’esprit la complexité du fonctionnement cérébral humain et la variabilité interindividuelle qui ne permettent pas de réduire un comportement à un gène ou à une zone d’activation cérébrale.

A travers « Le mythe de la maladie d’Alzheimer », ouvrage que vous avez traduit et préfacé avec votre époux, Monsieur Martial Van der Linden, Peter Whitehouse et Daniel George semblent vouloir désacraliser cette maladie. Ce mythe existe-t-il réellement ? Quel message les auteurs veulent-ils transmettre ?

Le titre du livre est volontairement provocateur: il a pour but d’attirer l’attention et de susciter l’intérêt. Si les auteurs ont utilisé le terme de mythe, c’est pour faire référence à une de ses significations, à savoir qu’il s’agit d’une construction de l’esprit, traditionnelle, à laquelle les personnes adaptent leur manière de penser et leur comportement, qui donne confiance et qui incite à l'action, mais qui peut être fausse ou ne pas correspondre à la réalité. Ainsi, la maladie d’Alzheimer est la manière avec laquelle, à un moment du 20ème siècle, des spécialistes ont nommé les difficultés, parfois importantes, rencontrées par certaines personnes âgées du fait du vieillissement de leur cerveau. On englobe ainsi sous ce terme ce qui serait une maladie avec des symptômes précis, une cause précise, différents de ceux que l’on rencontre dans le vieillissement qualifié de normal. Or, on se rend bien compte que cette approche va dans le mur : on n’a aucun critère d’identification précis de cette soi-disant maladie, que ce soit au niveau de la cognition, des problèmes, de la génétique, de l’imagerie cérébrale, des biomarqueurs… et donc aucun traitement efficace ! Ce que les auteurs soulignent, et qui correspond au point de vue que nous défendons - raison pour laquelle nous avons traduit cet ouvrage – c’est que cette soi-disant maladie est extrêmement hétérogène et s’inscrit dans un continuum avec le vieillissement dit normal : il y a de multiples processus en jeu et il n’y a pas de frontière nette ! Il faut donc aboutir à une conception plus humaniste, moins médicalisante, moins négative et qui tienne compte de la complexité du vieillissement cérébral. Sans pour autant nier le fait que des personnes âgées peuvent présenter des problèmes extrêmement importants, qui peuvent perturber profondément leur vie quotidienne et leur autonomie et qui peuvent provoquer beaucoup de souffrance et de difficultés chez les personnes proches.

Dans ce même ouvrage, les auteurs écrivent : « qu’iln’existe aucun moyen accepté par tous pour différencier la maladie d’Alzheimer du vieillissement normal, ce qui rend ainsi chaque diagnostic seulement possible et ou probable et chaque cas individuel hétérogène et unique ». Pourriez-vous nous expliquer en quoi consiste cette hétérogénéité ? Si cette hypothèse était vérifiée, la pratique neuropsychologique du vieillissement serait-elle modifiée ?

Depuis que j’ai commencé à travailler comme neuropsychologue, au début des années 1990, j’ai été frappée par la variabilité des présentations cliniques des personnes qualifiées de malades d’Alzheimer – c’est d’ailleurs ce qui m’a fait rencontrer mon mari, qui a été l’un des premiers scientifiques au monde à démontrer cette hétérogénéité et, donc, les capacités préservées des personnes dites « malades » et les possibilités d’interventions. Mais revenons à votre question, l’hétérogénéité se manifeste à tous les niveaux : sur le plan du tableau clinique et de son évolution, sur le plan de la neuroimagerie, sur le plan génétique et même sur le plan anatomopatholgique, dont on considérait pourtant qu’il était l’étalon-or de l’établissement du diagnostic. Or, on sait maintenant que les altérations vues à l’autopsie sont très variables : il y a des plaques séniles et des dégénérescences neurofibrillaires, soit, mais elles ne sont pas en lien avec le statut cognitif qu’avait la personne de son vivant (ni sur le plan quantitatif, ni sur  le plan de la localisation) et il y a de nombreuses autres altérations présentes : des lésions d’origine vasculaire, des corps de Lewy, etc. En outre, ces altérations sont également visibles dans le vieillissement normal… Pour ce qui est de votre question sur la pratique neuropsychologique, elle devrait évidemment en être modifiée. On sait bien à l’heure actuelle que le fonctionnement cognitif dans la vieillesse est modulé par quantité de facteurs, qui exercent leur influence tout au long de la vie : notre dotation génétique de base, bien sûr, mais aussi le niveau d’éducation, la qualité de l’intégration sociale, le vécu d’épisodes de dépression ou de stress majeurs, l’activité physique, l’alimentation, l’image de soi (et celle que la société nous renvoie), etc. Il faut donc avoir une approche dimensionnelle, par type de problèmes rencontrés, préciser la nature de ces derniers et proposer une intervention ad hoc si ces problèmes se traduisent par un handicap dans la vie quotidienne. Nul besoin pour cela d’enfermer les gens dans un terme stigmatisant et porteur d’images aussi effrayantes que celui de maladie d’Alzheimer.

Annoncer à un individu qu’il est probablement atteint de la maladie d’Alzheimer pourrait-il entraîner ou accélérer le déclin de ses capacités cognitives ?

Absolument. On connaît bien en psychologie l’effet auto-réalisateur des mots. De nombreuses études montrent que les images concernant le vieillissement véhiculée dans la société, positives ou négatives, peuvent avoir des effets respectivement bénéfiques ou néfastes sur le fonctionnement mental ou physique des personnes. Si, comme cela a été fait lors d’expériences, on fait lire à un groupe de personnes âgées des mots négatifs (par ex., « décrépitude ») et à un autre groupe des mots positifs (par ex., « sagesse »), on s’aperçoit que dans les tests qui suivent, ceux qui ont lu les mots négatifs écrivent plus mal, marchent plus lentement, ont une moins bonne mémoire et entendent même moins bien, alors que l’on a l’effet inverse au sein du groupe qui a été exposé aux mots positifs. On voit donc bien les répercussions que peuvent avoir les images de la soi-disant « maladie d’Alzheimer » véhiculées quotidiennement dans les médias ! De plus, si les personnes ne sont pas conscientes de ce phénomène, elles vont y participer inconsciemment, en attribuant les difficultés qu’elles rencontrent aux effets inévitables de l’âge (ou de la « maladie ») et en négligeant les pratiques qui peuvent être bénéfiques pour leur santé physique et psychique ! Des études publiées récemment montrent également bien à quel point l’attribution du terme d’Alzheimer a modifié le quotidien des personnes qui l’ont reçu et leur entourage, sur le plan de l’altération, voire de la perte de relations sociales, de l’image de soi…

A votre avis, quelle est l’attitude la plus juste face à une personne en déclin cognitif ?

Il faut d’abord éviter « les termes qui tuent », comme nous venons de le dire. On peut tout à fait expliquer aux personnes qui consultent qu’elles ont effectivement des difficultés dans tel ou tel domaine, mais que l’origine de ces difficultés est très complexe et leur détailler cette complexité. Ensuite, il me semble essentiel de se centrer sur les capacités préservées, car ce sont elles qui permettront une optimisation du fonctionnement cognitif et qui permettront à la personne de garder sa dignité et une image positive d’elle-même. Il faut ensuite expliquer tout ce qui peut avoir une incidence positive : la maintien d’une bonne hygiène de vie (l’activité physique, l’alimentation, le contrôle des facteurs de risque cardiovasculaire, la qualité du sommeil…), l’implication dans des activités motivantes, pour continuer de s’engager, de s’instruire, de voir des autres personnes (ce qui a aussi une incidence très bénéfique sur l’image que l’on a de soi), et, bien sûr, quand cela est possible, proposer une intervention neuropsychologique qui permette de pallier les problèmes de vie quotidienne de la personne. Il ne faut pas non plus négliger les personnes proches, qui peuvent d’une part être entraînées à interagir avec la personne qui a des difficultés de manière à faciliter le fonctionnement quotidien, mais peuvent aussi avoir besoin de soutien.   

Mais je pense qu’il y a aussi un travail plus vaste à engager, au niveau de la société occidentale du moins, pour changer le vocabulaire et le regard que l’on porte sur la personne âgée et favoriser le maintien de sa participation à la communauté. La vieillesse est une étape normale, très riche, de notre condition d’être humain, et il s’agit d’en avoir pleinement conscience plutôt que de se focaliser sur le productivisme, la compétitivité et l’individualisme forcené…

 

Commenter cet article

Abada Bendib Myriem 24/10/2012 06:58

Cher Monsieur ,
Je vous invite à la consultation memoire du service de neurologie du CHU de Bab El Oued.
Vous aurez une idée objective de la prise en charge de la maladie d'Alzheimer en Algerie, ceci sans prétention aucune...
Au plaisir de vous accueillir

Haddar Yazid 31/10/2012 08:22



Je vous remercie Mme Professuer, je serais ravis de venir dès que je serai de passage à Alger, je vous laisse mon émail (yazidh59@yahoo.fr) pour me contacter si je pourais être utile.


cordialement


Yazid Haddar 



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