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POLITIQUE

Dimanche 20 septembre 2009

« On ne peut pas gouverner comme ça au XXI siècle. Si ça continue, on va dans le mur ».

Un citoyen.

 

Qu’arrivent-ils aux Algériens ? Sont-ils devenus inertes devant cette anarchie ? Sont-ils conscients de leur vie désordonnée ? Si oui, pourquoi n’arrivent-ils pas à s’organiser ? Pourquoi L’Algérie est-elle passée du modèle espagnol des années soixante-dix au modèle de la grande anarchie égyptienne actuelle ? Quel est le rôle de la société civile ? Ce que nous vivons au quotidien est alarmant. L’absence d’autorité de l’Etat se fait sentir à tous les coins du pays, dans toutes les institutions de l’Etat : au sein de l’administration, dans la rue, sur les marchés, dans les hôpitaux, au niveau des taxis, etc. Que font ces ministres qui nous font croire qu’ils maitrisent tout ? Cette prétention est un réel handicap pour l’évolution de notre société. Où sont ces partis et ces associations qui prétendent dire la vérité ? Où sont ces personnalités politiques qui se réclament porteuses d’un nouveau projet ? Des projets de quoi et à qui s’adressent-ils ? Existe-t-il réellement des organismes qui peuvent amortir les souffrances des Algériens ? Lorsqu’un citoyen a des problèmes dans son pays, que doit-il faire ?

 

Les débats entre Algériens sur les forums du net reflètent le malaise qui persiste entre Algériens, mais aussi un débat de sourds où chacun maintient sa position, chacun accuse l’autre sans se remettre en question. Arabophone contre francophones, laïques contre religieux. Les religieux accusent toutes nouvelles idées d’occidentalistes, etc. Cependant, trouver un consensus et réconcilier toutes ces divergences et ces plaies nécessitent un travail de titan qui peut s’étendre sur plusieurs générations. En attendant, beaucoup d’élites préfèrent prendre la valise pour épargner leurs enfants de cette décadence. Ce qui aggrave et prolonge un peu plus la situation. Selon Mustapha Lacherf, « l’instrument par excellence de la catastrophe algérienne de longue durée dans tous les secteurs de l’activité humaine n’est autre que le système éducatif dégradé, schématisé, réduit à un simulacre naïf depuis une trentaine d’années parce qu’on introduit l’idéologie de la médiocrité et de l’arrivisme facile et d’idéologie tout court ».C’est l’une des raisons qui poussent les élites à quitter le pays.

 

Il existe dans des sociétés mieux organisées des associations qui travaillent pour venir en aider aux personnes en difficultés, pour défendre les minorités et les opprimés, les sans-logements, les sans-domiciles fixes, etc. Il existe aussi, dans ces sociétés, des espaces pour les débats publiques sur des lois qui touchent le quotidien. Des manifestations, des pétitions, des débats de société sont organisés par des associations politiques ou autres, voire même par la presse nationale. Ceci dit, ces associations sont autonomes, indépendantes du pouvoir central. Certes, elles sont subventionnées par l’Etat mais en aucun cas les agents de l’Etat peuvent intervenir dans la gestion de ces associations. Si c’est le cas, il sera dénoncé par la presse. De plus, dans cette presse, il y a des tribunes libres ouvertes à tout le monde. Ceci existe dans des sociétés qui se respectent et qui respectent leurs citoyens. Des lois garantissent la liberté d’expression et de rassemblement. Tous les citoyens sont égaux devant la loi. Malheureusement, dans notre pays, c’est la loi de la jungle. Des lois existent mais s’appliquent au gré des humeurs de ses représentants. C’est le cas de jeunes qui n’ont pas respecté la pratique religieuse durant le mois du ramadhan à Sétif et à Alger. Ceci est uniquement ce que la presse rapporte, or il existe des cas non médiatisés. Dieu sait qu’ils sont nombreux ! Où sont les représentants de la société civile et les personnalités politiques influentes quand il s’agit du non-respect de la loi ? Tout ce qui touche notre Etat a des répercussions sur notre vie au quotidien. La société doit être active, elle doit réagir à tout ce qui la touche de loin ou de près, mais il faut avant tout qu’elle soit organisée. Or, l’Algérien est connu pour est indiscipliné et manquer d’organisation. Quand on regarde sur les écrans aux Etats Unis les débats suscités pour l’instauration d’un système de sécurité sociale, ceci nous revoie l’image que nous sommes des citoyens impuissants, incapables d’avancer, de sortir de notre petit confort et de nous confronter à notre propre handicap. Nous rejetons souvent la responsabilité sur les autres et on se refugie dans nos convictions sans prendre aucune mesure pour faire face, nous croisons les bras et nous attendons le messie ! Notre société est-elle en panne ou est-elle impuissante devant l’injustice, les népotismes, la corruption à grand échelle et les pratiques autoritaires ?

 

On sait que le concept de la société civile est récent dans notre société et pourtant il fut un temps où elle existait plus au moins. Selon le sociologue Nacer Djabi dans son dernier ouvrage : « Algérie, Etat et Elite », il constate que cette terminologie a été introduite par la presse francophone et qu’elle a été largement diffusée ensuite par l’ensemble des titres de la presse, par les politiques et les partis politiques. Avant, la notion de citoyenneté n’était pas introduite dans l’imaginaire collectif. Car les politiques au pouvoir ne demandaient pas l’avis du peuple, ils pensaient que le peuple n’étaient pas assez mature pour exercer ses droits. Ainsi, ils se permettaient (ils se permettent encore) de penser à la place du peuple. Cependant, pour construire un Etat fort par ses institutions et ses hommes, il faut d’abord introduire la culture de citoyenneté et de responsabonsabilité dès le jeune âge. De plus, les répresantants de la loi doivent donner l’exemple. Or, comment voulez-vous que les citoyens respectent la loi lorsque ses représentants ne respectent même pas un iota de la Constitution ? Pour preuve : un ex-ministre détourne 3000 milliard de centimes sans aucune poursuite judiciaire, aucune enquête. Quel exemple ! Quelle moralité ! Les exemples d’autres hauts fonctionnaires cités plusieurs fois dans la presse nationale dans les affaires de corruptions et détournements d’argent ne manquent pas. Le plus exaspérant est que ces affaires font la une de la presse mais que le pouvoir public ne donne aucune suite ! Pas plus que la société civile ! Personne ne bouge, comme si c’était une fatalité, c’est le maktoube comme on dit ! Or, si nous attendons que le maktoube vienne un jour à notre secours en croisant les bras, on peut attendre trois siècles ou plus ! Quant à l’avenir des générations futures, ils attendront eux aussi leur maktoube !

 

 

Yazid Haddar.

Cf. les ruptures et l’oublié, p26.

El-Watan 11/09/09.

Khabar Hébdo N° 546.

Par Haddar Yazid
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Lundi 14 septembre 2009

 

Vous allez lire une analyse, que je trouve remarquable, sur m'évangélisation en kabylie publié sur le net "Esprit Bavard"..


Par Larbi Graïne (*)

Depuis quelques années déjà la question de l’évangélisation ne cesse d’alimenter les colonnes de journaux tant nationaux qu’étrangers, lesquels relayés par des sites Internet se font régulièrement l’écho de l’apparition en Algérie de nouvelles communautés évangéliques. D’aucuns ont pu penser que cette campagne menée tambour battant n’est que pure affabulation tant la polémique qu’elle a suscitée paraît participer de la stigmatisation d’une région particulière du pays. Pour autant l’Eglise d’Algérie a fini par reconnaître officiellement l’existence d’un mouvement de prosélytisme chrétien en direction des musulmans dont du reste elle a tenu à se démarquer. Sa première réaction a été de dégager la responsabilité des religieux qui y officient. Il ne reste alors qu’à admettre le caractère clandestin du mouvement. Sans préjuger de l’importance de ce mouvement, notre propos n’est pas d’essayer d’en percer le fonctionnement, ni de savoir pourquoi les gens se convertissent mais d’analyser les réactions auxquelles cette campagne a donné lieu. De notre point de vue l’évangélisation quelle que soit son importance, a bénéficié d’une sur médiatisation qui atteste d’une volonté d’instrumentalisation politique du phénomène.

Cela étant dit à travers cet écrit, nous entendons observer la neutralité par rapport aux choix individuels et collectifs en matière de religion, celle-ci étant une quête de la spiritualité insécable de la liberté de conscience et du libre arbitre. Il faut tout simplement laisser se dérouler le rouleau de l’histoire.


L’impérialisme américain, de retour par la … Kabylie 


La majorité des essais d’explication du phénomène évangélique donnent à voir une Algérie menacée par « une stratégie mondiale d’obédience néo-protestante américaine », autrement dit l’impérialisme américain qui repose jadis sur la puissance militaire et économique se meut en un impérialisme religieux qui a pour but de détruire l’islam. La Kabylie prend une place centrale dans ce schéma, elle apparaît comme l’instrument d’un plan visant à affaiblir l’Algérie. Elle est au centre du « choc des civilisations » au centre de cette confrontation inévitable entre l’islam et le christianisme, l’Orient et l’Occident. L’évangélisation mobilise ainsi un imaginaire qui cadre bien avec une religiosité manipulée, à la mesure de la capacité diabolique que prêtent, des millions de musulmans au pays de l’oncle Sam, allié d’Israël, honni et discrédité pour ses menées en Irak et ailleurs. « Se considérant lui-même comme un « chrétien renaissant » (Born Again Christians), George W. Bush s’est fixé publiquement pour objectif de « promouvoir une vision biblique du monde » depuis les attentats du 11 septembre 2001 », note Saâd Lounès (1). Aussi, les conversions paradoxalement apparaissent-elles de bricolage, manquant de sincérité puisqu’elles viennent en contrepartie de promesses d’exil, d’argent ou de visa. On insiste sur le caractère clandestin de réseaux tissant leur toile à l’échelle planétaire où les dollars coulent à flot. C’est une sorte d’Al Qaida américaine ou chrétienne qui a des appuis jusque dans les ambassades et à l’occasion des ramifications en France. L’imagerie qui prend ainsi forme sous des formes savantes et documentées allant jusqu’à donner des détails et des statistiques colle bien à l’air du temps puisqu’elle maintient l’islamiste invétéré dans son duel perpétuel avec Satan.


Brève chronologie des évènements


Dès l’année 2004 la campagne de conversion est signalée un peu partout dans le pays notamment en Oranie, dans le Constantinois et dans le Sud. Mais les officiels algériens dont le ministre des affaires religieuses, Bouabdellah Ghlamallah, évoquent le « prosélytisme chrétien en Kabylie ». La focalisation sur cette région ira alors crescendo.

Les premières alertes remontent selon nos propres recoupements à l’année 2000 où le journal El Khabar a fait état pour la première fois d’activités prosélytes au profit du christianisme. La polémique a ensuite enflé au plus fort de la révolte kabyle du Printemps noir. Un chef de parti, Mahfoud Nahnah a cru politiquement rentable de traiter Belaïd Abrika de « fils de Jésus ». Le point d’orgue du tapage médiatique parait être atteint lorsqu’en date du 15 mai 2004 une dépêche de l’Associated Press sous le titre accrocheur de « L’évangélisation gagnerait du terrain en Kabylie » fait le tour des agences de presse. Citant un « universitaire islamiste » du nom de Amar Haouli qui s’exprimait au cours d’un colloque organisé à l’Université des sciences islamiques de Constantine, la dépêche nous apprend l’existence de « 15 églises à Tizi Ouzou, fréquentées par 30,58 % des habitants de cette région ». Une région qui compte poursuit AP environ «  six millions d’habitants».  La dépêche d’AP est reprise partout dans le monde. La presse arabe et surtout saoudienne en fera ses choux gras réanimant la rengaine antiberbère ainsi que le souvenir d’un Maghreb dissident sous le lointain empire abbasside. Il n’empêche ladite dépêche fera retour chez nous puisqu’elle fera réagir Saâd Lounès qui commettra un article que publiera El Watan sous forme de contribution (2).

Quoi qu’il en soit les autorités algériennes prennent les choses très au sérieux. Le 20 mars 2006 le Parlement adopte une nouvelle ordonnance devant organiser l‘exercice des cultes autres que musulmans. Le nouveau texte énonce que les cultes autres que musulmans ne peuvent être tolérés que dans un cadre associatif et reconnu par l’Etat. Le texte prévoit également la création d’une commission nationale des cultes chargée de donner « un avis préalable à l'agrément des associations à caractère religieux et à l'affectation d'un édifice à l'exercice du culte ».

Mais pour l’opinion occidentale le gouvernement algérien a fait l’aveu de sa peur des conversions des Algériens musulmans à la religion chrétienne. Dans une déclaration à l’AFP, le  pasteur Hans Hauzenberger de l’Eglise protestante d’Algérie a posé cette question : « Si je discute autour d'un café avec un voisin musulman et que je parle de Jésus, cela sera-t-il considéré comme un acte de prosélytisme ? Tomberai-je sous le coup de cette loi ? » Le père Gilles Nicolas, proche de l'archevêque d'Alger, Mgr Henri Teissier a exprimé la même appréhension, il s’inquiète de voir « des gens mal intentionnés » tentés d’ « en faire un usage abusif ». L’ordonnance édicte « quiconque incite, contraint ou utilise des moyens de séduction tendant à convertir un musulman à une autre religion » peut encourir une peine allant de « deux à cinq ans de prison et un million de dinars d’amende ». Le rapport 2006 sur les libertés religieuses dans le monde du département d’Etat américain a jugé l’ordonnance contraire aux principes de la liberté de conscience et de religion. Le nombre de chrétiens vivant en Algérie selon le document américain ne dépasse pas les 5000. L’insécurité engendrée par le terrorisme « a conduit précise le même document de nombreux chrétiens et juifs à quitter le pays depuis 1992 ».


Retombées médiatiques de l’application de l’ordonnance


Il n’empêche, la Kabylie va revenir sur la scène médiatique à la faveur des péripéties entourant justement l’application de la fameuse ordonnance.
Dans son édition du 12 septembre 2006, El Khabar annonce le début de l’application de la nouvelle législation (soit 5 mois après son adoption), ce quotidien fait état de l’interdiction des activités d’un groupe de Français qui projetait d’organiser une conférence sur le christianisme évangélique à la nouvelle ville de Tizi Ouzou. La même publication, dans son édition du 4 septembre 2007 évoque la condamnation de cinq algériens accusés d’avoir prêché le christianisme dans les wilayas du centre. En janvier 2008 le même journal ébruitera une autre affaire, celle se rapportant à un directeur d’école relevé de ses fonctions par la direction de l’éducation de Tizi Ouzou pour « incitation au christianisme et non respect du programme scolaire ». Le ministre des Affaires religieuses Bouabdellah Ghlamallah a salué sur les ondes de la chaîne 2 de la radio nationale cette décision. Le journal Liberté du 19 janvier 2008 soutient que le directeur en question a nié les faits qui lui sont reprochés. Dans un entretien à El Khabar paru le 10 février 2008 Cheikh Bouamrane, président du Haut conseil islamique (HCI) a évoqué l’expulsion de jeunes Africains (3) suspectés d’évangélisation à Tizi Ouzou. Sur sa lancée il a indiqué avoir déposé plusieurs rapports à la Présidence qui « ont conclu que les évangélistes en Algérie n’agissent que dans le but de porter atteinte à l’Islam ». En outre El Khabar du 2 janvier 2008 donne la parole à Abderrahmane Chibane. Celui-ci déclare qu’ « il incombe aux autorités de faire face à l’activité de l’Eglise protestante qui sévit en Kabylie »

Le 4 février 2008, la chaîne 3 de la radio algérienne diffuse un reportage réalisé en 2007 sur l’évangélisation en Algérie. Cheikh Bouamrane, qui intervenait à la fin de l’émission estime que le phénomène du prosélytisme évangélique est devenu plus « visible » et plus « cynique » depuis quelques temps en Algérie. Le jour même où ce reportage radiophonique est diffusé, El Khabar ajoute un nouvel élément au dossier de l’évangélisation. 


Derrière l’évangélisation, le MAK


Alors que jusque-là on tenait comme responsables du prosélytisme chrétien les seuls étrangers, voici qu’entre en scène un nouvel accusé : le Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie (MAK) de Ferhat Mhenni. En effet El Khabar daté du 4 février 2008 rapporte le courroux du président de l’Association des oulémas, Abderrahmane Chibane, lequel accuse nommément le MAK d’être derrière le prosélytisme chrétien. Chibane traite le mouvement autonomiste de « vivier de l’action évangéliste qui tendrait à isoler la Kabylie du reste du pays ». Il demande au chef du gouvernement d’intervenir afin de « mettre un terme à une campagne qui vise à porter atteinte à la religion et aux symboles de l’Algérie ». En outre les partis berbéro – nationalistes, le Front des forces socialistes (FFS) et le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), jusqu’à tout récemment tenus pour représentatifs de la Kabylie sont brutalement relégués au second plan. On ne sollicite pas leur avis sur la question car aux yeux de beaucoup d’observateurs ils ne peuvent rivaliser avec le MAK, lequel incarnerait une sorte de « pureté kabyle ».


Mise en doute de la religiosité des Kabyles


Au fil des jours les allusions au danger « évangéliste kabyle » se multiplient. Ce que l’on s’attache à démontrer c’est qu’il est permis de douter de la religiosité musulmane de la population de la kabylie. Le quotidien Al Chourouk a rapporté que les habitants d’Aït Smaïl dans la wilaya de Bejaia se disputaient la viande de sanglier dont le prix était arrivé à hauteur de celui du mouton. A en croire El Khabar du 15 janvier 2008, des imams et des théologiens ont mené une enquête sur le terrain. Ils ont ainsi répertorié 17 raisons qui auraient joué en faveur des conversions.  Selon les enquêteurs religieux, les évangélistes ont trouvé un terrain propice en Kabylie du fait de la « non- assimilation des questions relatives à la foi et au fiqh (théologie). Autres facteurs évoqués : le  «  vide spirituel qui prévaut chez  beaucoup de jeunes de la région (…) l’existence de nombreux villages qui sont dépourvus d’imam pour la prière».

Ce qui est intéressant de souligner c’est que les enquêteurs évoquent d’autres régions du pays comme pour dire que la Kabylie ne détient pas l’exclusivité en matière de reniement de la foi islamique car en fait c’est de cela qu’il s’agit. Ainsi apprend-on que les renégats courent aussi les rues dans les wilayas de Sidi Bel Abbès et Mascara. L'Est et le Sud-Est occupant le hit-parade de la croyance à en croire cet article de presse. Ainsi les pourfendeurs des évangélistes prennent le soin de masquer les relents de régionalisme que leur discours insidieusement distille. Mais à lire ces écrits récurrents qui pointent le « vide spirituel » et la « méconnaissance des questions de la foi » chez les Kabyles on se croirait revenu à la période coloniale.     


La montée au créneau des clercs


L’examen rapide de la chronologie des faits médiatiques révèle ceci : les responsables religieux comme par un accord tacite ont fait des déclarations publiques presque au même moment. A partir de janvier 2008, c’est le trio, Ghlamallah, Chibane et Bouamrane, qui alimentent la polémique qui va mettre sous les feux de la rampe les régions kabyles. Ce soudain accès de fièvre qui s’empare des sphères religieuses officielles intervient après une année de relative accalmie. En effet l’année 2007 a consacré l’avènement d’Alger capitale de la culture arabe, sans doute, cette manifestation a-t-elle incité nos dignitaires religieux à plus de modération et de retenue. Cela pourrait expliquer pourquoi le reportage sur l’évangélisation de la chaîne 3 n’a pu être diffusé en son temps. Ayant fait coïncider le démarrage de cette manifestation culturelle avec le jour de l’an berbère (12 janvier), les autorités ont cherché visiblement, durant toute l’année, l’apaisement en même temps que de pouvoir mêler les Amazighs à toutes les sauces arabes. Maintenant que les lampions de la fête orientale se sont éteints, les pauvres Kabyles sont renvoyés à leurs origines douteuses poussant les plus sensibles d’entre eux à exhiber en vain le nombre de mosquées dont on dit qu’il est le plus élevé en Algérie pour prouver qu’ils demeurent encore attachés à leur religion.  

On aurait pu s’attendre dans le cas de la Kabylie connue pour son particularisme linguistique  à l’ouverture d’un débat public sur la question de la minorité culturelle. Mais non. C’est de minorité religieuse comme si on était au Liban que nos clercs nous parlent. On fait tout comme si la minorité ne pouvait qu’être religieuse, comme si le particularisme linguistique et culturel kabyle ne suffisaient  pas par eux mêmes pour constituer une minorité. On en arrive ainsi au dernier épisode de la campagne médiatique relative à l’apostolat chrétien. Cette fois-ci c’est Bouabdellah Ghlamallah qui enfonce le clou en déclarant à El Khabar du 14 février 2008, que les prosélytes « viennent en Algérie non pas pour l’amour du pays ni pour l’amour du christianisme mais pour créer une minorité qui va donner argument aux puissances étrangères afin de s’ingérer dans nos affaires au nom de la protection des minorités. Autrement dit l’attaque évangéliste a pour but inavoué de susciter une minorité qui va revendiquer le droit à la protection ». Ces propos rejoignent ceux tenus par le président de l’association des oulémas sur le MAK. Ils ont ceci de commun qu’ils font allusion à une Kabylie en état de dissidence larvée. Mais, celui qui a développé les propos les plus savants est Cheikh Bouamrane. Il a soutenu sur les ondes de la chaîne 1 de la radio nationale que « les raisons des campagnes d’évangélisation (…) trouvent leurs racines dans le début de l’histoire coloniale du pays, plus précisément avec la campagne de l’église catholique et du cardinal Lavigerie».

La facture historisante de cette affirmation cache mal une contre-vérité. Si effectivement les campagnes d’évangélisation ont trouvé leurs racines dans le début de l’histoire coloniale, elles n’en appartiennent pas moins à ce même passé colonial. Les campagnes d’évangélisation actuelles étant motivées par d’autres considérations, lesquelles sont déterminées plutôt par le contexte sociohistorique de l’Algérie d’aujourd’hui. Le discours anti-évangélisation qui essaye d’occulter cette réalité repose sur la stigmatisation de l’islamité des Kabyles rappelant étrangement en cela la fantasmagorie coloniale – le mythe kabyle - de la fin du XIX e siècle. Mythe qui avait accompagné le prosélytisme sous l’occupation. Les clichés, les poncifs attachés à ce mythe ont fait l’objet via le système scolaire français d’une large diffusion dans la société colonisée. Est-ce que ce sont ces fantasmes coloniaux qui font retour chez nous ?


Retour du mythe kabyle


Le mythe kabyle a été forgé pendant la colonisation. Comme tout mythe, il est un langage. Dans le cas qui nous occupe, il consiste à dire grosso modo ceci : les Kabyles ressemblent aux Européens, leur islamité étant sujette à caution donc ils sont plus faciles à assimiler. Le mythe repose sur des thèses pseudo - scientifiques, nous verrons plus loin qu’en son aspect plus précisément religieux le mythe kabyle est antérieur à la colonisation. Au risque de schématiser, nous avons privilégié ici la description du mythe sous le rapport religieux étant entendu que dans les limites de cet article nous ne pouvons épuiser entièrement le sujet. En 1826 avant même le débarquement français de Sidi Ferruch, l’Abbé Raynal évoque dans ses écrits l’origine « nordique » des Berbères. Il déclare qu’ils ont des yeux bleus, des cheveux blonds et descendraient des vandales (4)

En 1847 le Colonel Daumas et le capitaine Fabar publient un ouvrage dans lequel ils opposent la « race arabe » à la « race kabyle », «  le peuple Kabyle, en partie germain d’origine écrivent-ils (…) a accepté le Koran, il ne l’a point embrassé…Contrairement aux résultats universels de la foi islamique, en Kabylie nous découvrons la sainte loi du travail obéie, la femme à peu près réhabilitée, nombre d’usages où respirent l’égalité, la fraternité, la commisération chrétiennes. » (5)  Une abondante littérature ne tarde pas à voir le jour, elle donne à voir le Kabyle comme étant un individu hésitant peu convaincu sur le plan religieux, prêt à abandonner l’islam pour peu que l’on s’occupe de lui. Les Kabyles écrit en 1857 le baron Aucapitaine sont « tièdes sectateurs de Mahomet» (…) « leurs villages ressemblent avec leurs toitures rouges, à nos bourgs de France, ils portent tatouée une croix…et leur jour férié, c’est le dimanche ! » Il conclut en déclarant : « Dans cent ans, les Kabyles seront français ! » (6)   Le mythe a été élaboré par les colons européens pour inciter les autorités coloniales à déployer des efforts en vue de christianiser ces « bons sauvages » de Kabyles. N’ayant rien à coloniser en Kabylie, la région étant entièrement montagneuse et donc très pauvre en terres cultivables, les Français veulent coloniser les esprits. D’où dans un premier temps la tentative d’évangélisation et dans un second temps la scolarisation plus poussée par rapport au reste de l’Algérie. Connu pour être pourfendeur du « Royaume arabe » si cher à Napoléon III, le docteur Warnier écrit le plus sérieusement du monde que « les Berbères du Djerdjera montraient les plus heureuses dispositions pour un retour complet au christianisme ». (7) Prônant l’assimilation Warnier étonnera certainement plus d’un Algérien aujourd’hui lorsqu’il note que les âarouch « descendent du municipe romain » (8) Gastu, député d’Alger, soutient en 1884 que les Kabyles peuvent aisément « fusionner avec les Européens tant leurs mœurs ont des affinités avec les nôtres » Quant à Camille Sabatier il parait s’enthousiasmer en soutenant que celui « qui dicta les canouns kabyles fut non pas de la famille de Mohammed et de Moïse, mais de celle de Montesquieu et de Condorcet ». Plus loin il lâche sa vérité « en réalité, écrit-il le Kabyle est essentiellement anticlérical. Ses canouns sont la négation la plus énergique des principes de l’Islam ». (9)

C’est grâce à cette propagande que les partisans de l’assimilation des Kabyles finissent par convaincre les autorités de la nécessité d’envoyer en Kabylie des missionnaires pour évangéliser les populations locales.  Le mythe kabyle nous dit l’historien Charles-Robert Ageron s’était tellement diffusé dans l’opinion que lorsqu'éclate l’insurrection de 1871 sous l’égide d’El Mokrani, personne ne s’avise qu’il s’agit d’une révolte kabyle.
C’est à lumière de ces développements que peut s’éclairer l’entêtement de nos dignitaires religieux à jeter à la vindicte populaire ces Kabyles- qui comme le dit le rapport de la commission Ghlamallah dépêchée en Kabylie,- souffrent du «  vide spirituel » et « n’assimilent pas les questions relatives à la foi ».


L’évangélisation sous la colonisation


La famine qui sévit pendant l’hiver (1867 à 1868) « l’une des plus meurtrières qu’ait jamais connues l’Algérie » (10)  est la conséquence de la destruction des tribus, lesquelles en perdant leurs terres par expropriation coloniale, s’en vont errer dans le pays sans ressources, bientôt frappées de plein fouet par une sous-nutrition généralisée. Seul le bastion kabyle échappe à cette grande misère. Le climat humide a éloigné la sécheresse qui sévit ailleurs, et la couverture végétale a permis l’emmagasinement de l’eau. Arc-boutés à l’arboriculture, l’élevage et l’artisanat, les Kabyles ont pu ainsi se soustraire aisément à la crise. Il est vrai comme on l’a dit plus haut le caractère accidenté du sol n’a pas permis à la colonisation de prendre pied, c’est pourquoi la Kabylie contrairement au reste de l’Algérie, a pu garder intactes ses structures tribales. (11) 500 000 personnes mourront de cette terrible famine soit le 5e environ de la population de l’époque. L’errance et l’éparpillement des tribus jetteront dans les rues sa meute de mendiants et d’orphelins. C’est ce moment que choisira le cardinal Lavigerie « qui était alors au clergé ce que le maréchal Bugeaud était à l’armée d’Afrique » (12) pour entamer sa campagne d’évangélisation. Il accueille des centaines d’orphelins qu’il place à Ben Aknoun et refusera de les rendre aux familles qui les réclamaient. La nouvelle de l’évangélisation provoque une émotion religieuse à travers toute l’Algérie mais c’est la Kabylie qui s’en émeut le plus vivement parce que précisément elle est moins affectée par la paupérisation qui s’est répandue dans le reste du pays. Mostefa Lacheraf dans L’Algérie, nation et société cite le voyageur Clamageran qui écrit « quand la famine décimait les populations arabes, des milliers de vagabonds vinrent chercher refuge en Kabylie ; beaucoup succombèrent aux souffrances qu’ils avaient endurées ; tous furent accueillis et soignés fraternellement ; aucun d’eux ne mourut de faim sur le sol kabyle » (13)   Selon l’historienne Annie Rey-Goldzeiguer (14), en tout quelques 6000 vagabonds venus de toutes les régions d’Algérie ont séjourné dans les montagnes kabyles.  

Aveuglé par le mythe berbère, Lavigerie « était pleinement convaincu qu’entre Kabyles et Français, le même sang, la même origine romaine, la même marque chrétienne créaient des liens providentiels ». (15)  Pendant la période comprise entre 1873 et 1879 il crée cinq postes des Pères Blancs en Kabylie en dépit de protestations des familles.  Mais il doit déchanter sur le terrain. Face à l’indifférence générale, Lavigerie fabrique de fausses demandes d’évangélisation, qu’il fait passer pour des réclamations émanant des tajamat (assemblées de village). Soupçonné d’avoir écrit aux jésuites un amin a failli être lapidé le 12 juin 1868 par 10 000 Kabyles au marché des Aït Menguellet. « Malgré les efforts des missionnaires écrit Ageron et les espérances de Mgr Lavigerie qui croyait à une dissolution de la foi musulmane, cette (…) tentative d’apostolat développée entre 1873 et 1879 fut un échec total ».  (16)

Pour autant l’effort de christianisation sous Lavigerie avait ciblé surtout les enfants orphelins. On sait que 1753 jeunes orphelins avaient été recueillis dans une des fondations du cardinal. (17)  L’histoire de Fatma Aït Mansour qui a enfanté les écrivains Amrouche (18) (Taos et Jean El Mouhoub), est la parfaite illustration de cette christianisation précoce qui le plus souvent se fait à l’insu des proches, quand ce n’est pas en raison d’un destin de femmes opprimées au sein d’une société profondément démantelée du fait de la violence coloniale. (19)  Au demeurant toutes les tentatives de conversion des adultes sous la colonisation avaient échoué.

La mésaventure qu’a endurée le Père Creuzat mérite d’être rapportée. L’abbé Creuzat, jésuite établi à Fort-National (Larbaa Nath Irathen) est arrivé en Kabylie à l’époque de Lavigerie, tout enthousiasmé à l’idée de pouvoir accomplir une tâche aussi noble que le catéchisme. Il se mêle aux montagnards du Djurdjura qui se montrent réceptifs à son discours. Mais en réalité par leur attitude feinte, ils entendent ainsi profiter au maximum des largesses du curé qui leur apportait de vieux vêtements. L’abbé est content, il s’en va en courant, il revient accompagné de militaires qu’il veut rendre témoins du succès de son apostolat. Les montagnards viennent au devant de lui et invitent le clerc à s’asseoir sur une banquette recouverte de paille qui dissimulait une couche d’excréments. Creuzat prend place. C’est comme cela que les Français ont été édifiés sur « les dispositions réelles des Kabyles à l’égard de l’évangélisation ». (20)

Tout compte fait l’évangélisation n’a touché que de petites poches sans importance. La seule église qui a fonctionné jusqu’à l’indépendance nous dit l’historien Alain Mahé (21)  est située aux environs de Boghni. Un missionnaire protestant du nom de Charles Marsh qui y a officié, a publié en 1985 un livre sous le titre Impossible à Dieu  dans lequel il fait preuve d’un racisme incroyable envers les Kabyles, parce qu’ils se montrent indifférents à son catéchisme. Il décrit ceux-ci comme les créatures de Satan.


Arabo-islamistes – berbéristes, la persistance d’un face-à-face


Ce n’est donc pas l’évangélisation en tant que telle qu’il faut aller chercher jusqu’en période coloniale. En fait Bouamrane se trompe d’objet. C’est plutôt le discours sur la berbérité, l’idée que se font les arabophones de l’islamité des Kabyles en particulier et des berbérophones en général. Certes cette idée a préexisté à l’arrivée des Français comme nous le disions plus haut mais c’est pendant la période coloniale qu’elle a été formalisée et intellectualisée. C’est en somme la partie du mythe kabyle forgée par les Algériens non kabyles. Si les Algériens non kabyles jugent le Berbère comme un musulman douteux, c’est pace qu’ils estiment qu’il n’est pas assez arabisé. Le mythe kabyle s’enrichit donc d’une donnée sous-tendue par une logique psycholinguistique : je suis locuteur de langue arabe donc je m’autorise à juger de l’islamité du locuteur non arabe. Pour moi qui suis investi de la légitimité généalogique et juridique que me confère mon parler arabe, le Berbère ne pourrait devenir véritable musulman que lorsqu’il s’arabisera complètement, que lorsqu’il cessera de faire usage de son idiome maternel. (22) La conversion religieuse n’est validée que lorsque se réalisera la conversion linguistique. Le Chaoui deviendra un véritable musulman que lorsqu’il ne parlera plus le chaoui, le Kabyle deviendra un véritable musulman que lorsqu’il ne parlera plus kabyle, etc. La prière ne peut-être envisagée et considérée comme légale dans une langue autre que l’arabe, celui qui ne comprend pas cette langue n’est pas en mesure de perpétuer la religion. Comme le souligne Kamel Chachoua dans L’Islam kabyle (23), la Kabylie est « toujours perçue comme insuffisamment et superficiellement islamisée, voire même à convertir sur le plan religieux ».

Lorsque dans les années 1990 Cheikh Ahmed Hammani animait la rubrique Fatawi (prêches) dans le journal Al-Aqida, il reçoit un courrier d’un imam de Boudjellil, un village de Petite Kabylie. L’imam demande au cheikh s’il est permis et licite de faire le prêche du vendredi en langue amazighe car argue-t-il 95 % de la population ne comprend ni ne parle l’arabe. « La langue amazighe répond Hammani est la sœur de l’arabe, son amie, et aucune n’est concurrente de l’autre. On peut les utiliser ensemble sans problèmes. Tu peux donner en amazigh une partie de ta leçon après l’avoir fait en langue arabe ; mais le prêche, non ; non lui c’est en arabe que tu dois le dire, le contenu en amazigh. (…) si l’on vous autorise aujourd’hui à faire le prêche en langue amazighe, demain Satan va vous souffler l’idée de nous demander l’autorisation de réciter la Fatiha (verset d’ouverture) en langue amazighe. » (24)    

Pour revenir à la dépêche d’AP citée plus haut, précisons qu’elle nous apprend aussi que « 10 000 livres du Coran traduits en tamazight (langue berbère) ont été distribués par la cellule de lutte contre l’évangélisation ». En somme il a fallu la pression évangélique pour qu’on se résolve à traduire peut-être à contrecœur même le texte coranique en langue amazighe. Pourtant les Berbères veulent vivre leur islamité à l’intérieur de leur amazighité si l’on peut dire ainsi. L’anthropologue Ernest Gellner note que « les Berbères sont sincèrement et profondément musulmans mais ils le sont à leur manière. Ils ont été islamisés mais en retour, ils ont berbérisé l’islam ».  (25)

En tous les cas le refus d’accorder à l’expression culturelle berbérophone la liberté de choisir sa propre graphie renvoie au même blocage. L’adoption d’un code écrit autre que celui d’Al Moutanabi signifie un écart par rapport à l’islamité, d’où cette insistance sur l’alphabet arabe plutôt que sur le tifinagh. Si l’on doit convoquer le mythe kabyle, passons sur les airs pantois que suscite la seule évocation des caractères latins. On est au cœur du problème, la vision erronée a découlé de l’association du couple alphabet latin/le fait d’être non musulman. C’est vraiment s’attaquer au processus de légitimation du pouvoir en place que de proposer un système d’écriture qui échappe à la sphère religieuse. Pour autant toute culture est sous-tendue par une raison graphique pour reprendre la notion de Jack Goody. C’est dire que la question linguistique ne pourra trouver sa résolution que dans le cadre d’un système démocratique.

Cela étant dit, il a existé un courant berbériste, resté méconnu, c’est celui qui a tenté de faire la synthèse entre amazighité et islamité. Un courant qui prône l’identité islamique tout en entretenant le particularisme kabyle. Le premier écrivain kabyle justement qui ait jamais écrit sur le domaine berbère, en est l’un des chefs attitrés, il s’appelle Saïd Abu-Yaâla, il est l’auteur d’un essai historique qu’il a rédigé en arabe : Tarikh Zawawa (Histoire des Zouaoua) (26) . Aussi a-t-il préconisé la mise en place d’ « assemblées de musulmans » régies par la charia au niveau de chaque village kabyle. En somme une forme d’islam berbère radical qui repose sur les antiques morphologies villageoises. A distinguer de l’islahisme badisien en ce sens que ce dernier ne peut se concevoir sans l’arabisation. Cet « islamisme berbère » n’a pu en définitive se frayer une place en raison de l’adhésion massive des Kabyles au mouvement indépendantiste de Messali Hadj et de leur engagement par la suite dans le Front de libération nationale (FLN). 
Que conclure ?     

Le quotidien Le Jeune Indépendant du 6 mars 2008 a republié un article paru en janvier 2007 de la journaliste londonienne Deborah Meroff sur la christianisation en Algérie. Sous le titre « Le temps de Dieu pour l’Algérie » (27), l’article en question reproduit d’une façon remarquable les principaux mythèmes liés à la fantasmagorie coloniale. La journaliste note que « les Kabyles Berbères ont eu des racines chrétiennes et n’étaient pas considérés comme d’infaillibles musulmans – ils mangent du porc et boivent de la bière ». Ainsi le mythe kabyle après avoir été fécondé sous les plumes françaises passe dans toute sa fraîcheur sous les plumes anglaises « l’amertume de la Kabylie contre tout ce qui vient de l’Arabe a pavé la route pour une formidable renaissance du christianisme » poursuit la journaliste qui s’empiffre de « tenues occidentales et même (…)  des jeans », de « cybercafés (…) pleins à craquer (…) et d’antennes paraboliques ». La journaliste, qui regarde à travers le prisme déformant du mythe kabyle croit rendre compte de la spécificité berbère et est loin de soupçonner qu’elle est en train de décrire d’un trait l’ensemble de la société algérienne.

Si l’évangélisation a fait tant de bruit c’est qu’elle entre en résonance avec la perception que s’est forgée depuis des années voire des siècles l’élite arabophone ou arabisée de l’islamité du Berbère ou du Kabyle. Lorsqu’on accuse insidieusement les Kabyles d’être des musulmans superficiels on peut fabriquer une scène qui montre bien qu’on ne les jette pas aux gémonies puisque les « autres » c’est-à-dire les non berbérophones y apparaissent lotis à la même enseigne. En fait il s’agit d’un déguisement qu’on sait inopérant: car l’arabophone prisonnier du mythe kabyle croit que son semblable est moins susceptible de dévier des formes canoniques en matière de religion que son compatriote berbérophone. D’où le fait qu’on regarde toujours du côté de la Kabylie lorsqu’on prononce la condamnation d’un dignitaire chrétien à Oran. Quelle différence y a-t-il entre la zawiya de Hadj Belkacem des Aït Yenni et la zawiya de Sidi Lakhdar Benkhlouf de Mostaganem ?

Quoi qu’il en soit, si le colon français a jugé le Berbère comme un musulman douteux c’est pour justifier sa christianisation. Près de cinquante ans après l’indépendance, force est de constater la prégnance et la persistance du mythe kabyle. Bizarrement ce mythe continue de travailler aussi bien ceux qui estiment qu’il faut davantage arabiser et islamiser les Kabyles que ceux qui veulent les convertir à la religion du Christ.
À l’aube du XXIe siècle en épousant les contours d’un discours antiévangélique, le débat politique en Algérie s’est réduit à une facture des plus affligeantes. Alors que depuis l’indépendance le pays a connu les mutations les plus décisives et les bouleversements les plus profonds, des religieux fonctionnaires de l’Etat s’échinent à livrer bataille à une bande d’ « indigènes » d’une espèce nouvelle. Le discours antiévangélique emprunte à la technique discursive coloniale c’est-à-dire à une époque où l’Etat national était inexistant. Ce discours offre la possibilité de faire de l’islamisme à bon compte lors même qu’il est au plus bas de sa côte. Il est presque tentant de dire que ceux qui entendent ainsi profiter de cette aubaine pour réactiver l’intégrisme religieux agissent de la sorte sans qu’ils sachent les véritables desseins des gens du pouvoir qui les y encouragent. Pendant ce temps la Kabylie, coincée entre les évangélistes à droite, et les terroristes du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), à gauche, semble étrangement affectionner les extrêmes. Mais comment des clercs qui peuvent le moins face au GSPC, peuvent-ils le plus face aux évangélistes ?  


(*) Journaliste

  (1) El Watan du 26 juillet 2004.
  (2) El Watan, Idem.
 (3) Puisqu'il s’agit d’Africains, on ne peut ne pas penser au réseau traditionnel formé par les confréries musulmanes dont l’ordre algérien de la Tidjania qui essaiment à travers l’Afrique subsaharienne et qui continuent d’activer dans des pays comme le Sénégal, le Nigeria, le Congo, le Bénin, la Côte d’Ivoire et le Cameroun.
  (4) Cf. Ch. R. Ageron, « L’Algérie algérienne » de Napoléon III à de Gaulle, Sindbad, Paris, 1980 ; Les Algériens musulmans et la France (1871-1919), Bouchene, Paris, 2005.
  (5) ch. R. Ageron, Idem.
 (6) Aucapitaine, Le pays et la société kabyle (1857). Cité par ch. R. Ageron, Idem.
  (7) ch. R. Ageron, Idem.
  (8) ch. R. Ageron, Idem.
  (9) Assertion totalement dénuée de fondement. Pour ceux qui ne le savent pas, les kanoun ne sont plus de vigueur de nos jours. Si effectivement les kanoun renvoient à un code laïque, ils n’en comportent pas moins des règles ayant pour finalité de préserver la moralité publique et notamment religieuse. Quantité de sanctions sont, par exemple, prévues dans le cas où quelqu’un s’avise de ne pas observer le jeûne pendant le Ramadan. 
  (10) Mostefa Lacheraf, L’Algérie, nation et société, Casbah, Alger, 2004.
  (11) Autre conséquence qui a découlé de la faiblesse de l’implantation coloniale : les partisans de l’islahisme ou du réformisme musulman d’Ibn Badis ne voyaient pas la nécessité de venir s’y installer dès lors qu’il n’y avait pas urgence.
  (12) Alain Mahé, Histoire de la Grande Kabylie, Anthropologie du lien social dans les communautés villageoises, Bouchene, Paris, 2001
  (13) Mostefa Lacheraf, Idem
  (14) Annie Rey-Goldzeiguer, Le Royaume arabe, Sned, Alger, 1977.
  (15) ch. R. Ageron, Idem
  (16) ch. R. Ageron, Histoire de l’Algérie contemporaine, T2, PUF, Paris, 1979.
  (17) Alain Mahé, Idem.
  (18) Le hasard a voulu que le mari chrétien - Belkacem Amrouche - que Fatma Aït Mansour a dû épouser à l’âge de 16 ans, soit originaire de Ighil-Ali, un village des Aït Abbès, précisément la région de la Petite Kabylie qui avait été considérée comme « la citadelle de l’islahisme » badisien.  C’est à la medersa islahiste aux environs de la Qalâa des Beni Abbès que l’actuel président de l’Association des oulémas, lui-même originaire de la Petite Kabylie, a fait ses premières classes. En outre cette medersa a été également fréquentée par d’autres lettrés kabyles à l’image de Qassim Naït Belkacem et Ahmed Hammani. Comment des Kabyles ont mis leur génie au service de l’arabisation ? Selon Kamel Chachoua, de par leur origine kabyle ceux-ci, en ayant intériorisé le mythe kabyle, en sont arrivés à se sentir dans la peau des « diviseurs » dans un contexte dominé par le discours sur « l’unité nationale ». En outre, le cas des Aït Abbès largement acquise au réformisme donne une idée sur la réalité de l’ancrage du christianisme colonial en Kabylie.          
  (19) Fatma est issue d’une union hors mariage, elle est orpheline d’un père qu’elle n’a jamais connu et qui n’a jamais voulu reconnaître sa paternité. Aussi le cas des Amrouche est-il symptomatique d’une christianisation problématique voire d’une assimilation impossible : « J’étais restée la Kabyle, jamais malgré, les quarante ans passés en Tunisie…je n’ai pu me lier intimement ni avec les Français ni avec les Arabes. Je suis restée l’éternelle exilée, celle qui ne s’est jamais sentie chez elle nulle part (…) pour les Kabyles, nous étions les Roumis, des renégats, pour l’armée française, nous étions des bicots comme les autres » écrit Fatma Aït Mansour dans Histoire de ma vie (Maspéro, Paris, 1981).  
  (20) Alain Mahé, Idem. 
  (21) Alain Mahé, Idem.
 (22) Kamel Chachoua, L’Islam kabyle, Maisonneuve et Larose, Paris, 2001.
  (23) Kamel Chachoua, Idem.

  (24) Cité par Kamel Chachoua, Idem.
  (25) Cité par Lahouari Addi, in « Approche gellnérienne de la berbérité au Maghreb » Le Quotidien d’Oran du 26 février 2008.
  (26) Abu-Yaâla, Tarikh Zawawa, Le Caire, 1913.
  (27) www.christianitytoday.com, cité et traduit par le quotidien Le Jeune Indépendant.

 

Par Haddar Yazid
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Mercredi 12 août 2009

Les dernières élections présidentielles de la République Islamique Iranienne et la crise qu’elle a engendrée nous donnent un bel exemple de l’évolution du système politique iranien. Par conséquent, la religion et la politique sont, semble-il, inconciliables. Depuis la Révolution conduite par le guide l’Ayatollah Khomeyni en 1979 contre le chah, l’Iran n’a connu une telle contestation. Des manifestations ont lieu un peu partout sur le territoire de la République Islamique Iranienne. Ces manifestations ont été réprimées violemment par les forces de l’ordre iranien en laissant des blessés et des morts.

 

Cela fait exactement trente ans que le régime iranien a changé d’orientation de gouvernance politique, en adaptant un nouveau mode de gouvernance qui a tant séduit les adeptes de la théocratie islamique, une république islamique, version chiite où la le religieux prédomine sur le politique. Cependant, ces événements soulèvent plusieurs interrogations. Abdelhamid Al-Ansari[1] s’interroge : « Quelle est la réalité d’une démocratie sous la coupe d’un système religieux qui concentre tous les pouvoirs ? Une démocratie religieuse peut-elle assurer l’égalité de tous les membres de la société quelles que soient leur appartenance confessionnelle ? Peut-elle tolérer l’opposition populaire ? Par le passé, poursuit le journaliste Koweitien, les théoriciens de l’Etat islamique avaient pour mot d’ordre « l’Islam est la solution ». Ils prenaient pour prétexte que les puissances occidentales les empêchaient d’accéder au pouvoir et que les régimes arabes les jetaient en prison et pratiquaient la torture. Cela leur permettait de justifier leur violence et leur discours agressif».  Or l’exemple Iranien, le passage au pouvoir des Talibans en Afghanistan et des mouvements islamistes en Somalie et d’autres au cours de ces dernières années ont montré l’impossibilité de concilier la religion et la démocratie. Les talibans ont montré l’atrocité féroce et machiste quand le religieux prend le pouvoir et surtout lorsqu’ils sont d’un esprit limité et imbu. Ces Talibans ont montré une image d’un musulman retardé, peu cultivé, abandonnant la vie pour s’occuper de la mort. Bref, ils ont donné une image distorsionnée et arriérée des musulmans. Ce n’est pas le cas de l’Iran, qui n’est pas arrivé au stade « de détérioration ou de contamination avancée », mais ce rejet de tout ce qui vient de l’occident et de les accuser à tort et à travers de tous les maux, semble-t-il n’est pas du même avis de toute la population iranienne, particulièrement la jeunesse iranienne. Cette jeunesse qui n’a pas connu l’époque du chah, où les libertés étaient plus au moins respectées. Désormais, elle revendique plus de liberté car elle s’étouffe de tous ces interdits, mais et surtout, de la bureaucratie, du chômage, etc. Ce même peuple qui s’est élevé contre l’injustice et la répression pour réclamer plus de droit en 1979, c’est ce même peuple qui crie, encore une fois, contre l’injustice et pour plus de liberté en 2009. Finalement, ni l’Etat dit démocratique, ni l’Etat dit théocratique n’avaient instauré un système de gouvernance transparent et démocratique avec toutes ses institutions respectées car l’esprit totalitaire est le seul moteur de réflexion au sein du pouvoir. Ceci est valable dans l’ensemble des pays qui n’arrivent pas à décoller. Tant que l’esprit totalitaire est le seul mécanisme de pensée de la société et surtout au niveau de l’individu, il n’y aura pas d’avancée, car pour avancer il faut acquérir la culture de la remise en question pour voir clair.

 

Dans un ouvrage du penseur éclairé chiite Tawfiq Al-Saif[2], « La démocratie en pays musulman », il écrit : « (…) Tous les membres de la société sont égaux en droits, qu’ils soient chiites ou sunnites, docteurs ès sciences religieux ou pas. (…) La volonté du peuple est la seule source de légitimité politique et toute décision prise en dehors du peuple est nulle et non avenue. Les préceptes de la loi religieuse (…) sont appliqués une fois votés par l’organe législatif(…). L’Etat gère les ressources publiques en tant que représentant du peuple. Il est issu du suffrage universel. Aucun responsable ne détient le pouvoir absolu et ne peut se soustraire au contrôle du peuple ». Comment ne pas être séduit par un tel modèle ? Cependant, les expériences concrètes de l’islam politique ont été le contraire de ce modèle. Souvenons-nous de ce qui est passé chez nous lorsque l’ex-FIS a gagné les élections municipales en juin 1990 et toutes les conséquences suscitées, il ne s’agit ici que des conséquences de gestion qui étaient semblable à celle du FLN de l’époque. Apres dix ans de guerre injustifiée, laissant derrière elle plus de 200 000 morts et sans parler des orphelins, des veuves, des blessés à vie, les Algériens ont compris que l’islam politique n’est pas à l’ordre de jour, même s’il reste tabou de le dire, mais une majorité le pense.

 

Qu’en est-il en Algérie depuis la Décennie Noire ? En quoi l’expérience Iranienne nous interpelle-t-elle ? Dans un article publié[3] dans « The Washington Examiner », un journaliste a écrit que « l’Algérie pourrait gagner la bataille militaire contre les islamistes, mais elle est en train de perdre la guerre idéologique contre les islamistes». « Les efforts de l’Algérie entrepris au cours des dix dernières années pour extirper les éléments terroristes ont été minés par la tolérance de plus en plus croissante de la société algérienne à l’égard de « l’intolérance » des islamistes », estime le journaliste américain. Une étude réalisée par un groupe de défense des droits de la femme basé à Alger (CIDDEF) a enregistré « une régression de la société algérienne, en particulier quand il s’agit de la condition de la femme ». A titre d’exemple, 16% des Algériens soutiennent l’égalité des sexes, contre 27% en l’an 2000. Les exemples ne manquent pas. Au cours d’un séminaire sur « l’Afrique du Nord entre libéralisme économique et ouverture politique », [4]le professeur Nacim Bahoul, enseignant au département des sciences politiques de l’université Mouloud Mammeri de Tizi Ouzou, a dit dans sa conférence que « l’ouverture sur le monde occidental au nom de la démocratie a toujours été une menace pour l’Islam et ses valeurs », il a lancé des critiques dures à l’égard des courants qui réclament l’ouverture sur la démocratie et le pluralisme politique estimant que c’est au nom de cette démocratie que les pays nord africains s’ouvrent davantage sur l’occident et ceci a eu comme conséquence « l’éloignement du droit chemin et de l’Islam ». Les propos de ce professeur est le statu quo de l’état idéologique dominant dans notre université. En mars 2009, une bagarre a eu lieu au niveau du centre universitaire Akli Mohand Oulhadj de Bouira entre les étudiants affiliés à l’UGEL (Union Générale des Etudiants Libres) et un groupe d’étudiants. L’origine de cette bagarre est que les étudiants affiliés à l’UGEL s’opposent à la mixité au niveau du restaurant universitaire ! Ils la justifient par les us et coutumes et par le fait que « nous sommes une société conservatrice ». Ceci n’est qu’un arbre qui cache la forêt dans notre système éducatif et universitaire et les responsables de ces secteurs restent impuissants devant ce phénomène de religiosité au sein des campus universitaires et des écoles (car comment justifie-t-on qu’une fille de cinq ans porte un voile ou refuse de s’assoir à côté d’un garçon !). Selon le chroniqueur Kamel Daoud[5], les écoles et les appareils d’Etat continuent de fabriquer (…) une nouvelle génération d’islamistes par défaut, encore moins cultivée, dangereuse car sans leader « négociable » et encore plus malade du refus du réel et des évidences. En mai 2009, des salafistes[6] s’attaquent aux buralistes, en adaptant une nouvelle méthode. Cette fois c’est du porte à porte pour convaincre les buralistes de ne plus vendre des cigarettes, car selon eux « l’argent récolté par la vente du tabac est du même genre que celui du riba (l’usure) ». En conséquence, des buralistes sont contraints d’arrêter de vendre ou seront boycottés « car personne ne veut être vu en train d’acheter des cigarettes encore moins de fumer dans les alentours du quartier » selon un buraliste. En juin 2009[7], les pouvoirs publics ont décidé de fermer les établissements de vente de boissons alcoolisés, pas seulement les dépôts, mais aussi les bars, les restaurants qui servent le vin ou la bière, etc. Sans compter la fermeture de 2700 cafés, bars et autres lieux de sédition[8], qui ont eu lieu au cours de ces dernières années. Selon le wali d’Alger, « ces gérants ne respectent pas la réglementation en vigueur ». Il s’interroge ensuite : « Est-il concevable que les établissements ne possèdent pas de toilettes propres ? » Sur ce point il a parfaitement raison, or cette mesure doit être aussi appliquée à d’autres établissements tels que les cafés et les restaurants car l’état des toilettes, si elles existent, et des salles ne respectent aucune mesure d’hygiène.

 

Ceci n’est qu’un petit échantillon des dérives dogmatiques religieuses qui prennent de l’ampleur dans notre société et qui freinent le développement du pays. Cette chaîne peut être un vrai danger dans deux décennies qui viennent. Il est urgent d’arrêter de jouer avec le feu, car il s’agit de l’avenir de la nation et de notre propre algérienneté qui est menacée de perdition. En ce qui concerne l’Iran, son cas doit être mis comme exemple à étudier et il faut tirer des leçons de son histoire, car à mon avis l’histoire de la lutte de son peuple est semblable au notre. A méditer !

 

Yazid Haddar.



[1] Le quotidien « Al-Jarida », Koweit. cf. Courrier International N°977, 23-29 juillet 2009.

[2] Idem note 1.

[3] Cf. le Matin 26/06/09.

[4] El-Watan 30/0409.

[5] Le Quotidien d’Oran du 22/04/09.

[6] Liberté 28/05/09.

[7] Liberté 26/06/09.

[8] Cf. Marianne n° 582.

Par Haddar Yazid
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Mercredi 12 août 2009

« La couleur de l’eau, c’est la couleur de son récipient »

Ibn Arabi.

 

La tolérance est une des valeurs nécessaire pour la cohabitation entre les différents membres d’une société. D’où chaque individu peut avoir une vision subjective du monde, une pensée opposée à la pensée dominante et un mode de vie déférents des autres. La vertu de la tolérance s’est de faire respecter et de cultiver cette différence, et ce n’est pas la juger et la condamner. Or la tolérance ne peut pas être effective ou active (ou positive, comme le nome Mohamed Arkoun) si l’individu n’est pas doté d’un esprit critique, c’est-à-dire d’une capacité à se remettre en question et, surtout, de ne pas prétendre de posséder la Vérité. Cette capacité de « se douter » devrait être l’essence de toute forme de pensée, car seul « le doute » permet de stimuler notre curiosité et d’aller vers l’autre. Ainsi l’autre peut nous aider à nous comprendre, à renouveler nos pensées, à trouver les mécanismes communs entre celle des autres et les notre, ce qui acquiesce de relativiser nos valeurs. L’intolérance, écrit Malek Chebel, a son origine dans l’ignorance que nous entretenons les uns vis-à-vis des autres, au mépris des leçons de l’histoire. Pour que la tolérance devienne active, Mohamed Arkoun[1] exige deux conditions fondamentales soient remplies :

 

  1. L’existence d’un Etat de droit qui permet l’expression de toutes les positions doctrinales et publication de toutes les œuvres artistiques, même lorsqu’elles touchent à des sujets sacralisés par le temps ; cette liberté n’exclut pas l’examen critique de la responsabilité  intellectuelle de l’auteur ;
  2.  L’existence d’une société civile suffisamment travaillée par la culture philosophique et juridique de la tolérance pour jouer le rôle de partenaire de l’Etat de droit.

 

C’est parce que ces deux conditions sont réunies, écrit M. Arkoun, dans les pays démocraties avancées de l’Europe occidentale que la loi sur le blasphème est tombée en désuétude. Au contraire, précise-t-il, les sociétés dites musulmanes soulignent deux évidences majeurs de leur existence historique : elles n’ont jamais esquissé de cheminement conceptuel vers la notion moderne de l’Etat de droit, et de larges pans de ces sociétés cherchent à imposer des confusions, entre expérience spirituelle du divin et production sociale et historique du droit, que la pensée médiévale parvenait à éviter ! Dans ces conditions, l’émergence d’une société civile demeure partout timide, précaire. Dans plusieurs pays, on constate même l’introduction d’une culture de l’intolérance dans les programmes scolaire d’enseignement religieux. Dans ce cadre exactement, nous avions fait une étude sur « l’idée de la tolérance fait-elle partie de l’éducation morale dans le programme scolaire enseigné en Algérie ? »[2]. Cette étude a été réalisée sur les deux disciplines : l’éducation islamique et l’éducation civique, précisément en deuxième palier (4°, 5°, 6°) de l’école fondamentale, c’est-à-dire chez des enfants âgés entre 6-10 ans. A notre grand étonnement les textes de l’éducation islamique enseignés, en deuxième palier, nous n’avions découvert qu’une seule allusion à la tolérance (6ème, leçon 54). Cependant, nous avons découvert que le mot « Kafir » impie, dans son sens archaïque, c’est-à-dire ils assimilent un impie à un non-musulman, à quelqu’un de la « djahilia » (du temps de l’ignorance), dans les manuels (4ème, leçon 14). Dans le même ordre d’idée, nous avons trouvé que la notion de « djihad » (combat) est enseignée aux élèves du 6ème (cf. leçon 10). Cette notion, djihad, est enseignée en tant que devoir (Faridha) pour chaque musulman, à des élèves qui n’ont que 6 ans à 8 ans.

 

Au terme de cette analyse, nous avions constaté que la valeur de la tolérance, telle que les nations unies l’ont proclamé en 1948, n’est pas introduite dans les manuels d’éducation islamiques. En outre, les concepts, tels qu’ils étaient[3] dans les livres scolaires n’étaient pas adaptés à l’évolution des valeurs universelles et du vécu actuel. Une des raisons qui a fait que toute une génération adopte des comportements intolérants. Mais ces comportements intolérants sont renforcés par l’introduction à haute outrance de la religiosité dans toutes les disciplines et à tout ce qui touche la vie au quotidien d’un individu dans la société algérienne. Ce qui multiples les violences envers les individus les plus faibles, comme les femmes, les enfants et les personnes âgées.

 

L’exemple les plus remarquant, c’est dans la presse national à l’ouverture du festival du PANAF à Alger 2009, des groupes de danseuses africaines dansent aux seins nus, qui est culturellement vrai, alors nous avons lu dans quelques quotidiens qui scandalisent cette attitude, en occurrence c’est une mise en cause de la culture de l’autre, un manque de respect à la culture de l’autre. Il me semble que ce genre de réactions ne relève pas uniquement d’intolérant mais intolérable par cette presse. Car comment voulez-vous inculquer aux nouvelles générations la valeur de la tolérance s’ils n’arrivent pas à accepter les autres tels qu’ils sont ? Doivent-elles porter un voile ? Dans ce cas, pourquoi que cette même presse crée au scandale et à l’intolérance à la réaction des européens quant ils sont choqués de voir les femmes porter la « bourka» ! Et portant cette même presse qui fait sa Une avec un ex-sanguinaire, qui a tué des centaines de milliers d’algériens,  sans demander des excuse à ses victimes, ni épreuve un regret, ni culpabilité de ses actes barbares et inhumaine et ce bourreau à le droit d’être un Cheikh ! Ce genre d’attitude exaspérante choque des milliers de personnes algériennes, qui ont été victime de loin ou de près de cette période noire de notre histoire. L’intolérable, écrit M. Arkoun[4], est tout ce qui minimise, retarde, compromet, nie le déploiement optimal de la personne humaine dans le respect raisonné de sa vocation humaniste, de son environnement social, culturel, idéologique, cosmique. Ajoutons tout de suite, poursuit M. Arkoun, un trait essentiel : l’intolérable est très souvent ce que l’esprit rejette avec force mais qui continue à s’imposer dans des faits comme pour manifester l’incapacité radicale de l’homme à dépasser ses contradictions.

 

Aujourd’hui, écrit M. Arkoun[5], lorsque des Ulamâ sélectionnent des versets du Coran et des hadîth du Prophète pour prouver que l’islam est une religion tolérante, lorsque des intellectuels plus laïcisés tentent de conduire la même opération en s’adressant aux penseurs, écrivains et poètes classiques, ils reproduisent la préoccupation morale et sociopolitique européennes au XVIIème et au XVIIIème siècle ; mais en même temps, ils ignorent ou dénaturent le geste intellectuel de ces derniers. La raison des Lumières avait bien compris les enjeux philosophiques de la confrontation, exprimés pour la première fois dans l’histoire générale de la pensée, entre les intérêts et les limites de la raison religieuse/idéologique et ceux de la raison critique. C’est à ce niveau que se joue soit le triomphe d’une tolérance participante, soit la reproduction des tolérances tactiques, à sens unique.

 

Il est facile de faire de beaux discours sur la tolérance, mais le plus important est la mise en application de cette tolérance pour qu’elle ne devienne pas lettre morte. Les exemples ne manquent pas dans notre société, parfois l’intolérance est devenue une norme au point qu’elle ne choque plus personne. L’exemple du mois du Ramadhan illustre cette dichotomie entre ce que certains Algériens pensent et ce qu’ils font. Lorsqu’on leur parle de la pratique du Ramadhan, tout le monde vous répond en citant les versets qui se rapportent au sujet, or si vous êtes malade et voyageur, touriste, non-croyant, vous avez le droit de ne pas l’appliquer, ce qui est autorisé par le Coran. Cependant, sur le terrain nous avons tous en têtes des exemples d’ouvriers qu’ont été jugés pour non-respect de la pratique religieuse, en l’occurrence le Ramadhan. Sans oublier le lynchage par de simples citoyens, où chacun se sent obligé de vous rappeler à l’ordre. Un ami étudiant congolais m’avait raconté une fois qu’au cour du mois du Ramadhan, il s’était permis de fumer dans le campus universitaire, car il ignorait qu’il était interdit de fumer au cours de ce mois sacré. Il m’a raconté que tout un groupe d’étudiants l’ont encerclé avec des bâtons à la main pour le rappeler à l’ordre. Les exemples peuvent se multiplier vu l’ampleur du phénomène. Sur le plan individuel, vous l’avez sûrement constaté, beaucoup d’Algériens ne parviennent pas à tolérer l’opinion qui contredit leurs dires, leurs pensées. Parfois, ceci mène au meurtre. La presse nationale a rapporté qu’un étudiant a poignardé un autre étudiant car la veille, cet étudiant l’avait humilié, selon ce dernier. Cet exemple est une illustration d’intolérance et aussi de cette incapacité à se remettre en question. Cet étudiant est le « produit » de se son milieu, de son époque ; sa croyance est celle de ses parents et de ses maîtres. Quand les psychologues et les philosophes insistent sur l’importance d’enseigner l’esprit critique, ceci n’est pas anodin. Car l’esprit critique a des influences sur le plan individuel et par conséquent sur la société. Dans une correspondance entre le philosophe Marcel Conche[6] et Lucie Laveggi, il écrivait : « Mes élèves étaient, pour la plupart, de confession chrétienne. Ils eussent été singulièrement déçus s’ils avaient décelé quelque désir, chez moi, de les convertir à mon athéisme. Mais ils sentaient qu’un tel « but » m’était totalement étranger. Qu’ils soient catholique, soit ! Et s’ils sont en défaut d’argumentation, je leur en fournis. Mais qu’ils n’absolutisent pas leur croyance comme s’ils savaient que toute autre était folle, comme s’ils avaient le monopole de la raison, alors que la raison métaphysique est nécessairement éclatée. Scepticisme, oui, générateur d’acceptation de l’autre, de tolérance et de paix. Mais après le scepticisme doit venir la méditation, exercice sans équivalent dans d’autres disciplines, et par lequel l’individu, dans l’intimité de sa réflexion, décide pour lui-même de ce que sera sa vérité. ». Cette correspondance rapporte l’importance que peut jouer l’enseignement de la philosophie[7] pour permettre à nos étudiants d’intégrer dans leur mécanisme de pensée de relativiser leur vérité. Le Père Pierre Claverie affirmait que l’humanité n’est que plurielle. Il croyait que nous pouvions vivre tous ensemble avec nos différences, à condition qu’aucun groupe ne puisse prétendre posséder la Vérité et ne se permette d’imposer sa vérité à l’autre ; au contraire « j’ai besoin de la vérité de l’autre », écrivait le Père Pierre Claverie.

 

Yazid Haddar.

Auteur du roman « le hasard parlant » aux éditions Edilivre, Paris 2009.

 

 

 



[1] Ouvrage collective de l’Académie Universelle des Cultures,  p 198, Grasset, 1998.

[2] C’est une étude que j’ai réalisé dans le cadre des mes études universitaire encadré par Mr Tahar Abci, à l’université d’Alger en juin 2000.

[3] Car en ce moment il y a des modifications, mais qui restent très timides à la vertu de la tolérance.

[4] Idem note 1, p 201.

[5] Idem note 1, p 201.

[6]Cf. Vivre et philosopher, p 189-190, 1993.

[7] Pas n’importe quelle philosophie, il est important d’enseigner l’ensemble des courants philosophiques existants. Nous aurons l’occasion d’aborder la question de l’enseignement de la philosophie depuis l’Indépendance à nos jours et son influence sur la formation de notre élite.

Par Haddar Yazid
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Vendredi 20 février 2009

Voici Un texte que je viens de recevoir dans ma boite émail sur les pratqiues douteuses et des intimidations, qui nous rappelle une autre époque de notre histoire.
TIMANIT I TMURT N IQVAYLIYEN

MOUVEMENT POUR L’AUTONOMIE DE LA KABYLIE

M—A—K

INTIMIDATIONS CONTRE LES CADRES DU MAK

 

M. Mouloud MEBARKI, Secrétaire General  du MAK a eu une descente de la police chez lui, le 18 février pour l’interroger sur ses activités au sein du Mouvement autonomiste.

M. Mohand Loukad, Secrétaire national à la Culture et au Patrimoine du MAK a été saisi manu militari et engouffré dans un véhicule de type 4X4, jeudi 19 février 2009 à des fins d'intimidations alors qu’il était invalidé par une grave blessure au pied.

Le véhicule dans lequel il a été séquestré est de type 4X4 et porte le numéro suivant : 00740.196.15.

M. Mohand Larvi Tayev, Président du Conseil National et Secrétaire National aux universités a reçu une convocation-télégramme du Président de la Cour de Tizi-Ouzou,  mercredi 18 février pour se faire sermonner sur l’usage qu’il fait des langues kabyle et française dans son cadre professionnel. (Enseignant universitaire et géomètre). 

Ces dérives policières du régime algérien antikabyle rappellent celles de l’ère du Parti Unique des années 70-80 lorsqu’on donnait la chasse quotidienne aux militants du MCB. Elles sont l’expression d’une fuite en avant qui va irrémédiablement conduire la Kabylie vers des troubles dont il sera le seul responsable.

 Les militants du MAK, sûrs de la légitimité de leur action qui est conforme au Droit, loin de se laisser intimider ou impressionner par des opérations de ce genre sont plus que jamais déterminés à aller de l’avant pour défendre la dignité du peuple kabyle et son droit à son autonomie. 

Le MAK alerte l’opinion internationale sur les menaces qui pèsent sur la liberté, voire la vie, de ses militants qui sont démocrates, pacifiques et laïcs.

Il appelle la Kabylie à rester vigilante et résolue à observer un boycott total de l’élection présidentielle le 9 avril prochain.

Kabylie, le 10/02/2009

 

Par Haddar Yazid
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