« La liberté c’est la culpabilité, parce qu’elle apporte avec elle la connaissance de l’absence de liberté. On pourrait dire aussi : la liberté c’est la conscience, donc la responsabilité ».
Bryten Breytenbach, écrivain sud-africain
Nous assistons à des dérives éthiques de la part de certains « journalistes» et surtout par quelques titres de presse, que rien ne semble arrêter pour augmenter les tirages. Ces derniers puisent leurs titres dans « le triangle gagnant », c’est-à-dire : le sexe, la religion et l’identité. Comme nous le savons tous, ces problématiques attirent l’attention des lecteurs algériens, car non encore résolus dans notre société et puisque les pouvoirs politiques les manipulent à des fins assez connues, je ne veux pas les étaler ici. Il est de leur droit de traiter les sujets ou les thèmes soulignés plus hauts, mais ont-ils le droit d’accuser, de juger, de tenir des propos racistes, de mettre la zizanie entre les diversités ethniques et culturelles existant dans notre société et d’imposer leur morale à toute la société ? Quand un journaliste prêche dans ses articles, parle « des jaunes » pour désigner les asiatiques, associe les émigrants d’Afrique et d’autres continents aux criminels, ceci n’est que le baromètre d’un métier en manque de crédibilité ! Il me semble que ces journalistes confondent entre rapporter une information et donner une opinion. Notre université forme-t-elle des journalistes ou des militants endoctrinés ? « La faculté (algérienne) forme n’importe quoi, tout sauf des journalistes ! » a déclaré Brahim Brahimi. Pour certains observateurs, plusieurs facteurs expliquent ce faible niveau :
. Selon Redoune Boudjemâa, enseignant à la faculté des sciences politiques et de l’information, l’Algérie ne veut pas former des journalistes (ceci peut s’étendre à la formation de l’ensemble de l’élite algérienne). On veut, poursuit-il, former des sujets obéissants, pas même des citoyens obéissants, des sujets qui ne réfléchissent pas et qui ne posent pas de questions.
Pourtant, « La profession de journaliste, Selon Edwy Plenel, existe parce que la démocratie a besoin de vérités factuelles, c’est-à-dire d’information fiable. Comment voter, choisir, militer, s’engager, etc., si l’on n’est pas informé de façon indépendante et pluraliste ? Si l’on pense que le journalisme, c’est d’abord l’opinion, le jugement, le point de vue, le commentaire, l’éditorial, la chronique, on se trompe. Tout cela relève de la liberté d’expression et d’opinion, un droit qui appartient à tous les citoyens et qui n’est en aucun cas notre privilège. Le journaliste peut l’exercer avec plus ou moins de talent. Il doit même l’exercer, mais comme citoyen par ailleurs journaliste. »
Malheureusement, ces dérives s’étendent aux secteurs médicaux, juridiques, etc. Des zélés sont endoctrinés par une pensée unique loin de l’esprit scientifique. Si l’école algérienne a réussi à former des compétences capables de manipuler les nouvelles technologies, elle n’a cependant pas réussi à former un homme cultivé, capable de « se » penser et de penser sa société. Un homme cultivé est actif : lorsqu’il lit, regarde, écoute, son esprit « travaille » ; il déchiffre chaque fois un texte, un langage ; il trouve plaisir et intérêt à tout changement, etc. Cependant, l’esprit d’un homme inculte reste inactif, il s’ennuie; il ne produit rien qui vaille.
Quand un médecin refuse de soigner quelqu’un sous prétexte religieux, ceci constitue une faute grave. Quand un psychologue fait du prosélytisme religieux au cours de ses entretiens, ceci est une manipulation psychologique qui n’a rien à voir avec le métier de psychologue qui est sensé être à l’écoute de son patient, sans jugement, sans arrière pensée pour l’aider à se construire et se connaître. Lorsqu’un magistrat juge selon « sa vérité » et non pas selon les lois de la République, on peut alors se demander à quoi ces lois votées servent-elles ? Les exemples ne manquent pas.
Quand un journaliste, un psychologue, un médecin, analysent un évènement, un phénomène, etc., ils font appellent à leur conscience. Celle-ci est un produit purement subjectif de l’individu. Selon l’école psychanalytique, la conscience prend naissance par le processus d’introjection opéré par l’entourage familial et par la création de l’idéal-ego. Ce dernier ne serait pas seulement la norme subjective de la moralité mais, pour Freud et la plupart des psychanalystes, c’est la seule norme. Cependant, selon Gustave Le Bon, « La vie d’un peuple, ses institutions, ses croyances et ses arts ne sont que la trame visible de son âme invisible » et « chaque peuple possède une constitution mentale aussi fixe que ses caractères anatomiques ».
Le lien entre les formations techniques et les activités économiques s’établit clairement. Il n’en est pas de même en ce qui concerne les sciences humaines dont les résultats constituent les fondements de l’innovation et de l’harmonie sociale. Nul ne conteste la nécessité pour tous de disposer d’une culture générale et de principes éthiques. Certes, les avancées de la philosophie et de la sociologie sont indispensables à la vie économique et sociale. Ces domaines nourrissent les débats politiques, éclairent la diplomatie, favorisent la compréhension entres les peuples, développent le sens critique et celui de la responsabilité. Cependant, il me semble que l’opinion publique et les décideurs politiques n’établissent pas aisément le lien entre ces vertus et une formation de qualité en sciences humaines (et c’est aussi valable pour la recherche en ce domaine).
Comme nous l’avons souligné plus haut, ceci est le signe de la défaillance de l’enseignement en Algérie. Le handicap de l’école algérienne ne se trouve pas uniquement en l’utilisation d’une langue unique, ni en la pédagogie d’enseignement, ni en la construction des bâtiments, mais il lui manque l’essentiel, c’est-à-dire son âme. Les programmes scolaires et universitaires doivent en urgence être révisés par des spécialistes. Pour préparer des citoyens qui réfléchissent à l’essor de leur pays et qui ne soient pas des sujets obéissants.
Yazid Haddar
« Les oiseaux sont la personnification même de la liberté. Dès qu’un ciel cesse d’être à l’image de
leurs désirs, ils se rassemblent, se concertent puis prennent leur vol en une très lointaine migration où certains laissent leur vie. C’est le prix à payer pour vivre à l’unisson de ses désirs,
dans les paysages et les horizons qui réconcilient avec soi-même ». P113.
‘’J’ai écrit en tant qu’être humain, enfant de la glèbe et de la solitude, hagard et démuni,
qui ne sait pas ce qu’est la Vérité, dans quel pays elle habite, qui la détient et qui la distribue. Je la cherche et, à vrai dire, je ne cherche rien, je n’ai pas les moyens, je raconte des
histoires, de simples histoires de braves gens que l’infortune a mis face à des malandrins à sept mains qui se prennent pour le nombril du monde, à la manière de ceux-là, perchés au-dessus de nos
têtes, souriant grassement, qui se sont emparé de nos vies et de nos biens et qui supplément exigent notre amour et notre reconnaissance. J’aimerais leur dire que la dictature policière,
bureaucratique et bigote qu’ils soutiennent de leurs actes ne me gêne pas tant que le blocus de la pensée. Etre en prison, d’accord, mais la tête libre de vagabonder, c’est ça que j’écris dans
mes livres, ça n’a rien de choquant ou de subversif.’’
« Ecouter ne veut pas dire interpréter selon ses désirs cette parole, mais la remettre dans son
contexte et lui donner le statut d’un message destiné à l’humanité »