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La Psychologie en Algérie

La Psychologie en Algérie

Une lecture de l'actualité algérienne mais autrement...Yazid HADDAR


SOS Libertés appelle au respect de l’article 35 de la Constitution

Publié par Haddar Yazid sur 11 Août 2010, 19:43pm

Catégories : #Vu dans la presse

In Lilberté du 11/08/2010

“Ramadhan : appel au respect de la liberté de conscience” est l’intitulé du dernier communiqué du Collectif SOS Libertés, transmis hier à la rédaction.

Dans ce document, le collectif appelle les autorités du pays à “respecter les lois de la République”, en référence à l’article 35 de la Constitution, qui stipule que “la liberté de conscience et la liberté d’opinion sont inviolables”. Un article, d’ailleurs, conforme à la Déclaration universelle des droits de l’Homme qui affirme, dans son article 18, que toute personne “a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion”. Le Collectif SOS Libertés relève que si l’État a pris des mesures pour faciliter l’observance de ce rite par les pratiquants, “les non-pratiquants risquent, une nouvelle fois, d’être la cible des forces de sécurité, transformées pour la circonstance en bras armé de l’inquisition”. Dans ce cadre, il rappelle les arrestations, ces dernières années, et les condamnations à de lourdes peines de prison des personnes qui ne font pas le carême. Selon lui, les dirigeants doivent mettre un terme “au détournement des institutions au service d’une idéologie intolérante et liberticide”. Aussi, il est demandé au gouvernement de rappeler “fermement” aux agents de l’ordre et aux magistrats que leur rôle n’est pas de pourchasser les citoyens pour “délit religieux”, mais de protéger l’exercice des libertés fondamentales, garanties par la Constitution et les conventions internationales ratifiées par notre pays. Le Collectif SOS Libertés précise, en outre, que le respect d’autrui n’a de sens que s’il est “réciproque et librement consenti”, en insistant sur le fait que s’il est imposé au nom d’une majorité “écrasante”, il devient “synonyme d’oppression et de soumission”. Même les citoyens, croyants ou non croyants, pratiquants ou non pratiquants, sont interpellés et invités au “respect de la diversité des convictions et des pratiques religieuses”, pour une cohabitation pacifique dans une société plurielle apaisée. Le collectif saisit également l’occasion pour réaffirmer que dans l’espace public, tous les citoyens doivent jouir des mêmes droits et du même respect, et estime que des lieux de consommation, comme les cafés et les restaurants, doivent être autorisés à ouvrir, afin de répondre aux besoins des non musulmans ou ceux qui ne pratiquent aucune religion.
La sortie du Collectif SOS Libertés n’est pas la première du genre. Celui-ci a, en effet, à son actif “l’appel à la tolérance et au respect des libertés”. Il s’est aussi exprimé, en septembre 2009, sur l’arrestation arbitraire de 2 jeunes et leur incarcération, sous l’argument qu’ils n’ont pas observé le jeûne du Ramadhan.
Mais cette affaire n’est pas le seul cas d’intolérance qui oblige les Algériens, jeunes et moins jeunes, à vivre comme des clandestins dans leur propre pays. En 2008, 6 personnes avaient été condamnées à 4 ans de prison et une amende de 100 000 DA, pour avoir mangé pendant le Ramadhan. Les mis en cause avaient fini par être acquittés par le tribunal de Biskra, après avoir payé une amende de 5 000 DA chacun. D’autres citoyens ont été aussi arrêtés pour manque de respect à l’islam et non-observance du rite, à Guelma, Béjaïa et Alger.
Le communiqué du Collectif SOS Libertés intervient, cette fois, au lendemain des déclarations du ministre des Affaires religieuses et du Waqf, Bouabdallah Ghlamallah, sur la liberté de culte en Algérie. Des propos graves qui suscitent déjà des interrogations, en raison des amalgames entretenus par le ministre, qui pourraient être assimilés, selon des observateurs, à des menaces, voire à un appel au lynchage.
En marge d’un séminaire de formation des imams et des mourchidate, ce dernier a, en effet, égratigné la Constitution, en soutenant que la liberté est assurée en Algérie, mais en déniant aux Algériens “le droit d’être différent en religion”. Le ministre a appelé à faciliter le “vivre-ensemble” pacifique de tous les enfants de l’Algérie et à semer la paix et la bonté dans les cœurs. Il a tenu un discours destiné à faire peur au citoyen ou à le culpabiliser, sous l’argument que “la déviation” religieuse est encouragée par les opposants et les ennemis du pays. Étrangement, cela rappelle le tapage officiel autour de l’affaire Habiba K. de Tiaret, condamnée pour pratique d’un culte non musulman sans autorisation qui, à l’époque, a failli faire croire que le pays est sous la menace extérieure de l’évangélisation. Comment un ministre, qui tente aujourd’hui de convaincre les personnes âgées ou souffrant de maladies chroniques de ne pas jeûner ou de ne pas interrompre leur traitement pendant le Ramadhan, tient-il de tels propos aux relents inquisitoriaux ? Il faut croire que la démarche de M. Ghlamallah obéit à une certaine vision de la société, une vision repoussant par la force et la menace l’ouverture des fidèles aux questionnements du siècle présent. Si tel est le cas, une telle conception destinée à régenter la vie des citoyens, via les imams et les fetwas, est loin d’appuyer l’épanouissement de l’islam et des musulmans.
Plus encore, elle ouvrirait la voie à d’autres dérives. Même si la Constitution reconnaît clairement le principe de la liberté du culte et même si l’islam est proclamé religion d’État, le ministre des Affaires religieuses peut-il imposer sa propre interprétation des choses, au risque de jeter le discrédit sur les institutions de la République ?

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